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Tunisie : des chantiers colossaux

Aujourd’hui, la Tunisie se développe à vue d’oeil et fait même pâlir d’envie bien des nations émergentes. Jamais depuis l’indépendance du pays, on n’aura vu se concrétiser autant de projets d’aménagements, d’infrastructures et d’équipements. Visite guidée.

Le pont Radès-La Goulette, qui reliera les banlieues nord et sud de Tunis devrait être achevé cet été.
Le pont Radès-La Goulette, qui reliera les banlieues nord et sud de Tunis devrait être achevé cet été.

Qu’ils proviennent de l’État ou de l’étranger, les investissements ont atteint un volume rarement égalé dans le pays. Et les chantiers inscrits dans le XIe Plan de développement (2007-2011) font florès. Mis à part «le projet du siècle» (voir encadré), c’est une ribambelle de réalisations qui rivalisent à qui mieux mieux. Facteur de développement de l’économie, le tourisme, et par ricochet l’urbanisme, ne cessent de bénéficier d’infrastructures nouvelles. Un budget de 3,6 milliards d’euros est consacré à la construction, sur 250 hectares, de la Médina sportive de Tunis, la capitale tunisienne. Destiné à des académies de sport et de loisirs, cet investissement a pour promoteur le groupe émirati Aboukhater. Les travaux du pont Radès-La Goulette, qui reliera les banlieues nord et sud de Tunis, battent aussi leur plein. Pour un investissement de 83 millions d’euros, ce pont devrait être opérationnel cet été. Cette tâche délicate est confiée conjointement à des entreprises japonaises, égyptiennes et locales. Le complexe touristique de Korbous est en négociation avec un groupe émirati. Pour un investissement de 7,1 milliards d’euros, il est appelé à devenir un haut-lieu du thermalisme. De même, la station balnéaire de Hergla, au nord du port El Kantaoui, devrait engloutir 1,8 milliard d’euros et les Émiratis sont intéressés. Par ailleurs, le tronçon de l’autoroute Tunis- Medjez-Beja-Bousalem coûtera 236 millions d’euros. Sans compter les projets de construction du Palais des congrès, de la Medina de Gammarth, du complexe touristique de Raoued, de la Maison de la culture de Tunis, etc.

Facteur de développement de l’économie, le tourisme,
et par ricochet l’urbanisme, bénéficient
d’infrastructures nouvelles.

Mais c’est Taparura, un projet environnemental, qui mérite l’attention. Pour un investissement de 83 millions d’euros, Taparura, dont les travaux préliminaires ont commencé, a pour objectif la dépollution de la côte nord de Sfax et la réhabilitation des plages. Entre 1962 et 1977, une usine phosphochimique, qui déversait dans la mer des quantités énormes de poisons fluorés, avait rendu impropres à la baignade les plages de la côte nord de la capitale du sud. Financé pour l’essentiel par la Banque européenne d’investissement, Taparura est appelé à réconcilier la « ville aux milliers de motocyclettes» avec la mer. Consciente du rôle primordial que jouent les transports dans les échanges internationaux, la Tunisie entend devenir un carrefour de la Méditerranée centrale. C’est dans ce cadre que s’inscrivent les constructions du port en eaux profondes et de l’aéroport d’Enfidha, à 90 km au sud de Tunis. Le projet du port auquel de grands groupes du Golfe et du Moyen- Orient ont exprimé leur intérêt, devrait coûter 590 millions d’euros. Quant à l’aéroport, sa concession a été accordée au Turc TAV Aeroports Holding. Pour un investissement de 400 millions d’euros, l’aéroport, dont les travaux ont commencé il y a peu, sera bientôt opérationnel. L’atterrissage du premier avion est prévu pour le 20 mars 2009. Par ailleurs, les travaux d’extension du tramway d’El Mourouj (banlieue populaire du sud de Tunis) ont redémarré en septembre 2007. Pour un coût de 76,5 millions d’euros et un tracé de 6,8 km, le projet prendra fin en octobre 2008. De même, les travaux d’extension de la ligne 4 du métro vers la Mannouba viennent de commencer. Pour un coût de près de 56 millions d’euros, la ligne devrait être opérationnelle en septembre 2009. De même, dans le cadre de la modernisation de son chemin de fer, la Société nationale des chemins de fer tunisiens (SNCFT) vient d’acquérir dix nouvelles rames pour 35 millions d’euros. Il est en outre prévu l’acquisition, pour 345 millions d’euros, d’appareils neufs par Tunisair et d’un car-ferry pour 147 millions d’euros.

Le secteur de l’énergie bénéficie également d’énormes investissements. Parmi les plus importants chantiers, la construction, pour 950 millions d’euros, d’une raffinerie à la Skhira, dans le golfe de Gabès. Mais aussi les centrales électriques d’El Haouaria (590 millions d’euros) et de Ghannouch (295 millions), les centrales éoliennes du nord (141 millions). Grâce à une politique incitative en matière de recherche-exploitation, Tunis devrait combler prochainement le déficit de sa balance énergétique consécutif à la hausse des cours du pétrole. En 2006, on comptait seize forages, et selon les prévisions du ministère de l’Énergie, les engagements actuels permettraient de réaliser entre cinquante et soixante forages d’exploration au cours des cinq prochaines années. Avec cette kyrielle de mégaprojets érigés en priorités nationales, l’ancienne Ifriqya est promue à un bel avenir.

Oumar Diagana correspondant en Tunisie

Un Dubaï au coeur de Tunis

Vue d'artiste du Au palais de Carthage (la présidence tunisienne), les promoteurs émiratis, soucieux de placer leurs bénéfices issus de l’envolée des cours de l’or noir, se bousculent. Et les Tunisiens rêvent d’un développement à la Dubaï. Le projet dont tout le monde parle est bien «le projet du siècle». Grâce à une convention signée entre l’État tunisien et Sama Dubaï, filiale immobilière du groupe émirati Dubaï Holding, il est prévu l’érection, sur les berges du lac sud de Tunis, d’une nouvelle métropole qui donnerait à la capitale un nouveau cachet. Coût de ce projet : 11 milliards d’euros. Soit le triple de tous les Investissements directs à l’étranger (IDE) réalisés par le pays depuis le démarrage en 1987 du programme de privatisation. Établi sur 830 hectares, ce projet herculéen comportera des tours gigantesques de plus de soixante étages, des mégacentres commerciaux, des complexes hôteliers rutilants, des banques, des espaces sportifs et culturels, des résidences au luxe féerique, des zones vertes, une marina, un port de plaisance… Les travaux dont la première pierre a été posée le 6 août 2007 par le chef de l’État tunisien Ben Ali en présence du richissime Cheikh M’hamed Ben Rached Al-Maktoum, vice-président des Émirats arabes unis et propriétaire de Dubaï Holding, devraient générer quelque 140000 emplois. En attendant 2016, date prévue pour la fin des travaux, le rêve est désormais permis de voir poindre à l’horizon tunisois des gratte-ciel à l’architecture insolente venus d’un Émirat qui n’était jadis qu’un simple port de pêche et un désert inhospitalier.

O. D.

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