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Semaine africaine de l'eau : Des initiatives, mais peu de moyens

Décidée par le Conseil des ministres africains de l’Eau en 2007, la première Semaine africaine de l’eau s’est tenue en mars dernier à Tunis. Objectif : renforcer la prise de conscience sur l’importance stratégique de l’eau pour le développement du continent africain.

(De droite à gauche), Babagana Ahmadou, représentant de la Commission de l’Union africaine, Willem-Alexander, prince des Pays-Bas, Donald Kaberuka, président de la BAD, Mohamed Habib Haddad, ministre tunisien de l’Agriculture, et Oumar Sarr, ministre sénégalais de l’Urbanisme.
(De d. à g.), Babagana Ahmadou, représentant de la
Commission de l’Union africaine, Willem-Alexander,
prince des Pays-Bas, Donald Kaberuka, président de la
BAD, Mohamed Habib Haddad, ministre tunisien de
l’Agriculture, et Oumar Sarr, ministre sénégalais
de l’Urbanisme.

Initiée par le Conseil des ministres africains de l’Eau et organisée par la Banque africaine de développement (BAD), la première édition de la Semaine africaine de l’eau a rassemblé, du 26 au 28 mars à Tunis (Tunisie), près de 400 experts ainsi que des politiques, des scientifiques et autres organisations internationales. Thème du forum: «Accélérer la sécurité de l’eau pour le développement socioéconomique de l’Afrique ». Pendant deux jours, les participants ont débattu des problématiques liées à l’eau (approvisionnement, consommation, maîtrise…) et passé en revue les expériences menées sur le continent.

Un constat s’impose d’emblée : l’Afrique ne manque pas d’eau, mais de moyens pour la mettre à la disposition des populations. « Quelque 340 millions d’Africains n’ont pas accès à l’eau potable et près de 500 millions n’ont pas accès à des installations d’assainissement améliorées », a affirmé le président de la BAD, Donald Kaberuka (voir encadré). Il regrette que seuls environ 4 % des ressources en eau renouvelables annuelles soient mises en valeur en Afrique à des fins d’irrigation, d’approvisionnement en eau et de production d’hydroélectricité, contre 70 à 90 % dans les pays développés.

Face à cette pénurie hydrique, dont les conséquences se ressentent tant sur le plan économique que social, certains pays ont mis en place divers mécanismes pour la gestion du précieux liquide. L’Éthiopie fait figure d’exemple, en inscrivant le secteur de l’eau et de l’assainissement comme un élément fondamental de son plan de réduction de la pauvreté. Le Burkina Faso a mis sur pied un Conseil national de l’eau, un Programme d’accompagnement à la gestion intégrée des ressources en eau, ainsi que des comités locaux de l’eau. Des initiatives louables, mais loin de répondre aux attentes des populations, faute de moyens. Car, pour les participants au forum de Tunis, l’un des principaux freins – sinon le principal – au développement du secteur de l’eau en Afrique, reste son financement. Mais dans ce domaine, comme dans bien d’autres, tous les pays africains ne sont pas logés à la même enseigne. En termes de capacité de financement, l’Ouganda figure comme le premier pays à avoir développé une obligation fiscale dédiée à l’eau permettant aux gouvernements régionaux de mobiliser des ressources locales. Le Rwanda ferait presque oublier les tumultes de son passé récent en annonçant avoir atteint ses Objectifs du millénaire pour le développement (OMD) en termes d’accès à l’eau potable, par la mise en oeuvre de partenariats public/privé.

Récurrente tout au long du forum, la question des financements fait partie des objectifs de la Vision africaine de l’eau, un programme pour gagner la bataille de l’eau à l’horizon 2025. Selon ce programme, un investissement de 20 milliards de dollars par an serait nécessaire dans le secteur de l’eau en Afrique. Car les besoins sont immenses: développer et pérenniser les services, les infrastructures d’eau potable et d’assainissement, mais aussi les techniques d’irrigation et les pratiques agricoles pour lutter contre la malnutrition qui touche 850 millions de personnes, selon le Fonds des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO). Sans compter l’éducation et la recherche ou encore l’hydroélectricité.

L’Afrique compte soixante et un bassins fluviaux et quelque quarante nappes phréatiques transfrontalières. Ainsi, le Conseil des ministres africains de l’Eau a-t-il préconisé, à Tunis, la mise en place «d’infrastructures transfrontalières» pour le transfert de l’eau. Il a également insisté sur la nécessité d’un plus grand engagement des bailleurs de fonds en matière de financement des infrastructures et «l’élaboration de systèmes efficaces d’alerte précoce pour la prévention et l’atténuation des catastrophes liées à l’eau», un mécanisme qui «permettra de réduire les effets néfastes du changement climatique sur le développement économique, la sécurité alimentaire et les actions de lutte contre la pauvreté sur le continent». Rendez-vous dans deux ans au Kenya pour la deuxième édition.

Camille Saïsset envoyée spéciale à Tunis

3 questions à Donald Kaberuka

Président de la Banque africaine de développement (BAD). Depuis 2003, la BAD accroît sensiblement ses actions dans le domaine de l’approvisionnement en eau et de l’assainissement. Explications.

Donald Kaberuka Président de la Banque africaine de développement (BAD). Comment la BAD se mobilise-t-elle pour améliorer le secteur de l’eau en Afrique ?

La BAD est engagée dans plusieurs initiatives, dont la Facilité africaine pour l’eau et celle relative aux zones rurales qui a pour objectif d’y accélérer l’approvisionnement en eau et en assainissement afin d’atteindre un taux de couverture de 80 % en 2015, contre 47 % en eau et 44 % en assainissement en 2000. Les dixsept projets déjà validés représentent un investissement de 1,8 milliard de dollars et concernent 30 millions de personnes pour l’eau et 28 millions pour l’assainissement à échéance de 2010. Au sein de la BAD, j’ai créé un département dédié à l’eau et à l’assainissement. Et dans les vingttrois bureaux régionaux déjà existants, ceux des pays ayant un grand portefeuille eau auront un expert dédié.

Devant l’urgence de l’échéance des Objectifs du millénaire pour le développement (OMD), dans sept ans, certains se plaignent de la difficulté à obtenir des fonds. Que leur répondez-vous ?

En effet, les OMD présentent des avancées significatives et de vraies difficultés, notamment en termes de mortalité infantile et maternelle souvent consécutive à des maladies liées à l’eau. L’eau a un effet de levier très important sur plusieurs OMD. Mais la BAD ne va pas changer les critères d’allocation. Nos paramètres sont établis: les besoins, la performance économique et de gouvernance d’un pays et le revenu brut par habitant. Le délai d’attribution des fonds est long, c’est le système financier international. Mais ça change avec l’Agenda de Paris qui tend à l’harmonisation entre bailleurs de fonds et réduit de façon très importante les coûts de transaction pour les pays.

Qu’espérez-vous de cette première Semaine africaine de l’eau ?

C’est davantage un processus qu’un événement. Elle nous montre que des progrès énormes ont été enregistrés, mais qu’il y a encore un long chemin devant nous. C’est pourquoi je salue l’initiative des chefs d’État africains d’inscrire le sujet de l’eau au prochain sommet de l’Union africaine qui se tiendra fin juin à Sharm el Sheikh, en Égypte.

Propos recueillis par C. S.

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