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Afrique du Sud : Le mystère Jacob Zuma

Démonstration est faite que Jacob Zuma jouit toujours d’une grande popularité au sein du parti au pouvoir, l’ANC, dont il vient de prendre les rênes. Surprenant retour en grâce de celui que l’on disait politiquement anéanti suite à ses démêlés avec la justice et son limogeage de la vice-présidence du pays en 2005.

L'influence de Jacob Zuma est demeurée intacte au sein du parti
L'influence de Jacob Zuma est demeurée
intacte au sein du parti.

Il y a deux ans, lorsqu’il a été limogé de sa fonction de vice-président de l’Afrique du Sud, personne n’aurait imaginé que Jacob Zuma renaîtrait triomphalement de ses cendres au point d’être plébiscité, le 18 décembre dernier, à la tête de l’ANC (Congrès national africain), avec près de 60 % des voix des délégués lors du congrès du parti à Polokwale, face au président sortant, le chef de l’État Thabo Mbeki. Un tremplin vers la présidence de l’Afrique du Sud.

Le 26 novembre, lors des primaires pour la désignation des candidats à la présidence du parti, il avait, à la surprise générale, recueilli près de deux tiers des voix, face à son rival Thabo Mbeki. Même la branche féminine du parti, l’ANC Women League, dont la plupart des membres influents s’étaient montrés très critiques vis-à-vis de Zuma lors de son procès pour viol en 2006, l’ont élu à l’unanimité.

Très controversé, le nom de Zuma est souvent cité dans des affaires de corruption. En 2006, lors du procès de son conseiller financier Schabir Shaik, condamné à quinze ans de prison ferme pour corruption, il est apparu, dans certains documents présentés à la cour, que Jacob Zuma avait exigé et perçu des sommes allant de 500000 à 1000000 de rands (50000 à 100000 euros) pour faciliter l’obtention de contacts publics à ses protégés. Il n’y a pas si longtemps encore, des documents l’impliquant dans une autre affaire de corruption liée à l’achat d’armes de guerre par le gouvernement sud-africain, ont été saisis à l’Île Maurice et seraient actuellement entre les mains des autorités mauriciennes.

Toutes ces «affaires» auraient certainement découragé et décrédibilisé le plus ambitieux des potentiels candidats à la présidence d’un pays. Mais Zuma, qui n’a cessé de clamer son innocence tout en évoquant un complot politique, est devenu la super star de son parti. «Zuma a reconnu ses torts, il doit être pardonné comme on a pardonné aux criminels de l’apartheid», s’est enflammé Mbalula Fikile, président de l’ANC Youth League, le mouvement des jeunes du parti. Personne ne saurait dire précisément ce qui confère à Zuma une telle popularité. De plus, le Parti communiste sud-africain, la majorité des organisations syndicales et une bonne partie de la société civile ne cessent de répéter qu’il est «l’homme qu’il faut à l’Afrique du Sud».

Désormais, c’est vers lui que les cadres du parti, déçus par Thabo Mbeki, se tournent. Zuma a récemment rencontré les représentants de la communauté blanche afrikaner, «à la demande de ces derniers», précise-ton dans son entourage. Ensuite, c’était au tour des hommes d’affaires de l’inviter à un déjeuner-débat à la bourse de Johannesburg pour dissiper les inquiétudes générées par la guerre de succession à la tête de l’ANC. Rien ne semblait plus pouvoir arrêter celui que ses fidèles surnomment volontiers le « Tsunami ». Dans les villes et les campagnes, les «fans» s’arrachaient les tee-shirts à son effigie avec le slogan «Zuma for President ». La consécration par les militants de Jacob Zuma à la présidence de l’ANC constitue un sérieux revers pour le chef de l’État sortant, qui espérait, en restant à la tête du parti, conserver un regard, voire une influence, sur la vie politique du pays même à la fin de son second et dernier mandat en 2009.

Alain Ngono
Correspondant en Afrique du Sud.

 

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