L’édition 2008 de la Coupe d’Afrique des nations restera dans les annales comme l’une des plus belles et des plus passionnantes: des buts à foison, un jeu spectaculaire, une ambiance chaude et des individualités au rendez-vous. Si l’Égypte est championne, pour la deuxième fois consécutive, devant un Cameroun revenu du diable Vauvert, la Côte d’Ivoire, elle, a dérapé, alors que bien d’autres prétendants ont fait un flop retentissant. Premiers enseignements.
Ils devaient avoir une sacrée confiance en leur puissance ces Égyptiens pour imprimer à l’avance des teeshirts portant la mention champion 2008 et les six étoiles qui correspondent aux titres glanés depuis la création de la CAN! Il n’y a rien à dire, la victoire des Pharaons est amplement méritée. L’Égypte a commencé par atomiser le Cameroun et a fini par s’imposer face aux mêmes Lions Indomptables dans une finale serrée et intense (1-0) Entre ces deux matches, les coéquipiers de l’excellent Abou Treka ont fait le job. Parfois de façon brillante, comme en demi-finale où ils ont broyé la machine de guerre ivoirienne. L’Égypte pratique un football moderne, savant dosage d’organisation collective, de rigueur défensive et d’efficacité offensive. Une rigueur qui ne laisse pas moins de place à des individualités tranchantes à l’image de Zidan, d’Amr Zaki ou du gardien El-Hadary. Le succès des gars du Nil, c’est aussi une prime à la stabilité. Malgré des résultats en dents de scie en 2006 et 2007, l’Égypte a conservé son staff technique et son entraîneur en chef Shehata. Avec deux titres consécutifs, ce dernier aura bientôt droit à une statue dans le centre du Caire.
Fidèle à son habitude, le Cameroun ne fait rien comme tout le monde. Tout a commencé par un terrible dérapage. Les Lions Indomptables ont subi, dès le premier jour, une vraie correction de la part des Égyptiens (4-2). D’aucuns ont jugé alors que les coéquipiers de Samuel Eto’o étaient morts et enterrés. Mais le Cameroun est revenu très vite, gonflé à bloc pour pulvériser la Zambie. Puis, dans la foulée, les quadruples champions d’Afrique corrigent des Soudanais qui les avaient fait souffrir lors des éliminatoires du Mondial 2006. La suite, on la connaît. Le Cameroun écarte de son chemin une excellente équipe de Tunisie en quart, assomme le Ghana dans son fief en demi et rate le coche en finale. Un dérapage contrôlé mais pas jusqu’au bout. Pour la Côte d’Ivoire, c’est dans la ligne droite qu’eut lieu un incompréhensible dérapage. À l’issue du premier tour, plus personne ne voyait un adversaire crédible à opposer à cette constellation de vedettes au jeu chatoyant et à l’efficacité redoutable. Jusqu’à ce que l’équipe croise la route des Pharaons. La cinglante déroute des Éléphants fit l’effet d’une bombe. Le titre convoité perdu, les Ivoiriens terminèrent péniblement l’épreuve en encaissant une seconde déroute face au Ghana (pour la troisième place) buvant le calice jusqu’à la lie. La Côte d’Ivoire ne manque pas de talents, mais elle se cherche encore un mental. Drogba, ce joueur magnifique, grand parmi les grands, gagnera-t-il la CAN un jour? Rien n’est moins sûr !
En ce qui concerne le Ghana, plus que de dérapage, on peut parler d’une panne sèche et brutale lors du match le plus important en demi-finale. Seulement troisièmes, les Black Stars, très fair-play sont à leur place.
Dieu comme la roue tourne en matière de football! Au coeur de l’automne, le Sénégal et le Maroc faisaient figure de grands favoris de l’édition 2008. Le Sénégal avait aligné quelques résultats impressionnants dans les matches de préparation. Auparavant, il avait terminé la phase éliminatoire en boulet de canon. Et pour mieux consolider sa position, le groupe de joueurs avait affirmé haut et fort sa mobilisation et sa volonté de faire mieux qu’en 2006, voire mieux qu’en 2002 d’heureuse mémoire. Au final, on a l’impression que le Sénégal n’est jamais rentré dans la compétition. Rejoints au score par la Tunisie, pour un nul somme toute honorable, les Sénégalais ont laissé filer le match de façon incompréhensible contre l’Angola, avant de montrer leur impuissance face à une faible équipe d’Afrique du Sud. C’est là un vrai avertissement pour les Lions de la Teranga avant le début des éliminatoires du Mondial 2010.
Le Maroc est aussi tombé de très haut. Auréolé d’une préparation de haute volée symbolisée par ce nul (2-2) imposé à l’équipe de France dans son jardin parisien, le Maroc fut vite désigné par l’ensemble des observateurs comme l’un des prétendants les plus sérieux au titre de champion… Hélas, après un début fracassant face à la Namibie, conclu par un score de 5 buts à 1, les Chérifiens ont lâché prise devant une excellente équipe de Guinée avant de sombrer devant le Ghana dans un match décisif. Le Mali est dans le même cas de figure que le Maroc avec la légère décharge d’être tombé dans le fameux groupe de la mort. Voilà une équipe solide sur le papier avec de vraies stars, à l’image de Kanouté et Seydou Keita (Séville), Mamadou Diarra (Real Madrid) ou Momo Sissoko (Juventus), mais incapable d’agir sur les événements et qui s’est contentée de subir. Hormis un succès étriqué devant le Bénin, le Mali a fait illusion devant le Nigeria avant que la Côte d’Ivoire le ramène sur le terrain de la réalité.
Dans les discours convenus de la plupart des joueurs, techniciens et journalistes, revient souvent la sempiternelle déclaration: «Vous savez, il n’y a plus de petites équipes…» Et bien non – et sans vouloir offusquer personne– cette 26e édition de la CAN a montré qu’il y avait bien un réel écart de niveau entre des formations comme la Côte d’Ivoire, l’Égypte et le Cameroun, pour ne citer que celles-là, et des équipes comme le Bénin, la Namibie ou le Soudan. D’ailleurs, Bénin et Soudan n’ont marqué aucun point alors que la Namibie n’en a obtenu qu’un seul. Plus grave, ces trois pays ont encaissé la bagatelle de vingt-trois buts soit le quart du total des buts inscrits tout en n’en marquant que trois. À vrai dire, la plus grosse déception concerne l’équipe du Soudan. Si la présence de ce pays à la CAN est la première depuis trente-deux ans, on pensait le football soudanais plus costaud, notamment après les bons résultats enregistrés durant la phase éliminatoire et par les clubs de Khartoum dans les coupes africaines de clubs. Il n’en est rien!
Fayçal Chehat
envoyé spécial au Ghana
Il a éclaboussé la finale de la CAN de son talent. En effet, contre l’Égypte, Carlos-Idriss Kameni, le goal camerounais, a longtemps retardé l’échéance de la défaite pour des Lions moins inspirés que d’ordinaire. Désigné meilleur gardien de but du tournoi, le joueur de l’Espanyol de Barcelone est entré définitivement dans la cour des grands portiers. Paroles.
Continental: Il y a deux ans, au Caire, vous étiez une doublure de luxe, vous voilà titulaire indiscutable, comment vivez-vous cette promotion?
> Carlos-Idriss Kameni: Croyez-moi, ce n’est pas une situation facile d’être dans la position d’une doublure. On doit être encore plus mobilisé et plus responsable. Le gardien de but doit être prêt à parer à toute éventualité. C’est le stress permanent.
Vous êtes encore jeune (24 ans) pour un gardien international. Peut-on considérer que vous venez de signer un long bail avec les Lions Indomptables ?
> Non. Aucun gardien ne peut se permettre d’afficher de telles certitudes. Nous savons, dans le milieu, que personne n’est à l’abri d’un gros pépin. Il suffit d’une blessure à l’entraînement. Ou, plus grave, d’une bourde lors d’un match avec enjeu pour que tout l’échafaudage monté à force de travail s’écroule. Combien de gardiens de but ont vu leur carrière partir en vrille après ce genre d’incident ? Alors, moi, je reste prudent et humble.
Vous êtes vraiment au top depuis que vous avez rejoint l’Espanyol de Barcelone, il y a trois ans. Cette stabilité a joué un rôle dans ce qui vous arrive de bon aujourd’hui avec le Cameroun ?
> Évidemment. En Espagne, j’évolue dans l’un des meilleurs championnats en Europe. Et même si l’Espanyol n’est pas le Real Madrid ou le Barça, je dispute tous les week-ends des matches importants, puissants, spectaculaires, qui mettent à rude épreuve et en même temps en valeur les gardiens. Lorsque mon club végétait au bas du classement, j’avais beaucoup de travail. Et, croyez-moi, cela n’a pas changé maintenant que nous jouons les premiers rôles.
Parlons encore de la CAN 2008, le Cameroun est revenu de loin après le coup de bambou asséné par l’Égypte dès le premier match…
> Vu de l’extérieur, on peut le voir comme ça. Mais au sein du groupe, le doute ne s’est jamais installé. On s’est tous regardé dans les yeux et l’on s’est dit que l’on n’avait pas le droit d’offrir de telles frayeurs à nos nombreux et fidèles supporters. Le coach a recadré tout cela et nous sommes repartis de l’avant.
Tout le monde évoque la force mentale des Camerounais, vous pouvez nous en parler vous qui êtes à l’intérieur du groupe ?
> La force mentale des Camerounais en général, je ne sais pas si c’est une réalité, mais elle existe vraiment chez les Lions Indomptables. Simplement parce que tous ceux qui entrent en sélection ont conscience de son prestige et de ses faits d’armes passés. Chacun d’entre nous est boosté par cette histoire, c’est comme ça qu’on finit par ne rien lâcher. Enfin, il y a dans ce groupe, le vécu impressionnant des cadres. Rigobert Song, le capitaine, est l’exemple parfait de cette volonté inébranlable, de ce refus de céder au doute et à la fatalité.
Mais il n’y a pas que le mental ?
> Heureusement! Le mental ne sert pas à grand-chose sans le talent et le savoir-faire. Sinon, le Cameroun ferait de simples coups et n’aurait pas pu gagner tant de titres et vivre de nombreuses épopées.
L’absence des Lions Indomptables au dernier Mondial estelle digérée et oubliée avec cette belle qualification pour la finale de la CAN 2008 ?
> Certainement pas! Et ce pour deux raisons: d’abord, la CAN n’est pas la Coupe du monde; ensuite, seule une qualification pour le Mondial 2010 pourra faire oublier l’échec de 2006.
Otto Pfister, votre coach en sélection, nous a dit récemment que pour lui le gardien de but était en fait son premier attaquant. Que vous inspire une telle affirmation ?
> (Sourire). Je comprends la signification de son propos. Il est clair qu’en étant le premier à toucher le ballon, le gardien peut, en dégageant au pied ou à la main, porter le danger chez l’adversaire. C’est une chose que l’on apprend très tôt dans la carrière de keeper.
Puisqu’on parle de l’importance de la place du gardien de but, les observateurs semblent d’accord pour dire que l’Afrique souffre d’une pénurie de talents dans ce secteur du jeu. Vous confirmez ?
> C’est délicat de répondre à une telle question, alors que je fais partie de l’objet même du débat. Cela dit, je comprends les inquiétudes de certains. Rien que chez nous au Cameroun, on a vu défiler des gardiens de la trempe de Joseph-Antoine Bell, Thomas N’Kono ou Jacques Songo’o. Aujourd'hui, il faut reconnaître que notre continent n’exporte plus beaucoup de gardiens. Et ceux qui évoluent déjà en Europe font ce qu’ils peuvent. Pour progresser et briller, il faut rejoindre un grand club et être de façon permanente sous la lumière des projecteurs.
Propos recueillis par F. C.
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