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Angola : atouts et promesses d'un géant

Depuis l’Accord de paix de Luanda, le 4 avril 2002, qui a mis fin à une guerre civile de près de trente ans, l’économie angolaise, essentiellement portée par le pétrole, croît de façon exponentielle. Zoom sur un pays, en pleine mutation, lancé à vive allure dans la lutte contre la pauvreté. Un pays avec lequel la France souhaite engager un protocole de réconciliation après cinq années de brouille.

Angola : atouts et promesses d'un géant

Repères

L’Angola est limitrophe de la République démocratique du Congo, du Congo-Brazzaville, de la Namibie et de la Zambie.
Superficie : 1246700 km² y compris l’enclave de Cabinda.
Population : 13 millions d’habitants.

Indépendance : 11 novembre 1975, Agostino Neto président; début de la guerre civile entre le MPLA et l’Unita.

21 septembre 1979 : José Eduardo dos Santos président.
26 mars 1991 : accord sur le multipartisme.
31 mai 1991 : signature d’un accord de paix avec l’Unita au Portugal.
30 septembre 1992 : élection présidentielle remportée par Dos Santos. L’Unita de Jonas Savimbi reprend les armes.
20 novembre 1994 : signature des Accords de paix de Lusaka (Zambie).
Février 1995 : L’ONU autorise l’envoi de 6500 casques bleus.
11 avril 1997 : gouvernement d’Unité et de réconciliation nationale.
Décembre 1998 : reprise de la guerre civile.
26 février 1999 : fin de la Mission des Nations unies en Angola.
22 février 2002 : mort de Jonas Savimbi.
4 avril 2002 : fin des hostilités.

Du 14 au 16 novembre dernier, le secrétaire d’État français chargé de la Coopération et de la Francophonie, Jean-Marie Bockel, a effectué un voyage express en Angola. Au menu des entretiens avec les autorités angolaises, l’ensemble des relations bilatérales, mais aussi l’affaire Falcone(1). Des discussions qui, selon le Quai d’Orsay, ont souligné la volonté, de part et d’autre, de donner une impulsion forte à la coopération bilatérale, de relancer le dialogue politique sur les crises régionales et de développer de nouveaux partenariats économiques. Ce périple était destiné à préparer le premier déplacement du chef de l’État français à Luanda. Nicolas Sarkozy et son homologue angolais José Eduardo dos Santos s’étaient déjà rencontrés à New York en septembre 2007, en marge de l’Assemblée générale de l’ONU, scellant ainsi les retrouvailles entre les deux pays après cinq années de brouille. Le message de Paris est clair: plus question de continuer à entretenir des relations distendues avec Luanda. Bien que le Fonds monétaire international (FMI) ait annoncé dans son rapport de 2003 des progrès significatifs dans le domaine de la transparence et de la réorganisation financière de l’État, l’Angola n’est pas exempt de tout reproche. À preuve, il est classé 133e sur 145 dans l’index de perception de la corruption par Transparency International. Reste que cette ancienne colonie portugaise n’est pas pour autant infréquentable.

Même si des troubles sporadiques perdurent encore dans l’enclave de Cabinda (voir encadré), le pays a retrouvé la paix depuis 2002. Et si José Eduardo dos Santos, qui vient de souffler ses 29 bougies à la tête du pays –il a succédé en 1979 à Agostino Neto– ne présente pas un parcours de démocrate exemplaire, il n’est pas non plus un autocrate. À preuve, en vertu des Accords de paix de Lusaka de novembre 1994, l’Union nationale pour l’indépendance totale de l’Angola (Unita), le principal parti d’opposition, détient quatre portefeuilles ministériels (santé, hôtellerie et tourisme, commerce, géologie et mines) au sein du gouvernement d’Union et de réconciliation nationale. Le parti de l’ancien chef rebelle Jonas Savimbi, tué en 2002, compte 67 députés au Parlement, contre 129 pour le Mouvement populaire de libération de l’Angola (MPLA, parti présidentiel). Une dizaine d’autres petits partis se partagent le reste des sièges, dont cinq pour l’historique Front national de libération de l’Angola (FNLA) de feu Holden Roberto. Les prochaines élections législatives devraient se dérouler les 5 et 6 septembre, tandis que le scrutin présidentiel est prévu en 2009. De l’avis des principales chancelleries étrangères et des plus importantes organisations internationales de défense des droits de l’homme, la situation des droits humains, qui n’a pas toujours été exemplaire dans le pays, s’est notoirement améliorée. Il en est de même pour la liberté de la presse. Dans son rapport 2004, Reporters sans frontières, tout en signalant encore çà et là quelques dérapages, note que la presse a retrouvé une grande part de sa liberté depuis le retour à la paix.

L’Angola a le profil idéal du pays africain «émergent» et «respectable»
aux yeux de ses partenaires extérieurs de plus en plus
regardants en matière de bonne gouvernance.
 

Le président angolais José Eduardo dos Santos (d.) et son homologue français Nicolas Sarkozy, lors de l'Assemblée générale de l'ONU à New York en septembre 2007
Le président angolais José Eduardo dos Santos
(à droite) et son homologue français Nicolas
Sarkozy, lors de l'Assemblée générale de l'ONU
à New York en septembre 2007

En somme, l’Angola présente le profil idéal du pays africain «émergent » et « respectable» aux yeux de ses partenaires extérieurs de plus en plus regardants en matière de bonne gouvernance et d’éthique du pouvoir. Et puis, Luanda a un atout majeur : son sous-sol regorge de pétrole (2). Deuxième producteur d’or noir en Afrique subsaharienne derrière le Nigeria, il a fait son entrée le 1erjanvier 2007 comme membre de plein droit au sein de la très sélect Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP). Les chiffres rendus publics, le 25 février dernier, par Manuel Vicente, le président du Conseil d’administration de la Société nationale d’hydrocarbure d’Angola (Sonangol), donnent une idée de l’importance des réserves en or noir du pays. Selon lui, l’Angola produit depuis le mois de février 1,9 million de barils/jour de pétrole et pourra atteindre avant la fin de l’année, une production de 2millions de barils/jour. Et de préciser que la Sonangol a réalisé un chiffre d’affaires de 11 milliards de dollars en 2007. Chiffre qui pourrait atteindre 17 milliards dans les prochaines années, car les prévisions tournent autour d’une production de 2,5 millions de barils/jour en 2011.

L’Angola possède également du diamant, des gisements d’or, de phosphates, de feldspath, de bauxite et d’uranium, tout comme de vastes forêts, des usines de pêche et des terres arables où sont cultivés le coton, le café et le sisal. Certes, son économie porte encore les stigmates de près de trente ans de guerre civile. Un conflit qui a totalement déstructuré le tissu économique et social des campagnes et désorganisé le secteur industriel, privé de matières premières et d’investissements. Plus de 80 % des actifs travaillent dans le secteur primaire et créent seulement 8 % des richesses nationales. En 2006, le taux de chômage avoisinait les 60 % et près de sept Angolais sur dix vivent sous le seuil de pauvreté. Si, pour booster l’exploitation du pétrole, des efforts ont été faits pour la construction d’oléoducs sur environ 893 km, les infrastructures, elles, font globalement cruellement défaut. Seulement 2761 kilomètres de voies ferrées et 51429 kilomètres de routes pour un pays deux fois plus grand que la France. Autre gros handicap, une bonne partie du territoire est encore truffée de mines terrestres. Depuis quelques semaines, onze équipes de 1561 experts sont venues renforcer les 43 groupes déjà opérationnels sur le terrain pour accélérer le déminage d’immenses étendues cultivables, de sites touristiques et de zones maritimes. On estime qu’environ 5 millions de ces engins de mort ont été posés durant la guerre et qu’au rythme où ils sont actuellement neutralisés, il faudrait deux cents ans pour que le pays en soit totalement débarrassé. Reste que depuis la fin des hostilités, grâce essentiellement à l’extraction exponentielle du pétrole, le taux de croissance de l’économie s’est emballé. Il était de 18,6 % en 2005 et devrait, selon toutes les prévisions, dépasser les 26% dans les années à venir.

Le spectre du scandale de l’affaire Falcone qui plane encore sur les relations Paris-Luanda pourrait remettre en cause le calendrier de l’Élysée –le procès de cette énorme affaire de corruption qui aurait dû se tenir fin 2007 ou début 2008 a finalement été reporté à la fin de l’année. Dans le cas contraire, capitaines d’industries, chefs d’entreprises et autres hommes d’affaires français devraient se bousculer pour accompagner Nicolas Sarkozy dans son prochain déplacement en Angola.

Valentin Hodonou

(1)Pierre Falcone, un Français ami du président Dos Santos, et Arcady Gaydamak, Israélien d’origine russe, qui ont quitté la France, sont poursuivis par la justice française pour «ventes d’armes présumées illicites» pour 790 millions de dollars à l’Angola entre 1993 et 2000. Ils seront jugés par défaut.
(2) Autrefois exploités par des entreprises américaines et françaises, les gisements pétrolifères angolais sont désormais gérés, dans leur majorité, par des sociétés chinoises.

Cabina la rebelle

D’une superficie de 7270 km2, l’enclave de Cabinda, isolée entre l’océan Atlantique, le Congo-Brazzaville et la République démocratique du Congo, et peuplée d’environ 200000 habitants, a été rattachée à l’Angola par les colonisateurs portugais dès 1956. Plus de 60 % de l’exploitation pétrolière angolaise provient de l’offshore cabindais. Cabinda a réclamé très tôt son indépendance. Regroupés au sein du Front de libération de l’enclave de Cabinda (FLEC) en 1963, les principaux mouvements indépendantistes se sont opposés au Mouvement populaire de libération de l’Angola (MPLA, parti au pouvoir) au moment de l’indépendance du pays en 1975 et ont pris le maquis. Ils ont signé, le 27 août 2006 à Namibe (sud de l’Angola), un accord de paix avec le gouvernement angolais. V. H.

 

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