Malgré une conjoncture internationale difficile, la filière cotonnière burkinabè suscite l’intérêt des banques internationales, qui viennent de signer avec la Société des fibres textiles du Burkina une convention de plusieurs milliards de francs CFA.
Le directeur général de la Société des fibres textiles du Burkina (Sofitex), Célestin Tiendrebéogo, a le sourire. L’année 2007 s’est terminée sur une bonne nouvelle. Le 18 décembre, le Pool bancaire international, comprenant HSBC France, une banque franco-anglaise, BHF Bank, DZ Bank (Allemagne), Natexis, Société Générale (France), FimBank (Malte) et BMCE (Maroc), lui a renouvelé sa confiance en signant, dans les locaux de l’ambassade du Burkina Faso à Paris, la Convention de financement Sofitex 17. D’un montant de 65 millions d’euros, soit environ 42600 milliards de francs CFA, cette convention servira à financer la campagne d’égrenage, de commercialisation et l’achat des intrants agricoles de la saison 2007/2008. Courant janvier, le Pool bancaire national devait également s’engager pour un montant de 65 millions d’euros, ce qui constituerait, pour la Sofitex, une vraie bouffée d’oxygène. Célestin Tiendrebéogo pourrait alors éprouver un réel soulagement. D’autant plus que face aux difficultés que rencontre la filière cotonnière, dues princièrement aux subventions occidentales qui plombent le marché du coton, à la flambée du cours du pétrole et à la forte appréciation de l’euro par rapport au dollar, le concours financier des banques était sérieusement compromis. « Nous avions signé la Convention Sofitex 16, mais les décaissements n’ont pas suivi », révèle le directeur général de la Sofitex. La cause? La mauvaise santé financière de la société. Alors qu’en 2000, le cours de l’or blanc était à 900 francsCFA/kg (1,37 euro) et le dollar à 0,88, six ans plus tard, le kg de coton coûtait à peine 600 francsCFA (0,91 euro) pendant que l’euro s’échangeait à 1,30 dollar. Conséquences: des pertes sèches pour les sociétés cotonnières, la Sofitex, Dagris et la Société cotonnière du Gourma (Socoma), de l’ordre de 65,5 milliards de francs CFA (99 millions d’euros), dont 48 milliards (74 millions d’euros) pour la seule Sofitex. En 2006, pour la première fois de leur histoire, ces trois sociétés n’ont pas été capables de payer à temps les 130 milliards de francs CFA (200 millions d’euros) qu’elles devaient aux paysans. Dès lors, la seule alternative pour éviter le dépôt de bilan à la Sofitex, qui fait vivre des millions de Burkinabè, était sa recapitalisation.

Célestin Tiendrebéogo, directeur général de a Société
des fibres textiles du Burkina (Sofitex).
Totalement libéré début décembre dernier, le capital de la Sofitex est ainsi passé de 4,400 milliards de francs CFA (6,7 millions d’euros) à 38628 milliards (58 millions), une opération entièrement supportée par l’État burkinabè, la société française Dagris, qui détient 34 % du capital, soit 12 milliards de francsCFA (18 millions d’euros), ayant fait faux bon. Mieux, bravant les admonestations de la Banque mondiale, le gouvernement s’est porté garant auprès du Pool bancaire national à hauteur de 44 milliards de francs CFA d’un rééchelonnement sur cinq ans d’une créance bancaire. L’État s’est également engagé à subventionner les intrants agricoles pour les deux prochaines campagnes et envisage même de les défiscaliser. Toutefois, début janvier, l’État a réaffirmé que le principe de la privatisation de la Sofitex n’est pas remis en cause.
D’autres mesures prises par la direction, notamment la modernisation des outils de nettoyage du coton fibre en usine, la réduction de certains avantages des salariés et la reprise des évacuations du coton sur le port d’Abidjan, ont contribué à ramener la confiance des partenaires financiers. Par ailleurs, le mécanisme de fonds de lissage décidé l’année dernière et piloté par l’Agence française de développement (AFD) devrait être opérationnel d’ici à trois mois. Selon Célestin Tiendrebéogo, la Sofitex pourrait percevoir, à ce titre, 10 milliards de francsCFA profitables aux paysans en «complément du prix d’achat du coton graine en fin de campagne».
Après sept ans de hausse continue, le Burkina Faso était le premier
producteur d'or blanc du continent africain en 2006 avec 700 000 tonnes.
Après sept ans de hausse continue jusqu’à faire du Burkina Faso le premier producteur d’or blanc du continent africain en 2006 avec 700 000 tonnes, la production de coton a chuté de 30 % l’année dernière, la saison ayant souffert de la sécheresse et des inondations. Certes, les subventions agricoles occidentales ne disparaîtront pas de sitôt et la dépréciation du billet vert par rapport à l’euro pourrait rester encore durable mais, comme le souligne Jean-François Lambert, directeur général de HSBC, et chef de file du Pool bancaire international, « le marché du coton semble se retrouver. À 69,90 contre une moyenne de 59,14 cents pour l’indice A en 2006/2007, pour la première fois en trois ans, les conditions sont réunies pour amorcer un redressement de la filière». Selon certains analystes, étant donné la forte demande internationale des filatures, «les cours à moyen terme du coton devraient continuer d’évoluer dans une fourchette comprise entre 65 et 75 cents».
Visiblement, la Sofitex qui sort d’une zone de turbulences bénéficie toujours de la confiance de ses partenaires financiers. À preuve, deux nouvelles banques, la Banque marocaine pour le commerce extérieur (BMCE) et la Fim- Bank (Malte) font leur entrée dans le Pool bancaire international avec chacune, 7 millions d’euros. Explications de Mohamed Benaini, représentant de la BMCE: «L’Afrique est un marché important dans notre stratégie, et ayant déjà financé des campagnes au Mali, nous souhaitons étendre notre présence dans d’autres pays. Pour nous, le choix de la Sofitex a été facile car la société a donné des garanties sérieuses de trésorerie dans la gestion à travers la restructuration, la recapitalisation et l’engagement de l’État burkinabè.» Selon Aly Siby, vice-président de la banque privée FimBank, aux capitaux principalement koweitiens et qui compte dans son tour de table la Société financière internationale (SFI), une filiale de la Banque mondiale, «malgré la conjoncture internationale actuelle, l’aventure burkinabè n’est pas plus dangereuse que dans les autres pays (Libye, Soudan, Angola…) où nous sommes présents». Comme Mohamed Benaini, cet ancien de la Belgolaise, espère renforcer le partenariat avec la Sofitex en obtenant «des parts plus importantes dans les prochaines années». En 2004/2005, le Pool bancaire national comprenait neuf banques, avant que deux d’entre elles ne se retirent, quelque peu inquiètes quant à la santé financière de la Sofitex. «Avec la recapitalisation qui est effective et les mesures d’assainissement prises par la direction de la Sofitex, les inquiétudes exprimées par certains de nos collègues sont peut-être maintenant levées pour qu’ils nous rejoignent», espère Gaspard Ouédraogo, président directeur général de Banque internationale du Burkina (BIB) et chef de file du Pool bancaire national. Créée en juin 1979, la Sofitex qui dispose de quinze usines d’égrenage et de deux unités de traitement de semences a pour missions l’achat, la commercialisation et l’égrenage du coton burkinabè. Elle apporte aussi un appui technique aux paysans et assure la promotion de la fibre.
Joachim Vokouma
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