Les événements de début février –occupation partielle de la capitale N’Djamena par des rebelles armés qui ont réussi à barrer le pays dans toute sa largeur jusqu’à la lisière du palais de la république – ne sont qu’un épisode de plus, une escalade supplémentaire dans la longue crise tchadienne qu’il serait forcément réducteur d’attribuer à la seule «malédiction du pétrole». Au Tchad, l’histoire se répète. À défaut d’avoir bouté hors de son palais le président Idriss Déby Itno, les rebelles – ou les «mercenaires » selon la version gouvernementale – dans leur mouvement vers le sud, n’ont pas de mots assez durs pour condamner Paris qui aurait choisi, d’après les autorités officielles françaises, d’apporter son soutien, sans réserve, au chef de l’État tchadien, au nom de la «légitimité» et de la «légalité ». Comme une constante que rien ne parvient à infléchir depuis 1979, l’Élysée continue de cautionner « l’homme fort » de N’Djamena. En attendant sa chute ou sa fuite vers l’exil. Une attitude qui remet régulièrement au goût du jour le fameux principe selon lequel « la France n’a pas d’amis, elle n’a que des intérêts ».
La solution au mal tchadien ne saurait se réduire au soutien ou en l’absence de soutien d’une puissance tutélaire. Elle ne découlerait pas non plus du simple rapport de forces sur le terrain militaire, qui n’est que provisoire parce que précaire. L’histoire récente du Tchad est jalonnée d’exemples où les assauts répétés ont fini par avoir raison du pouvoir en place. Il serait tout aussi illusoire que la paix s’instaure au Tchad suite à la victoire d’une rébellion. Il serait quasi impossible à un groupe rebelle de refermer la boîte de Pandore ouverte en 1965 par le Front de libération national du Tchad (Frolinat) et la création, en 1972, du tout premier groupe dissident, les Forces armées du Nord, sous la direction de Hissein Habré et Goukouni Oueddeï. Le Frolinat s’est ensuite reproduit par scissiparité en Frolinat originaire, Frolinat fondamental… et une descendance nombreuse de mouvements rebelles. Une réalité qui portait en germe une « somalisation» du Tchad, même si dans les années 90, on redoutait plutôt la « tchadisation » de la Somalie…
Au-delà des condamnations classiques et de principe, la communauté internationale devrait se décider à aider les Tchadiens à s’engager dans la voie de la réconciliation, du dialogue sans exclusive pour aboutir à un mode de gestion démocratique du pouvoir. Ainsi, le Tchad rompra avec ses archaïsmes qui imposent à la communauté africaine et internationale le spectacle affligeant d’un éternel recommencement, à la manière d’une sombre fatalité. Il est grand temps que, comme dans nombre de pays du continent aujourd’hui, le Tchad fasse aboutir l’aspiration à un État moderne où les hommes politiques seront tour à tour gouvernants et gouvernés.
Arnauld Houndété
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