Abonnez-vous en ligne à Continental Mag - 12 mois - 25 euros

Une : bilan 2007

Bilan de l'année 2007 : nouvelles capacités afraicaines, le spectacle du monde, Continental et vous...Une fois n’étant pas coutume, parlons de nous, ne serait-ce qu’un court moment. Parlons de vous et nous. Un bilan de vie commune entre Continental et ses lecteurs. Pour vous remercier de nous avoir accompagnés, soutenus, et choisis. Avec une lucidité et une vigilance qui nous a rendus chaque mois meilleurs. Le succès grandissant de Continental est le fruit de cette heureuse alchimie: la rencontre, à la manière d’une conversation exigeante et ininterrompue, entre le journal que nous vous proposons et la somme de vos critiques, de vos observations averties, de nos débats féconds échangés au fil des mois. L’objectif? Dessiner ensemble l’espace «utile» de rencontre entre un journal pétri des sensibilités de ceux qui le réalisent et l’attente –plus exigeante que jamais– de ses lecteurs qui se sont approprié Continental, progressivement, à la manière d’une évidence. Le magazine se présente aujourd’hui comme une somme du chemin parcouru depuis quatre décennies par les journaux panafricains au service d’une information spécifique qui a graduellement confectionné son territoire dans le champ mondial de la communication et de l’opinion. Dans un monde où l’on a vu émerger une profusion des moyens d’information, dans une Afrique où, par bonheur, les supports se sont multipliés à la faveur de la liberté d’expression, Continental intègre ces diverses mutations, et devient l’émanation tranquille de cette réalité historique.

Continental, c’est l’Afrique et le monde, ici et maintenant, fruit de la maturité d’une Afrique qui se recompose et s’invente dans une tension irréversible vers son avenir. Ayant rompu avec la sacralisation des partis uniques, arrimée, avec des fortunes diverses, aux processus de démocratisation, engagée plus que jamais, avec sa jeunesse, dans l’élaboration de nouvelles formes de vie collective, l’Afrique actuelle s’éloigne, bien plus qu’on ne l’imagine, de celle qui, il y a quinze ans encore, se trouvait enferrée dans un marasme identitaire. C’est à l’unisson de cette Afrique-là, dont la réalité s’inscrit chaque jour davantage dans le concert du monde, que Continental compose son identité. Nous sommes convaincus que la meilleure manière d’accompagner ce mouvement, est d’en rendre compte utilement et efficacement, en proposant au lecteur un magazine alliant qualité, souci de vérité, lucidité et recherche inflexible, au travers de nos analyses, des voies citoyennes pour faire aboutir les défis actuels. Notamment, la consolidation des acquis démocratiques, la justice sociale, l’engagement accru des jeunes envers leur continent, le respect du droit légitime des citoyens au mieux-être, la culture de la paix, l’accès de tous à l’éducation et à la culture comme une valeur sociale première, l’obligation de résultats comme vertu cardinale de gouvernance, l’exigence d’indépendance et de souveraineté, le raffermissement du «désir d’Afrique» pour inverser le mouvement de migration des jeunes vers les mirages de l’Occident. En plus de ces valeurs qui président aux tâches quotidiennes de l’équipe de notre magazine, il nous faut aussi redéfinir les liens entre l’Afrique et sa diaspora devenue au fil des années une réalité historique porteuse de ressources inédites plutôt qu’un phénomène accessoire… En cela, Continental, sans fards et sans démonstration superflue, montre, explique, révèle, explore les passerelles, les échanges existant entre l’Afrique et ses diasporas partout présentes, tout en veillant à repérer le sens souterrain et la richesse de ce discret dialogue…

Sommet de l'Union africaine à Durban en Afrique du Sud, en 2002.
Sommet de l'Union africaine à Durban en Afrique du Sud, en 2002.

L'unité du continent se fera certainement,
mais elle construira méthodiquement.

Il y a quelques vieilles années – une éternité–, nous rêvions de voir émerger sous les cieux africains ne serait-ce que la «possibilité » de libertés démocratiques… Un tel désir était alors assimilé à un égarement de l’esprit ou une vaine fantaisie. C’est aujourd’hui une réalité qu’il nous faut consolider. En Afrique subsaharienne, le mouvement, en tout cas, est irréversible et nul n’imagine plus de voir un esprit extravagant s’aventurer à en remettre en cause les fondements… Devenus des acteurs de nos rêves passés, nous savons aujourd’hui mieux cerner le champ des possibles dans cette Afrique dont Continental veut être à la fois le reflet et l’exégèse. C’est pour cela que, parfaitement en phase avec son époque, Continental, support pétri du chemin parcouru par l’information africaine depuis les années 60, se présente aujourd’hui à ses lecteurs comme un panafricain vigilant, attentif au souffle qui anime l’Afrique du nord au sud, naturellement ouvert sur le monde et les mouvements qui le traversent. Continental, lucide, attaché à la rigueur dans le traitement de l’information, ainsi qu’aux valeurs qui constituent notre démarche éditoriale, se présente comme un panafricain d’un «nouveau type», inscrit dans son époque, soucieux de contribuer au combat essentiel de l’Afrique actuelle, celui du développement humain. Pour s’engager dans ce chemin en y invitant les lecteurs-acteurs, Continental se définit comme un «panafricain apaisé», jouant pleinement son rôle d’informateur, de support pédagogique, d’observateur attentif et rapporteur des signes et indices des changements au sein des sociétés africaines, de défricheur d’excellence, de canal et vecteur des diverses expressions culturelles…

Il nous fallait vous dire tout cela, au moment où nous établissons, au sein de la rédaction, le bilan rituel de l’année écoulée, pour nous projeter vers une nouvelle année avec des promesses nouvelles et des devoirs renouvelés… C’est l’occasion de remercier tous nos nouveaux lecteurs et abonnés qui ont rejoint ceux qui déjà soutenaient ce magazine et lui assuraient sa raison d’être. Nos remerciements vont également aux partenaires annonceurs qui manifestent un intérêt grandissant pour Continental et qui, par courriers, appels téléphoniques, engagements divers, nous prouvent leur adhésion à notre action. Notre voeu pour la nouvelle année: continuer ensemble le chemin, fédérer les énergies solidaires et donner tous ensemble à Continental tous les moyens nécessaires à son épanouissement, en tous lieux.

Pas aisé, d’établir le bilan d’une année comme celle qui vient de s’achever. Comme si 2007 avait choisi, plus fortement qu’en d’autres temps, de prolonger les interrogations, les espoirs ou les impasses de l’année précédente. L’année de la continuité, dirions-nous… Et pourtant, l’on peut observer, ci et là, subtils et naissants, des signes de changements majeurs qui, sans fracas, ont entrepris le parcours vers leur visage.

L'Afrique doit aujourd'hui gérer son nouveau pouvoir de négociation
entre divers partenaires, dont la Chine, pour s'inscrire dans la nouvelle donne mondiale.

Forum sur la coopération sino-africaine en 2006, à Beijing en Chine.En Afrique notamment, dans un désordre apparent, l’hétérogénéité des situations est un signe prometteur de rupture avec les immobilismes mortifères du passé. Tout cela s’est produit progressivement ces dernières années, mais les repères traditionnels n’ont jamais été autant mis à mal. L’Afrique s’habitue peu à peu à faire entendre sa voix, à travers certains dirigeants, certaines instances, ou encore ses opinions publiques plus actives et présentes. On avait annoncé la création d’un gouvernement de l’Union africaine lors du sommet de l’organisation panafricaine à Accra en juillet 2007… Rien ne s’est passé comme prévu. C’est le réalisme qui a prévalu sur les pulsions idéalistes des temps révolus. L’unité du continent se fera certainement, mais elle se construira méthodiquement, par étapes «raisonnables», prenant en compte aussi toutes les contradictions qui composent le contexte continental et aussi en fonction de son arrimage nécessaire au monde. À l’heure où elle doit gérer son nouveau «pouvoir de négociation» entre divers partenaires –Europe, Chine, États-Unis d’Amérique, Japon, etc.–, et alors que le commerce devient le référentiel central des relations internationales sur fond de mondialisation, l’Afrique, dans sa diversité, s’attelle à un nouvel ordonnancement interne pour s’inscrire, avec un maximum d’atouts, dans cette nouvelle donne mondiale. Esquisse de cette nouvelle configuration diplomatico-commerciale, le sommet Europe-Afrique de Lisbonne, au Portugal, en décembre dernier. Cela est juste et bon, comme l’on dit, car, malgré les nombreuses difficultés structurelles auxquelles fait face le continent africain, il n’avait jamais disposé d’une telle marge de manoeuvre et de capacité pour négocier au mieux ses intérêts eu égard au rapport de forces constitutif de la coopération entre les nations. Un défi s’impose toutefois à l’ensemble du continent: comment forger et faire émerger un système alternatif aux règles libérales, pour l’heure défavorables aux marchés africains? L’Union africaine devrait inscrire cette réflexion dans son agenda, en s’inspirant peut-être de la dynamique politique et idéologique en cours en Amérique du Sud, avec notamment la création de la Banque du Sud sous l’impulsion du Venezuela.

Vite… Une année d’élections en Afrique, avec des bonnes nouvelles de la Sierra Leone, du Togo, de la Mauritanie, pour citer les exemples les plus significatifs, porteurs de changements majeurs dans des pays que l’on disait figés dans un interminable tunnel de crises profondes, politiques, sociales, voire identitaires… Des pays qui devraient, dans les prochaines années, faire la preuve de leur capacité à rattraper le retard accumulé sur la construction patiente et concertée d’un destin collectif.

La guerre en Irak finira-t-elle avec le départ désormais programmé des Américains ?

 Vite encore, ailleurs dans le monde. Question sans réponse: la guerre en Irak est-elle finie ? Finira-t-elle avec le départ désormais programmé des Américains? En attendant, difficile de dire que l’Irak existe toujours. 2007 aura été l’année de ce constat terrible qui ne semble pas émouvoir outre mesure les grandes puissances: doit-on dorénavant ranger dans le domaine de l’ordinaire le fait qu’un pays – un gouvernement– déclenche «sa» guerre contre un pays souverain sur la base d’un monumental mensonge d’État, au mépris des règles internationales, et, finalement, rayer ce pays de la carte du monde, et s’en retirer sans avoir le moindre compte à rendre à l’opinion internationale? Victime collatérale de la guerre de George W. Bush: l’ONU, qui tente de survivre au plus sévère affront jamais subi de son histoire. On n’a pas fini d’en voir les conséquences… Début décembre, un rapport de seize agences du renseignement américain indiquait que «Téhéran, s’il le voulait, ne sera pas techniquement capable de produire et de retraiter suffisamment de plutonium pour une bombe “avant environ 2015”». Et de préciser que le programme d’armement de l’Iran «a été arrêté fin 2003, et n’avait pas été relancé à la mi-2007». Un revirement total, quand l’on sait que les mêmes services prétendaient le contraire en 2005, présentant l’Iran comme un danger. Ce nouveau rapport arrive à point nommé pour éviter à George W. Bush un autre mensonge d’État justifiant une tragique aventure supplémentaire après celle de l’Irak. Une manière pour le système américain de sauver le soldat Bush, en fin de mandat, en lui aménageant une sortie honorable, et en le préservant d’une nouvelle indignité : celle d’engager une campagne guerrière –aux conséquences incalculables– contre l’Iran, et d’avoir ensuite à reconnaître qu’il s’est trompé. Sous d’autres cieux, l’aventure engagée contre l’Irak serait simplement assimilable à des crimes de guerre, et peut-être bien plus encore. Mais il est vrai que la «communauté internationale » établit un insolite distinguo entre les va-t-en-guerre tropicaux et les architectes des guerres dites « chirurgicales » engagées au nom d’une morale insaisissable.

Très vite… En France, la grande affaire de l’année fut l’élection de Nicolas Sarkozy à la tête de l’État. Un président d’un genre nouveau, assurément. Depuis, la France vit au rythme des rebondissements d’un feuilleton jamais essoufflé. La vie du pouvoir a les allures d’un soap opéra. La gestion des affaires publiques se déploie au rythme des annonces et des phrases programmées, des sondages, postures et déclarations minutieusement mises en scène pour produire leur effet, leur lot d’indignations, de polémiques, d’adhésions enfiévrées, de scandales parfois… Ce n’est plus le pain et le vin qu’on jette au peuple, mais des morceaux du spectacle du pouvoir… Étonnant. Il y a près de quatre décennies, nombre d’intellectuels – Guy Debord en tête – prévenaient contre l’avènement et le règne probables de «la société du spectacle» et des dégâts qui en résulteraient… Non seulement la société du spectacle est survenue, mais en prime, partout dans le monde, à des degrés divers, le pouvoir du tout-spectacle est devenu une «valeur» des temps actuels… On appelle ça la «communication ». Et la réalité réelle dans tout ça ?

Une nouvelle année, donc. Nous sommes heureux de continuer à marcher ensemble, avec vous. Gustave Flaubert suggérait en son temps: «L’avenir nous tourmente, le passé nous retient, c’est pour ça que le présent nous échappe.» Tâchons de toutes nos forces d’être des acteurs du présent, pleinement. Bonne année 2008.

Francis Laloupo

 

© Continental - Magazine Africain d'informations et d'actualités
Création et référencement du site www.continentalmag.com par EANET