Chaque jour connaît son lot de drames liés à l’immigration clandestine, avec ces boat people version africaine qui bravent les flots au péril de leur vie vers les mirages européens. En réaction, nombre de pays rivalisent d’ardeur pour durcir leurs législations en la matière. Dans ce contexte, l’affaire de L’Arche de Zoé, touchant 103 enfants tchadiens, révèle, comme l’a souligné le président de la Commission de l’Union africaine, Alpha Oumar Konaré, «l’exploitation irresponsable de la pauvreté, de la misère et de la détresse de nos populations en situation de conflits».
Cette affaire est aussi l’une des résultantes les plus sordides d’un certain regard porté sur le continent, et des informations erronées et réductrices diffusées régulièrement à propos de l’Afrique dans les médias occidentaux. Un scandale révélateur de toutes les formes d’hypocrisie, de la vitalité de nombre de complexes secrètement ou ouvertement entretenus à l’égard des Africains, de préjugés entêtants que l’on croyait révolus et dissous dans les limbes de l’Histoire. Une femme, membre de la fameuse Organisation non gouvernementale, reconnaît d’ailleurs avoir agi «de manière néocolonialiste».
Toutefois, au-delà des errements inqualifiables d’une ONG en mal de reconnaissance et de sensation, la phrase du chef de l’État français Nicolas Sarkozy –«J’irai chercher tous ceux qui restent quoi qu’ils aient fait» – sonne presque comme une profession de foi. La signature d’une certaine perception des relations entre États, parfaitement inscrite dans la galaxie de la Françafrique dont les fondations semblent avoir survécu à l’ancienne génération d’hommes politiques français. Si la France a l’obligation de secourir ses citoyens, le devoir premier de l’État tchadien est de défendre et protéger les siens…
Par conséquent, une seule réponse s’impose à la tonitruante déclaration du chantre de «l’immigration choisie» et promoteur des tests ADN préalables au regroupement familial: l’intransigeance de l’État tchadien et de sa justice, afin que l’Afrique cesse d’être la terre de toutes les aventures et de tous les nouveaux «missionnaires». Mais pour prévenir et mettre définitivement un terme à toutes les dérives humanitaires et du «charity business», il nous faut exiger une efficacité accrue des mécanismes et actions relatifs à la prévention des conflits qui constitue l’une des missions cardinales des organisations régionales et continentales, la prise en charge réelle et soumise au résultat du sort des populations, un engagement résolu pour l’édification des États-Unis d’Afrique. Une Afrique pacifiée, unie, dont la raison d’être se confond au bien-être de ses citoyens sera, sans conteste, la seule et durable réponse contre les incursions et les épopées humanitaires des messies autoproclamés des temps actuels.
Arnauld Houndété
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