L’ancien chef de la diplomatie gabonaise, Jean Ping, a été élu le 1er février à Addis-Abeba, président de la Commission africaine, succédant ainsi à l’ex-président Alpha Oumar Konaré, qui ne souhaitait pas briguer un deuxième mandat. Portrait d’un diplomate chevronné.
La «fumée blanche» est apparue dès la fin du premier tour. Trente et une voix sur les quarante-six votants. Exactement la majorité des deux tiers nécessaires pour être élu. Du travail d’orfèvre. Réussi d’abord grâce à un intense lobbying du chef de l’État gabonais Omar Bongo Ondimba auprès de ses pairs de l’Afrique de l’Ouest, et du président rwandais Paul Kagamé. Complété ensuite par un travail de sape de l’Algérie, qui s’est chargée de rassembler le reste des suffrages indispensables pour faire le compte, a-t-on laissé entendre dans les coulisses du sommet. L’irruption de dernière minute dans la course du redoutable et redouté ministre libyen des Affaires africaines Ali Triki, aurait pu gripper la belle mécanique. Il n’en fut rien. On résiste pourtant rarement aux desiderata du chef de la Jamahiriya libyenne Mouammar Kadhafi au sein de l’organisation panafricaine. Mais les «alliés du président gabonais», décidés à ne rien lâcher, ont su trouver une parade juridique. Formulée lors du sommet de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao) le 18 janvier, la candidature d’Ali Triki, «déposée hors du cadre légal de l’Union», a été rejetée. Selon des indiscrétions, l’empoignade entre les deux camps a été rude, mais brève. Il faut croire qu’elle n’a pas laissé trop de traces. Mouammar Kadhafi et son infortuné ministre n’ont-ils pas laissé entendre qu’ils n’étaient en rien vexés ? S’il est vrai que le renoncement, in extremis, du président de l’Île Maurice, Caseem Uteem, et le désistement, en sa faveur, d’Antoinette Batumubwira la ministre burundaise des Affaires étrangères lui ont ouvert un boulevard, Jean Ping, qui n’a fait qu’une bouchée des deux autres candidats, ne pouvait rêver meilleure consécration. L’ambassadrice zambienne Inonge Mbikusita-Lewanika n’a totalisé que douze voix, tandis que le magistrat sierra-léonais Abdullah Osman Conteh n’en a obtenu que deux. Un vote a été considéré comme blanc ou nul.
Jean Ping, dit-on, n’est pas hostile aux réformes et aux avancées démocratiques. Extrait d’un propos du nouvel élu dans une interview accordée en août 2004 à la Chronique de l’ONU : «La démocratie est un cheminement, un processus, ce n’est pas par un décret qu’il faut l’établir de manière instantanée, définitive et parfaite. C’est un processus qu’il faut poursuivre sans fin […].» En clair, oui à des réformes et à des avancées démocratiques, mais à petits pas. Un profil qui convient beaucoup mieux aux chefs d’État africains que celui de son prédécesseur, Alpha Oumar Konaré. Pour éviter que l’Union africaine (UA) ne tombe dans les travers de la fantomatique Organisation de l’unité africaine (OUA), créée en 1963 à Addis- Abeba, l’ex-président malien voulait la réformer au pas de charge, quitte à bousculer ses vieux caciques. Si son tempérament, son activisme et son franc-parler ont donné une plus grande visibilité à l’UA sur la scène internationale, ils exaspéraient au plus haut point nombre de ses anciens pairs. On se souvient de son clash sur le Togo, en 2005, avec Olusegun Obasanjo, l’ex-chef d’État nigérian, alors président en exercice de l’UA (voir Continental n° 55). Les détracteurs de Jean Ping, qui murmurent qu’avec son élection, les chefs d’État africains se sont acheté à bon compte une tranquillité d’au moins cinq ans, parient que «rien ne changera avant 2012». Une chose est sûre, avec plus de trente ans de carrière politique de haut niveau, cet homme élégant et pétri de bonnes manières, ne manque ni d’expérience, ni d’habileté manoeuvrière. Les nombreux succès diplomatiques obtenus ces dernières années en Afrique par le président gabonais Omar Bongo Ondimba portent indubitablement sa griffe. Jean Ping, qui doit son patronyme à son père d’origine chinoise, est né le 24 novembre 1942 à Omboué, petite localité au sud de Port Gentil, la capitale économique du Gabon. Titulaire d’un doctorat d’État en sciences économiques à l’université de Paris I Panthéon (France), il est fonctionnaire international à l’Unesco à Paris en 1972. De 1978 à 1984, le voilà délégué permanent du Gabon auprès de l’organisation internationale. En 1984, le président gabonais fait de lui son directeur de cabinet, jusqu’en 1990. Huit ans au coeur du saint des saints du pouvoir dont il partage tous les secrets. En 1995, il entame un long parcours gouvernemental (voir encadré). Ses passages au ministère des Mines, de l’Énergie et des Ressources hydrauliques d’avril 1990 à juin 1991, puis d’août 1992 à mars 1994, lui permettent de se faire connaître et apprécier des milieux pétroliers, notamment dans le monde arabe. Nommé à nouveau ministre des Affaires étrangères, de la Coopération et de la Francophonie en 1998 (il avait déjà détenu ce maroquin pour la première fois en 1994), avec cette fois, rang de ministre d’État, il étoffe un peu plus son carnet d’adresses et peaufine son image d’Africain moderne, ouvert sur le monde. Ce qui lui ouvre grand les portes de la présidence de la 59e Assemblée générale de l’ONU de 2004 à 2005. Il est, entre temps, élu député de l’Ogooué-Maritime (sa province natale à l’ouest du Gabon) en 1996 sous les couleurs du PDG (Parti démocratique gabonais, le parti présidentiel, ancien parti unique).
John Kufuor, le chef de l’État du Ghana et président sortant de l’UA, tout comme son alter ego sénégalais Abdoulaye Wade et bien entendu Omar Bongo Ondimba se sont publiquement félicités de son élection. Fort bien. Mais, aussi bien eux que leurs pairs lui donneront-ils les moyens pour mener à bien sa mission ? Tant les défis à relever ne manquent pas. À commencer par la crise kényane, sur laquelle l’Union joue une fois de plus sa crédibilité déjà bien mise à mal. Et quid de la Somalie, dont personne ne semble plus se préoccuper? Et du Darfour, si la situation continue à se détériorer ? Du débat sur les États- Unis d’Afrique? Et enfin, quel sort sera réservé à l’audit, sans concession, réalisé par des experts indépendants sur le fonctionnement de l’institution et dont des extraits ont filtré dans la presse à la veille du dernier sommet d’Addis-Abeba ? Dans ce document, effectué à la demande de l’Union africaine après le sommet d’Accra, ils ont mis en évidence les carences criantes et l’impéritie de l’organisation continentale, tout en recommandant des réformes urgentes.
Valentin Hodonou
26 février 1990-29 avril 1990
Ministre de l’Information, des Postes et des Télécommunications, du Tourisme et des Loisirs, de la Réforme du secteur parapublic, chargé des Relations avec le Parlement et porte-parole du gouvernement.29 avril 1990-juin 1991, puis 28 août 1992-24 mars 1994
Ministre des Mines, de l’Énergie et des Ressources hydrauliques.25 mars-29 octobre 1994
Ministre des Affaires étrangères et de la Coopération. 30 octobre 1994-25 janvier 1997 Ministre délégué auprès du ministre des Finances, de l’Économie, du Budget et de la Privatisation. Après avoir détenu pendant deux ans le portefeuille de la Planification, de l’Environnement et du Tourisme, Jean Ping redevient ministre des Affaires étrangères, de la Coopération et de la Francophonie, cette fois avec rang de ministre d’État en 1999 jusqu’à sa nomination, en 2004, à la présidence de l’Assemblée générale des Nations unies.En 2007,
il est nommé vice-Premier ministre, ministre des Affaires étrangères, de la Coopération, de la Francophonie et de l’Intégration.
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