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Les carnets de l'éco
La France déclassée dans la compétition mondiale

Plusieurs personnalités dont Jacques Attali, à la tête de la Commission de libération de la croissance, Jean-Claude Trichet, président de la Banque centrale européenne, et le Premier ministre François Fillon, ont récemment mis en garde contre les risques de faillite économique de la France. Celle-ci étant un partenaire commercial majeur et un bailleur de fonds de premier plan pour les pays francophones du continent africain, il est important de bien saisir les difficultés qui l’assaillent. Au-delà du slogan «travailler plus pour gagner plus», quels véritables défis ce pays doit-il relever? Alors qu’elle avait rattrapé les États-Unis (PIB par habitant par an) au milieu des années 70, l’Europe décroche depuis lors. Un différentiel de 30 points est aujourd’hui observé entre le niveau de richesse européen et celui des États-Unis. Et la France est désormais dans la moyenne basse européenne.

Dans les faits, la France a enclenché un déclassement dans la compétition mondiale. Depuis 1997, elle se situe, selon Eurostat, au 12e rang du palmarès européen pour le PIB par habitant, alors qu’elle occupait la 3e place en 1992. En volume de PIB, elle a été dépassée en 2006 par la Chine et est désormais au 5e rang mondial, perdant ainsi un rang. Par ailleurs, la France a perdu en 2006 six places au classement de la compétitivité, publié en novembre dernier par le Forum économique mondial, et se retrouve au 18e rang, notamment pénalisée par ses déficits, les rigidités du marché du travail et son système éducatif. L’Union européenne conjugue une productivité horaire, un nombre d’heures travaillées et un taux d’emploi plus faibles qu’aux États-Unis. En France, la situation du marché du travail est moins bonne encore que celle de la moyenne européenne. Le taux d’emploi, qui mesure le nombre de personnes en âge de travailler occupant un emploi, est révélateur. Il est de 66 % pour l’Europe contre 62,3 % pour l’Hexagone. Certes, les Français devront donc travailler davantage pour combler leur retard. Mais cela ne suffira pas. Le nombre d’heures travaillé dans une journée, si important soit-il, ne permet pas à lui seul de compenser le déficit de progrès technologique, d’innovation. Or dans ce domaine, la France et l’Europe –en dehors des pays scandinaves– accusent aussi un retard.

Concernant la recherche, l’écart en pourcentage, enregistré en 2006, entre les États-Unis et l’Europe est encore plus significatif: 330 milliards de dollars contre 200 milliards, soit 65 %. À la même période, la Chine a consacré 136 milliards de dollars à la recherche et au développement en 2006, dépassant le Japon (130 milliards), une somme supérieure de 3,5 fois aux dépenses de recherche françaises et en capacité de rattraper celles de l’Europe. Symptomatique des difficultés économiques françaises, le système éducatif et la recherche scientifique, situés dans la moyenne européenne, perdent de leur éclat. La 3e édition du Top 500 des meilleures universités du monde réalisé par la faculté Jiao Tong de Shanghai classe l’université Pierre et Marie Curie au premier rang français –très loin devant Normal Sup et Polytechnique, généralement perçues à l’échelle nationale comme très performantes–, au 8e rang européen et au 46e mondial. Elle avait déjà perdu une place en 2005 par rapport aux établissements européens et quatre places au niveau international.

Autre mesure pertinente de l’innovation, car faisant le lien avec l’économie réelle, le renouvellement des entreprises «premières de la classe» laisse également apparaître des lacunes. Cinq entreprises au premier rang de la capitalisation boursière aux États-Unis (25 % du total) ont été créées il y a moins de quarante ans et appartiennent à des secteurs innovants. En France, 100 % des vingt premières capitalisations du CAC 40 ont été créées il y a plus de quarante ans… Le slogan approprié au réveil économique français pourrait donc plutôt être: «Travaillez plus, innovez plus, entreprenez plus !».

Demba Diallo, économiste, Paris.
Courriel :demdiallo@ifrance.com

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