Le milieu de terrain de Saint-Étienne et de l’équipe de Guinée réalise un excellent début de saison. Pour tous les observateurs, Pascal Feindouno est l’un des derniers vrais artistes à animer le championnat français de Ligue 1. Technicien exceptionnel, il peut, dans un jour faste, faire basculer à lui tout seul le sort d’un match. Confidences d’un joueur admirable et d’un homme très attachant.
Profil Né le 27 février 1981, à Conakry (Guinée). Taille: 1,76 m. Poids : 69 kg. Poste: milieu offensif. International guinéen. Club actuel : AS Saint-Étienne (France). Palmarès: Champion de France avec Bordeaux (1999), vainqueur de la Coupe de France avec Lorient (2002). |
Continental : Cet été, il fut question d’un départ pour le Golfe, vous étiez vraiment prêt à mettre entre parenthèses l’ambition sportive ?
> Pascal Feindouno: J’avais envie de changer d’air. Mais Saint-Étienne qui tenait à me conserver avait placé très haut la barre financière d’un transfert. Malgré l’intérêt réel de clubs européens de haut niveau, l’Arabie Saoudite fut la seule à s’aligner sans rechigner sur les conditions de l’ASSE. Bien sûr que l’ambition sportive est importante, mais je dois aussi penser à assurer mon avenir sur le plan matériel. Vous savez, la carrière d’un footballeur est non seulement courte, mais elle peut se terminer du jour au lendemain. Une blessure est vite arrivée.
Saint-Étienne a toujours été une destination pour les footballeurs africains.
Vous parle-t-on de vos prédécesseurs Rachid Mekhloufi et Salif Keita, pour ne citer que les plus brillants ?
> Personne n’a besoin de me le rappeler. Leurs photos sont exposées de façon permanente dans les vestiaires: elles sont là pour insister sur l’histoire glorieuse de l’ASSE, dont certains joueurs africains exceptionnels ont été des acteurs décisifs. Personnellement, j’ai du respect et je fais tout pour être à la hauteur de cette histoire.
Quels joueurs africains vous ont influencé ou marqué ?
> Ils sont très nombreux. Mais, si je dois n’en citer que deux, je dirais sans hésiter le Libérien George Weah et le Ghanéen Abédi Pelé. Ils avaient un talent immense et se sont forgé un palmarès remarquable.
Vous êtes un des joueurs les plus spectaculaires du championnat de France. Ne regrettez-vous pas de ne pas évoluer dans un club plus ambitieux ?
> Pourquoi devrais-je avoir des regrets ? Mais Saint-Étienne est un grand club avec un beau palmarès. J’évolue dans un des stades les plus chaleureux et mythiques de France. Le club est ambitieux et veut retrouver les sommets. Mais entre vouloir et réussir, il y a du chemin. On y travaille.
Michel Platini a déploré récemment l’absence de dribbleurs et de provocateurs sur les terrains, vous devriez l’inviter à assister à vos matches ?
> (Il s’esclaffe). C’est à vous les journalistes de lui transmettre le message. Et puis, il connaît le chemin du stade, Geoffroy-Guichard bruisse encore de ses exploits de joueur. Michel a raison de déplorer la marginalisation des solistes. Le football perd son âme et tout son intérêt lorsqu’il se passe des services des artistes, des provocateurs et des dynamiteurs de défenses.
Vous aviez fait un début fracassant dans la carrière. En mai 1999, lors de la dernière journée de Ligue 1, alors que vous aviez à peine 18 ans et que vous disputiez votre troisième match, vous marquez un but somptueux au Parc des Princes face au PSG. Un but qui offre le titre à Bordeaux au détriment de Marseille. Vous avez toujours été ainsi, culotté et sans complexe ?
> Encore plus tôt que vous ne pouvez l’imaginer. Tout petit, en famille, je n’avais pas froid aux yeux. Ma décontraction est naturelle. Je ne sais pas ce que signifie cette pression dont parlent les sportifs. Le jour où je l’aurais, je resterai chez moi. Je n’irai jamais disputer une compétition à reculons. Je gagne très bien ma vie en jouant au foot, dans une ambiance festive. Je sais que j’ai une chance extraordinaire.
Au cours d’une saison, vous avez des fulgurances. Aux périodes brillantes, succèdent des périodes creuses plus ou moins longues. Comment expliquez- vous cet important écart ?
> À mes débuts en France, je mettais cela sur le compte de l’hiver dont je ne supportais pas la rigueur. Mais ce n’est plus vrai aujourd’hui, puisque je m’entraîne parfois dans le Forez vêtu d’un simple débardeur. Je n’ai pas d’explication rationnelle à donner. Néanmoins, je fais en sorte que les passages à vide ne durent pas trop longtemps, afin de ne pas pénaliser le groupe.
Votre joie de jouer se double d’une soif de vie indéniable. On vous présente comme un épicurien. Passionné de musique, amateur de bonne chère et de belles voitures, vous n’êtes pas le dernier à faire la fête…
> Ma philosophie est simple: il faut manger la vie avant qu’elle te mange! (Grand éclat de rire). Nous ne sommes que de passage sur cette terre, alors à quoi bon se prendre la tête. J’ai la santé, une femme qui m’aime, Hawa, et une famille équilibrée. Je devrais faire la gueule avec ça ? Non, j’ai comme un devoir de bonheur.
Parlons un peu de la sélection de Guinée. Le Sily national vous ressemble un peu, puisqu’on peut lui appliquer la formule: élève doué, très doué, peut mieux faire. Êtes-vous d’accord ?
> Absolument! Cela dit, nous avons fait preuve de continuité ces dernières années. Puisque nous avons atteint les quarts de finale lors des deux dernières éditions de la CAN. En Égypte, en 2006, sans des contingences qui n’ont rien à voir avec le niveau de notre jeu, et sur lesquels je n’ai pas envie de m’étaler, nous avions les moyens d’aller au bout de l’épreuve. Personnellement, j’ai été très fier de la qualité du football produit en terre égyptienne.
Voilà le Sily national qualifié haut la main pour la CAN 2008 prévue au Ghana. Vous êtes confiant ?
> (Enthousiaste). Très confiant. Nous avons des joueurs jeunes, un entraîneur très compétent, le Français Robert Nouzaret, et en phase avec son effectif. La Guinée est sans doute plus forte aujourd’hui qu’en 2006. J’espère seulement que nous éviterons de répéter certaines erreurs en matière de logistique et que nous préparerons l’événement dans la sérénité.
Disputer la CAN 2008 dans un pays de l’Afrique de l’Ouest c’est important ?
> Bien sûr ! Au Ghana, nous serons comme à la maison. Nos fans pourront se déplacer plus facilement. Cela pèsera son poids sur la balance.
À la suite de cette quatrième qualification consécutive à une phase finale de la CAN, la Guinée s’est portée candidate à l’organisation de l’édition 2014. C’est une bonne nouvelle ?
> C’est une très bonne décision. Terre de foot s’il en est, avec un passé glorieux, notre pays n’a jamais accueilli le plus grand événement sportif continental. Si la CAF retient cette candidature, cela va faire un bien fou au football guinéen qui pourra profiter de nouvelles infrastructures et d’une nouvelle dynamique.
Propos recueillis par Fayçal Chehat
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