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Accords militaires France-Afrique

Vers la fin du pacte colonial ?

En Côte d'Ivoire, échanges entre des jeunes Bouaké et un soldat français de l'opération Signés pour la plupart dans les années 60, au lendemain des indépendances, les accords militaires entre la France et ses ex-colonies, objet de vives critiques, devront être réexaminés. À l’aune de la «rupture» souhaitée par l’actuel locataire de l’Élysée, Nicolas Sarkozy. Analyse.

Ce n’était qu’une simple promesse de campagne électorale, mais qu’il faut désormais prendre au sérieux. Le 28 février dernier, devant le Parlement sud-africain, le président français Nicolas Sarkozy a exprimé son souhait de rénover les relations franco-africaines, principalement dans les pays francophones. «Aujourd’hui, je le dis du fond de mon coeur, l’ancien modèle de relations entre la France et l’Afrique n’est plus compris par les nouvelles générations d’Africains, comme d’ailleurs par l’opinion publique française, il faut changer le modèle des relations entre la France et l’Afrique si l’on veut regarder l’avenir ensemble», a-t-il déclaré. La nouvelle politique dite de «rupture» qu’il entend incarner reposerait sur «les intérêts stratégiques de la France et de ses partenaires africains », et la transparence, «meilleur antidote aux fantasmes et aux incompréhensions ». Ce dernier point signifie que «tous les accords de défense entre la France et les pays africains seront intégralement publiés ». Ainsi, contrairement au passé, le Parlement français sera désormais associé aux grandes orientations de la politique de la France en Afrique. Pour l’avenir, la France qui «n’a pas vocation à maintenir indéfiniment des forces armées en Afrique, doit en priorité aider l’Afrique à construire sa propre politique de sécurité collective» en soutenant le projet Renforcement des capacités africaines de maintien de la paix (Recamp) qui doit voir le jour à l’horizon 2010-2012.

Ce volontarisme politique, qui rappelle étrangement celui de François Mitterrand, vite abandonné quelque temps après son élection à la présidentielle de 1981, laisse nombre d’observateurs sceptiques… qui attendent de voir. D’autant que cette politique de «rupture» a pour cibles principales la présence militaire en Afrique et les accords de défense conclus au lendemain des indépendances, symboles de la domination française sur ses ex-colonies.

Il existe deux catégories de coopération militaire: l’assistance technique militaire et les accords de défense. Juridiquement non contraignante et non liée politiquement, l’assistance technique porte sur la formation et l’instruction des militaires africains. Depuis 1960, environ vingt-trois pays, essentiellement francophones, ont conclu ce type d’accord avec la France, auxquels s’ajoutent l’Angola et le Mozambique. Quant aux accords de défense, gérés par le ministère français de la Défense, ils impliquent des liens politiques et diplomatiques très étroits entre les deux parties, puisqu’ils autorisent la présence de troupes et de matériels militaires dans les pays africains. Signés dans les années 60, les accords de défense visaient à protéger les pays nouvellement indépendants de la menace extérieure dans le contexte de la guerre froide. Huit pays sont liés par des accords de défense avec la France dont quatre accueillent sur leur territoire des forces prépositionnées en permanence permettant à l’ancienne puissance coloniale d’intervenir en gendarme protecteur dans un pays victime de «tentative de déstabilisation». D’environ 9000 hommes au total, les bases militaires sont stationnées à Dakar (Sénégal), à Djibouti (Djibouti), à Port-Bouet (Côte d’Ivoire), à Libreville (Gabon). Au Tchad, «Épervier» est un dispositif provisoire qui dure depuis… 1986 et qui visait officiellement, à contrer les ambitions expansionnistes du pouvoir libyen.

Le chef de l'Etat français Nicolas Sarkozy (g.) et son homologue sud-africain Thabo Mbelki, lors de sa visite en Afrique du Sud les 28 et et 29 février derniers
Ces accords ont davantage servi à des
opérations interne contre les opposants aux
régimes qu'à les protéger contre l'extérieur.

Dans les faits, ces accords de défense, auxquels sont annexées des clauses secrètes non publiées dans le Journal officiel, ont davantage servi à des opérations internes contre les opposants aux régimes en place qu’à les protéger contre une invasion extérieure. Selon feu Jacques Foccart, conseiller du général De Gaulle et, plus tard, de Jacques Chirac sur les questions africaines, De Gaulle aurait eu ce commentaire après le renversement, en janvier 1967, du chef de l’État togolais Nicolas Grunitzky : «Ils y passeront tous. Le tour d’Houphouët viendra, le tour de Senghor… C’est leur faute. Ils n’ont pas voulu de la communauté, se privant du concours de l’armée française. » En février 1964, les parachutistes français sont intervenus pour rétablir le président Léon Mba renversé au Gabon, et en 1990, lorsque Port-Gentil a connu des journées chaudes marquées par de violentes manifestations contre le gouvernement gabonais. Aujourd’hui encore, des zones d’ombre demeurent sur la participation des soldats français au massacre, en 1970, des 4000 paysans de Gagnoa, en Côte d’Ivoire. Au nom des accords de défense et des clauses secrètes relatives au maintien de l’ordre, la France est intervenue à de nombreuses reprises en Afrique, s’attirant les critiques de ses élites, qui voient dans ces interventions l’expression du néocolonialisme français. «Il faut purement et simplement supprimer les bases militaires étrangères en Afrique», tonne l’ex-président de la Commission de l’Union africaine Alpha Oumar Konaré, tandis que le Guide libyen, Mouammar Kadhafi, déclare: «Je n’ai pas encore compris la raison de la présence militaire de la France sur le continent.»

En annonçant qu’il «n’est plus concevable que l’armée française soit entraînée dans des conflits internes» en Afrique, l’actuel locataire de l’Élysée ne fait que poursuivre la politique engagée sous le gouvernement socialiste de Lionel Jospin. Au nom de la doctrine dite «ni ingérence, ni indifférence», lancée en 1997 après le fiasco politico-militaire dans le génocide rwandais en 1994, la France s’est abstenue d’intervenir pour rétablir le président ivoirien Henri Konan Bédié, victime d’un coup d’État en décembre 1999. Alors que l’actuel président ivoirien, Laurent Gbagbo, réclamait l’activation des accords de défense pour faire face à la rébellion qui venait de naître en septembre 2002, Paris avait répondu par la négative, estimant que la crise était «ivoiroivoirienne », même si, en s’interposant finalement entre les deux camps, les troupes françaises ont bloqué l’avancée des rebelles et préservé de sa chute le régime en place.

Certes, il faut encore attendre de connaître dans le détail le contenu de cette nouvelle coopération militaire annoncée, mais le redéploiement de la présence militaire en Afrique, lancé depuis six ans, devrait aboutir à la réduction des effectifs, et du nombre de bases installées sur le continent. Certaines sources évoquent l’hypothèse d’une réorganisation des troupes françaises autour de trois pôles correspondant à trois régions: Dakar, qui permettrait d’avoir un oeil sur la région ouest-africaine, Libreville qui servira de plateforme pour les opérations terrestres, maritimes et aériennes en Afrique centrale, Djibouti pour la Corne de l’Afrique. À ces trois pôles, il faut ajouter l’île de La Réunion, un département français proche du continent africain, pour l’océan Indien. Il ne s’agit donc pas de «faire table rase et tout effacer d’un seul trait de plume», mais de sortir du tête-à-tête avec les ex-colonies, tout en défendant les intérêts de la France. Il faut rappeler que les pays ayant conclu des accords de défense avaient l’obligation, en contrepartie, d’offrir des avantages économiques à leur protecteur. En avril 1961, la Côte d’Ivoire, le Dahomey (actuel Bénin) et le Niger s’étaient engagés à «réserver par priorité la vente à la France après satisfaction des besoins de leur consommation intérieure» de leurs matières premières et produits stratégiques, notamment l’uranium, le thorium et le béryllium. Autrement dit, ils ne sauraient vendre leurs matières premières au plus offrant sur le marché international. Dans le domaine militaire, les ex-colonies doivent s’adresser en priorité à la France pour l’achat, l’entretien et le renouvellement de leurs équipements militaires.

Nicolas Sarkozy a sans doute raison, «l’Afrique de 2008 n’est pas l’Afrique de 1960» et les accords doivent «refléter l’Afrique d’aujourd’hui, et pas l’Afrique d’hier».

Joachim Vokouma


Les bases militaires françaises en Afrique

Côte d'Ivoire
Environ 2000 hommes dont 1800 participent à l’opération «Licorne» et sont chargés d’assurer la paix entre les rebelles et le gouvernement de Laurent Gbagbo. Ces hommes assurent également la sécurité des ressortissants français. Depuis 2004, des militaires français participent à l’Opération des Nations unies en Côte d’Ivoire.

Djibouti
La base permanente de Djibouti, depuis 1977, accueille 2900 hommes, le plus gros contingent d’Afrique. Elle comprend des militaires de l’armée de terre, de l’air et de la marine nationale. Ses missions sont la protection des ressortissants français, la surveillance du trafic maritime et la lutte contre le terrorisme dans la mer Rouge.

Gabon
Le Gabon accueille depuis 1960 une base permanente de 980 hommes, la plus ancienne en Afrique. Grâce à sa position stratégique, cette base permet de mener certaines opérations notamment au Tchad, en Centrafrique et en Côte d’Ivoire

Sénégal
Forte de 1200 hommes, la base permanente de Dakar assure depuis mars 1974 la sécurité du pays et apporte des appuis aux forces de la Communauté économique des États d’Afrique de l’Ouest.

Tchad
«Provisoire» depuis 1986, le dispositif «Épervier» et ses 12050 hommes apportent un soutien logistique, l’aide médicale et des renseignements au gouvernement tchadien.


Entretien : Comi Toulabor

Directeur de recherches au Centre d’études d’Afrique noire et à l’Institut d’études politiques (Sciences Po) de Bordeaux, Comi Toulabor analyse les accords de coopération militaire entre la France et l’Afrique, et leur renégociation annoncée par le président français Nicolas Sarkozy.

 

Comi Toulabor, Directeur de recherches au Centre d'études d'Afrique noire et à l'Institut d'études politiques (Science Po)
"La France n'a plus besoin d'être sur le
terrain puisqu'elle a formé les militaires
autochtones pour sécuriser les pouvoirs
en place"

Continental: Comment interprétez-vous l’annonce, par Nicolas Sarkozy, de remettre à plat tous les accords militaires entre la France et les pays africains ?

> Comi Toulabor: L’annonce, dans sa forme, est peut-être une avancée, mais reste en deçà quant au fond espéré. Il ne faut pas oublier qu’il existe plusieurs types d’accords militaires entre la France et ses ex-colonies: bases militaires, accords de défense et d’assistance technique militaire. Mais il se trouve que les bases militaires et les accords de défense se chevauchent. Les accords de défense et d’assistance technique font partie de tout un dispositif d’ensemble. Il faut donc savoir de quels accords il s’agit. Tout le monde a compris que Nicolas Sarkozy parle plutôt des bases militaires et des accords de défense, laissant de côté les accords d’assistance technique. Le discours de Sarkozy n’est pas nouveau. En 1997, sous le gouvernement de Lionel Jospin, il avait déjà été envisagé une politique de redéploiement des forces militaires françaises en Afrique.

Si rien n’a été fait jusqu’à présent, le projet a-t-il aujourd’hui plus de chance d’aboutir ?

> Lorsqu’il était ministre de l’Intérieur, Nicolas Sarkozy avait effectué un voyage à Cotonou, au Bénin, où il avait prononcé un discours que tout le monde avait qualifié, à l’époque, de «discours de rupture», qui allait même audelà de ses propos en Afrique du Sud. Le candidat était en campagne. Devenu président, on voit que sa déclaration au Cap est en deçà de celle de Cotonou. Par ailleurs, puisque la remise en question du dispositif militaire français en Afrique se posait déjà, pourquoi le remettre sur le tapis? Pour moi, c’est un peu de l’emplumage. Sa cote de popularité étant en baisse en Afrique après son discours de Dakar,le président français a tenté de se racheter en Afrique du Sud. C’est peut-être un discours de bons sens, mais on attend toujours la concrétisation de la rupture dans les actes.

Donc, selon vous, la renégociation des accords pourrait s’avérer compliquée ?

> Le problème se pose déjà sur le terme «renégociation». Pourquoi renégocier, car la défense relève de la souveraineté de tout État? Or, il se trouve que c’est au lendemain –parfois le jour même– de l’indépendance de certains pays africains que les accords de défense militaire ont été signés. Autrement dit, la France occupe un domaine régalien de ces États, comme s’ils étaient des colonies où tout ce qui touche les domaines de la défense, la justice ou la diplomatie relève de l’État colonial. Il n’y a rien à négocier, et encore moins à renégocier. C’est un pacte colonial qui a été maintenu, et la France est le seul pays occidental à maintenir ce genre de dispositif dans ses anciennes colonies. Je comprends que certains, à la tête des États africains – francophones–, aient besoin de cette présence militaire française parce que cela les arrange. On peut prendre le cas du président ivoirien Laurent Gbagbo. Lorsqu’il était dans l’opposition, son discours était précis sur ce point: s’il était élu à la magistrature de la Côte d’Ivoire, il demanderait, en priorité, à la France d’évacue la base militaire de son pays. Mais, parvenu à la magistrature suprême, il n’est plus jamais revenu sur la question. Parce que son régime a été sauvé à plusieurs reprises par l’armée française. Lors de la tentative de coup d’État de septembre 2002, sans les militaires français qui ont stoppé leur avancée, les rebelles auraient pris le pouvoir à Abidjan.

Le démantèlement des bases installées sur le continent constitue-t-il une panacée pour mettre fin à l’ingérence militaire française en Afrique ?

> Peut-être pas, mais ce sera déjà un début. Avec les avancées technologiques d’aujourd’hui, la France peut, à partir de l’île de La Réunion, très proche de l’Afrique, où elle dispose d’une base, intervenir où elle veut sur le continent, sans y maintenir des bases. Par ailleurs, conformément aux accords d’assistance technique militaire, c’est la France qui assure la formation de la plupart de nos armées et de notre police. Elle n’a donc plus besoin d’être sur le terrain, puisqu’elle a déjà formé les militaires autochtones pour sécuriser les pouvoirs en place. Sinon, il faut se poser la question de savoir à quoi servent les militaires et les policiers sur le continent africain.

Dans son discours en Afrique du Sud, en février dernier, le président français a indiqué que les accords renégociés devraient répondre aux intérêts stratégiques de la France, ainsi qu’à ceux des partenaires africains…

> Très bien, mais la question est de savoir ce qu’il entend par «intérêts stratégiques», d’une part et «partenaires africains» d’autre part. On a bien compris que sur le premier point, il s’agit des intérêts stratégiques de la France. Mais sur le second, on se demande ce qu’il désigne par «partenaires africains». S’agit-il des chefs d’État ou des peuples africains, sachant qu’il n’y a pas de corrélation ? Si les intérêts stratégiques français correspondent à ceux des peuples africains, alors allons-y. Malheureusement, on s’aperçoit que dans la pratique, les intérêts de la France correspondent plutôt à ceux des dirigeants africains dont la plupart ne sont pas assis sur une légitimité populaire.

L’Afrique a-t-elle actuellement les moyens d’assurer sa propre défense ?

> L’Afrique dispose aujourd’hui de quelques organismes censés assurer sa défense, comme l’Accord de non-agression et d’assistance en matière de défense (Anad) et le projet Renforcement des capacités africaines au maintien de la paix (Recamp), en Afrique de l’Ouest. Mais il faut reconnaître que les pays africains, qui veulent désormais régler eux-mêmes leurs conflits, manquent cruellement de moyens, comme on l’a vu au Darfour. Par ailleurs, il faut souligner que la plupart des conflits en Afrique sont des conflits intraÉtats, c’est-à-dire créés par les États eux-mêmes. On est, en fait, dans la situation du pompier pyromane.

La déclaration de Nicolas Sarkozy ne vise-t-elle pas aussi à redorer l’image de la France, écornée ces derniers temps, notamment auprès de la jeunesse africaine ?

> L’image de la France, déjà déplorable en Afrique, s’est davantage détériorée, notamment auprès des jeunes africains, depuis l’arrivée de Nicolas Sarkozy au pouvoir, avec sa politique d’immigration, ses tests ADN, etc. Alors, on revient à des discours rassurants, comme ceux prononcés au Cap. Ce ne sont pas les discours qui vont améliorer l’image de la France, mais des actions concrètes. Les Africains attendent une rupture effective, que la France essaie de mettre à la norme internationale ses relations avec ses anciennes colonies. Elle sait qu’elle ne peut pas faire ailleurs ce qu’elle fait en Afrique.

Propos recueillis par Lucien Ahonto


Sociétés civiles et débat franco-africain

La plateforme citoyenne France-Afrique, composée d’ONG françaises, vient de publier un Livre blanc pour une politique de la France en Afrique responsable et transparente. Explication de texte.

(De gauch à droite) Grégoire Niaudet de Secours Catholique/Caritas France, Seidik Abba (animateur du débat), Fabrice Tarrit de Survie et Jean Merckaert du Cmité catholique contre la faim et pour le développementAvant même son arrivée à l’Élysée, Nicolas Sarkozy indiquait à propos des relations franco-africaines: «Il nous faut construire une relation nouvelle, assainie, décomplexée, débarrassée des scories du passé et de ses obsolescences» (Cotonou, 2006). Dix mois après son élection, la plateforme citoyenne France-Afrique, composée d’organisations comme Survie, le Comité catholique contre la faim et pour le développement (CCFD), Oxfam France, Agir ici, etc., rappelle le chef de l’État à ses promesses de campagne avec la publication, en février dernier, d’un Livre blanc pour une politique de la France en Afrique responsable et transparente. Parmi les propositions de ce livre blanc, la promotion de l’État de droit, un soutien affirmé à la société civile et le respect des droits de l’homme comme condition à la coopération bilatérale. Selon le collectif d’ONG, il faut que la France cesse «son argumentaire de la stabilité politique et du manque d’opposition » qui a, en février dernier, sous-tendu l’appui militaire et politique au président tchadien Idriss Déby Itno. Jean Merckaert, co-auteur de l’ouvrage, chargé du financement du développement au CCFD reconnaît toutefois des aspects positifs dans la nouvelle politique menée par Nicolas Sarkozy, comme la mise en place d’une commission d’information parlementaire sur les relations franco-africaines. Une première qui pourrait marquer un tournant significatif dans ces relations.

Une délégation de six personnes, représentant la plateforme citoyenne France- Afrique, avait été reçue à l’Élysée le 25 février, peu avant le départ du président français pour le Tchad et l’Afrique du Sud. Accueillie par le conseiller diplomatique, Bruno Joubert, la délégation a pu présenter son livre et ses propositions. Même si la rupture demeure le maître mot, «la défense des intérêts d’un État domine sur les aspirations de la société civile», a expliqué Bruno Joubert. Comme pour rappeler cette volonté de rupture, Nicolas Sarkozy l’a martelée sur tous les tons lors de son voyage en Afrique du Sud, annonçant la mise à plat et la publication des accords de défense qui lient la France à plusieurs pays africains. Mais pour les ONG françaises et africaines, il est encore long, des discours aux actes.

Stéphanie Hartmann


3 questions à...

DELPHINE K. DJIRAIBÉ
Coordinatrice nationale du Comité de suivi de l’appel à la paix et à la réconciliation nationale au Tchad.

Quelle réflexion vous inspire la récente visite du président français à son homologue tchadien Idriss Déby Itno ?

Rien de concret n’est sorti de cette visite. Nous sommes toujours sans nouvelles de Ibni Oumar Mahamat Saleh (porteparole de la Coordination pour la défense de la Constitution (CPDC), disparu depuis les événements de début février à N’Djaména, ndlr) et Déby parle de 400 morts alors qu’il y en a eu plus de 1500. Les Tchadiens subissent toujours l’état d’urgence qui fait peser une menace globale sur les défenseurs des droits de l’homme et les opposants. La mise en place annoncée d’une Commission internationale, c’est de la poudre aux yeux, d’autant que celle-ci sera présidée par le président de l’Assemblée nationale.

Qu’attendez-vous de Nicolas Sarkozy ?

Pour le moment, nous ne voyons aucun signe de rupture. Nous souhaitons que la France fasse pression avec l’Union européenne pour que s’engage au Tchad un processus global de dialogue politique, sécurisé par l’Eufor (Force européenne pour sécuriser l’est du Tchad et le nordest de la Centrafrique, ndlr).

Quel rôle peuvent jouer les sociétés civiles dans le débat franco-africain ?

Elles peuvent être des interlocutrices essentielles pour mettre en place des relations assainies. Grâce à la pertinence de leurs analyses, elles se sont construites une crédibilité et sont devenues le porte-voix des populations. Elles devraient donc être plus entendues.

Propos recueillis par S. H.

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