Abonnez-vous en ligne à Continental Mag - 12 mois - 25 euros

Ouarzazate, l'Hollywood marocain

Ouarzazate, une oasis au sud-est du Maroc, est sortie de l’anonymat grâce aux dizaines de productions internationales qui s’y tournent chaque année. Ce studio gigantesque à ciel ouvert a longtemps donné ses décors naturels aux oeuvres de fiction reconstituant la Grèce antique ou l’Égypte biblique et pharaonique. Pour la région comme pour le pays, c’est aujourd’hui un enjeu économique d’envergure.

Ouarzazate, l'Hollywood marocain
L'avion de la scène d'évasion dans Le Diamant du Nil, exposé au studio Atlas.

Un ancien journaliste devenu un agent de la CIA mène une enquête contre des éléments d’Al- Qaida en Jordanie… C’est l’argument narratif du dernier film en postproduction du réalisateur américain Ridley Scott, The Body Of Lies. Le décor choisi pour retrouver les paysages du Moyen-Orient est le sud du Maroc. Pour cette superproduction, où l’on croise Leonardo DiCaprio et Russell Crowe, Ouarzazate et sa région disposent d’un plateau de choix. C’est d’ailleurs une destination privilégiée pour Ridley Scott qui y a déjà tourné une bonne partie de ses films The Kingdom Of Heaven, Black Hawk Down et Gladiator. Ouarzazate a réussi une nouvelle fois un formidable coup médiatique qui en fait une destination prisée des productions internationales, qu’elles soient américaines bien sûr, mais aussi françaises, allemandes, italiennes ou d’un autre pays. Venant ainsi renforcer une tendance historique, celle de l’accueil de tournages cinématographiques sur le sol marocain. En effet, le tournage de films étrangers au Maroc a débuté dès 1897! Cette année-là, Louis Lumière, à la naissance du cinéma en 1895, a débarqué dans ce pays, en pionnier, pour filmer Le Chevalier marocain.

Très tôt, le Maroc verra se développer sur ses terres de nombreux tournages, et qui, pour certains, donneront naissance à un genre : le cinéma colonial. C’est un film au titre prémonitoire, Mektoub (Le Destin), de Jean Pinchon, qui inaugure la série dès 1919. D’autres, très célèbres, seront produits dans un esprit qui exalte l’exotisme et prolonge la vision d’un Orient romancé. Citons des titres emblématiques comme Le Grand Jeu (1933), Itto (1934) ou Noces de sable (1948). Au sortir de la Seconde Guerre mondiale, les productions étrangères vont découvrir Ouarzazate, et c’est Jacques Becker qui va ouvrir la voie avec Ali Baba et les quarante voleurs (1954). La cité aux portes du désert va séduire des générations de metteurs en scène et d’acteurs. Nombre de films qui y sont réalisés font partie des champions du box-office, comme par exemple Lawrence d’Arabie de David Lean ou Le Diamant du Nil de Lewis Teague, avec Michael Douglas. L’avion de la séquence de légende de l’évasion du couple est encore présent, offert au regard des visiteurs dans le studio Atlas. Plus récemment, Astérix & Obélix: mission Cléopâtre d’Alain Chabat avec Gérard Depardieu et Djamel Debbouze, ouKundun de Martin Scorsese, qui a fait succomber ce dernier aux charmes du Maroc et de la musique du groupe populaire Nass al Ghiwan.

La cité aux portes du désert séduit par sa lumière,
la richesse de ses paysages, son climat...

Des succès qui n’ont rien de fortuit. Ouarzazate possède de nombreux attraits qui incitent ces productions à venir y travailler: une lumière qui exalte les couleurs, une richesse des paysages, un climat stable, la diversité ethnique et culturelle des populations de la région, une main-d’oeuvre disponible et peu coûteuse. Mais ce n’est pas suffisant pour affronter la concurrence de plus en plus menaçante de certaines régions proches, comme l’Espagne ou la Tunisie, et surtout les pays du Golfe qui mettent les bouchées doubles pour devenir une puissance de l’industrie cinématographique. Consciente de tout cela, la région Souss-Massa-Drâa, dirigée par Azziz Akhannouch, actuel ministre de l’Agriculture, a mis en place une nouvelle politique pour booster cet outil formidable de développement. Le cinéma génère à Ouarzazate un chiffre d’affaires supérieur à 125 millions de dollars et des milliers d’emplois permanents ou saisonniers. Ouarzazate dispose de trois studios d’envergure internationale : outre le studio Atlas (créé en 1983), le studio Kanzaman qui abrite aussi un centre de formation, les studios CLA, dont le promoteur est le producteur italien Dino de Lorentis, viennent d’être inaugurés par le roi Mohammed VI, signe d’une volonté politique pour la défense de ce secteur. Le Centre cinématographique marocain est également partenaire de cette démarche d’ensemble par les facilités administratives octroyées, les conseils, le contrôle de l’emploi des ressources humaines et les initiatives internationales qu’il mène auprès des puissants producteurs. La formation constitue également une priorité dans cette nouvelle stratégie. Car si le savoir-faire des techniciens marocains est reconnu, certains postes font encore défaut, notamment dans la figuration, un secteur qui appelle une restructuration et un encadrement. Pour y remédier, la région a mis les moyens: plus de 4 millions d’euros ont été débloqués pour un projet visant à parvenir à une moyenne de quarante films par an d’ici à 2016. Désormais élevé au rang de pôle international du 7e art, Ouarzazate n’a plus, paradoxalement, de salles de cinéma. La dernière, L’Atlas, a baissé rideau en 2004.

Mohammed Belhaj
correspondant au Maroc

Le cinéma égyptien face à la censure

Le réalisateur Youssef ChahineDernier épisode du chassécroisé entre l’État égyptien et les artistes qui remettent en cause les blocages au sein de la société, la dure négociation contre la censure autour du film Le Chaos de Youssef Chahine (photo). Le « vieux lion» maintes fois célébré au Festival de Cannes est trop connu sur la scène internationale pour pouvoir être attaqué de front, comme l’était l’écrivain nobelisé Naguib Mahfous. Il n’était donc pas question d’interdire son dernier film, même si celuici dénonce sans masque la collusion du pouvoir politique et de la police dans les pratiques de corruption. Mais certaines séquences étaient quand même trop gênantes pour le pouvoir. Âgé de 83 ans, malade, Chahine a laissé négocier son acolyte Khaled Youssef, coscénariste et assistant sur nombre de ses films, et coréalisateur du Chaos. «En Égypte, on critique le régime après sa chute et non lorsqu’il est encore au pouvoir comme c’est le cas ici», note-t-il pour situer le contexte.

La censure a exigé de couper quelques scènes. Chahine, très sensible sur la question, ne pouvait l’accepter. Devant la menace d’interdiction, il a finalement accepté la coupure de dix secondes exigée. Toutefois, pour bien marquer les choses, il les a remplacées par un fond noir bien identifiable. Comme toujours en pareil cas, cela a renforcé le succès du film. Il a été distribué sur quarante-cinq copies et a déclenché de vives réactions, les gens applaudissant dans la salle. Mais le gouvernement n’est pas resté indifférent. Il a multiplié les déclarations hostiles et a mobilisé sa presse pour démolir le film à gros boulets. Mais là encore, ce ne fut que publicité! La censure est bien souvent une histoire d’arroseur arrosé. O. B.

© Continental - Magazine Africain d'informations et d'actualités
Création et référencement du site www.continentalmag.com par EANET