Les Intégrales de l’investissement viennent de s’achever à Rabat. Cette troisième édition a mis en avant le partenariat franco-marocain et les «talents» de la diaspora dont les membres sont appelés à promouvoir le Maroc auprès des acteurs économiques de leur pays de résidence.
Plan d'aménagement du territoire : ici la mise en valeur
de la vallée du fleuve Bouregreg, entre Rabat et Salé,
est une priorité
Les Intégrales de l’investissement, le rendez-vous annuel des affaires destiné à booster la présence d’acteurs étrangers au Maroc, se sont tenues en décembre dernier à Rabat. Après l’Inde en 2006, la France était à l’honneur durant ce forum. Un choix qui s’inscrit dans une logique de coopération franco-marocaine qui s’est accentuée ces deux dernières années, avec pour point d’orgue la visite d’État du président français Nicolas Sarkozy au Maroc en octobre 2007. En particulier, le projet d’Union méditerranéenne proposé par le dirigeant français suscite l’intérêt des autorités marocaines, qui contraste avec le scepticisme affiché par la Commission européenne. Commentaire d’Hassan Bernoussi, directeur des Investissements du Maroc (ministère des Affaires économiques et générales) : «Nous ambitionnons d’être le premier partenaire de la France dans ce projet. Contrairement aux initiatives précédentes, tout peut aller très vite, car il ne s’agit pas de politiques d’aides, mais d’une union. La Méditerranée est perçue autrement, à sa hauteur.» En termes économiques, cela signifie que «la France reste et restera le premier partenaire européen du Royaume.» À preuve, poursuit-il, alors que l’immobilier et le tourisme attirent de plus en plus d’acteurs français, «trente huit entreprises du CAC 40 y sont présentes et vont continuer à renforcer leur positionnement».
Outre l’incontournable groupe Accor, qui vient de signer un accord cadre avec le gouvernement marocain pour développer ses activités dans le pays (notamment son offre aux entreprises), les sociétés Pierre et Vacances, Club Med et Cogedim s’inscrivent aujourd’hui dans le paysage de ces secteurs. De plus, le plan Émergence met en avant les «nouveaux métiers mondiaux du Maroc », qui touchent l’offshoring, l’électronique, le textile (ciblage sur des marchés de niche, comme le jean) ou encore l’aéronautique. Selon Hassan Bernoussi, « le Maroc tire un maximum de dividendes de la compétition que se livrent les deux géants Boeing et Airbus: tous les sous-traitants s’implantent chez nous. Le groupe Safran, exemple significatif, possède sept unités, dont un centre de recherche et développement. Une partie de l’Airbus A380 est marocaine! ». ST Microelectronics vient également de créer un centre de recherche employant 200 ingénieurs marocains, chargés de créer une nouvelle génération de microprocesseurs.
La qualité des ressources humaines est d’ailleurs l’un des critères les plus recherchés par les investisseurs étrangers. Le Maroc forme quelque 3 000 ingénieurs par an dans ses grandes écoles et des «ponts vont être créés» avec l’université. Car le pays entend sortir d’une culture de formation «à la française», qui veut que les grandes écoles aient plus de légitimité et de crédibilité que les autres vecteurs d’enseignement. «Nous ambitionnons d’atteindre 10000 ingénieurs en permettant aux étudiants scientifiques ayant un bac + 4 de suivre une formation supplémentaire qualifiante dans les secteurs les plus recherchés », précise Hassan Bernoussi. Par ailleurs, suite à l’édition 2006 des Intégrales de l’investissement portant sur la formation et l’éducation, le Maroc a entamé deux chantiers supplémentaires : soutien financier aux programmes de formation des investisseurs étrangers (par exemple ceux de l’Indien Tata) et partenariat avec l’Office pour la formation profession-nelle. L’autre grand partenaire du Maroc demeure l’Espagne, et, dans une moindre mesure, l’Italie, le Portugal et la Grande-Bretagne –essentiellement dans le secteur immobilier. Les deux tiers des investissements réalisés viennent des PME. « Notre pays ne compte que 30 millions d’habitants, et seulement la moitié consomme vraiment. La plupart de nos investisseurs étrangers sont attirés par les potentiels d’exportation que nous représentons, grâce aux accords de libre-échange que nous avons avec l’Union européenne, les États-Unis, la Turquie, certains pays du Moyen-Orient et d’Afrique subsaharienne. Nous vendons d’ailleurs aujourd’hui le Maroc comme une plate- forme d’exportations, permettant de cibler plus d’un milliard de consommateurs», explique Hassan Bernoussi.
"La diaspora, relais des réformes, contribuera à impliquer
plus d'investisseurs étrangers pour développer le Royaume chérifien."
Laïli Sbiti

Le plan Emergence met en avant les "nouveaux métiers
mondiaux du Maroc", notamment le textile.
En 2006, le Maroc a attiré 3 milliards de dollars d’investissements. Les pays du Golfe avaient beaucoup investi dans le secteur immobilier l’année précédente. Leur part d’IDE (Investissements directs étrangers), qui représente 13 milliards d’euros, s’échelonnera sur environ six ans et «commencera à véritablement produire ses effets en 2009-2010». Concernant le tourisme, «le plan Azur devrait récolter ses premiers dividendes dans les deux ans à venir». Rappelons que ce programme, lancé en 2002, vise à attirer 10 millions de visiteurs d’ici à 2010 (6 millions à ce jour). Outre les réformes et initiatives sur le territoire marocain, il faut compter avec les Marocains de l’étranger(1). La direction des Investissements a identifié des «talents» à travers différents réseaux. Par exemple, 300 Marocains travaillent à la City de Londres, dans les principales banques d’affaires. « Une fois que vous approchez une personne, vous accédez à des dizaines d’autres», affirme Laïla Sbiti, directrice adjointe aux Investissements et présidente de l’association Anima (2). «Nous allons leur fournir de façon permanente des informations riches et fiables. Ils seront ainsi le relais des réformes en cours au Maroc auprès de la communauté internationale des affaires. » Pour inciter les Marocains concernés à poursuivre ces actions de lobbying, des formules de «reconnaissance» (prix, gratification…) sont à l’étude. «Nous espérons que leurs actions contribueront à impliquer davantage d’investisseurs étrangers pour développer le Royaume, y compris socialement.»
Quid justement des retombées économiques de ces 3 milliards d’IDE sur la population marocaine? Hassan Bernoussi indique que le Royaume chérifien oeuvre autour de trois principales cibles de réinvestissement social: la salubrité de l’habitat, avec le «rasage de certains bidonvilles», l’éducation, et la santé. Et de préciser : «Tout en évitant l’érection de villes-dortoirs, nous avons lancé des chantiers de logements sociaux, en impliquant les investisseurs étrangers dans ces villes nouvelles avec pour défi majeur de créer des agglomérations organisées et de structurer les zones rurales.» Le gouvernement américain a d’ailleurs injecté 700 millions d’euros dans l’Initiative nationale pour le développement humain (INDH), créée à l’appel de Mohammed VI. Un tiers est dédié à la formation et l’éducation.
Comment Maroc Entrepreneurs a décidé de prendre part à l’initiative du gouvernement marocain ?
> Maroc Entrepreneurs (ME) est un réseau de 8000 membres. On a toujours eu l’ambition d’être un trait d’union entre la diaspora marocaine et le monde économique au Maroc. La mise en place par le gouvernement d’un réseau dynamique de cadres marocains à l’étranger, en vue de promouvoir le produit «Maroc», s’inscrit totalement dans notre vision. On a été invités à la table ronde préparatoire des Intégrales de l’investissement, Nous avons aussi été sollicités pour l’organisation, à Londres et à Paris, d’un roadshow destiné à promouvoir cette conférence. Ce concept a trouvé un écho important au sein des membres de notre réseau.
Pourquoi avez-vous choisi le Club London Finance de ME ?
> Originaire de Marrakech, j’ai rejoint ME car elle a l’ambition de sensibiliser à la création d’entreprise, d’accompagner les porteurs de projets tout au long du processus d’élaboration de leur business plan, de mettre en relation les projets les plus prometteurs avec des financiers… Depuis quelques années, Londres, en tant que capitale européenne de la finance, s’est logiquement imposée comme destination favorite des Marocains hautement qualifiés. Or, si l’on ne peut que se féliciter du nombre croissant de financiers marocains à Londres, il faut déplorer le manque d’interaction entre les membres de cette communauté. J’ai donc été séduit par l’idée de ME de fédérer les professionnels marocains de la finance à Londres.
Concrètement, quel sera le rôle de Maroc Entrepreneurs ?
> Nous souscrivons totalement au concept de « diplomatie économique ». Comment mettre en place ce réseau, comment le faire fonctionner concrètement? C’était justement l’objectif des Intégrales de l’investissement, qui ont été une véritable plateforme d’échanges pour répondre à toutes ces questions. C’est maintenant, au lendemain de la clôture, que va naître le lancement effectif de ce réseau de cadres à l’étranger.
Cécilia Rio
(1) Le transfert des capitaux des Marocains de l’étranger s’est élevé à 300 milliards de dollars en 2006. Non comptabilisé par les statistiques du Royaume comme de l’investissement direct.
(2) Réseau de promotion des IDE en Méditerranée. Il est financé par l’Union Européenne
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