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Editorial : Rébellions et valeurs africaines

Alors qu’on croyait exorcisé, dans les années 90, le démon de la rébellion touareg à travers l’Accord de Ouagadougou et le Pacte national du Mali, l’hydre est réapparue et les bruits de bottes retentissent à nouveau dans le nord du Mali et du Niger. Kidnappings, attaques de garnisons, embuscades… sombres souvenirs et regain d’une tragique réalité.

Dans les deux pays, le casus belli semble le même: la réclamation d’une juste et équitable répartition des retombées des ressources du sous-sol. Mais si le mal semble similaire, les deux États n’y réagissent pas de la même manière. Ainsi, Bamako prône une solution négociée de la crise en maintenant allumée la « flamme de la paix » symboliquement érigée en 1996, sans doute en s’inspirant des enseignements issus des expériences antérieures où l’option de l’affrontement a montré ses limites. En revanche, à Niamey, les autorités s’obstinent à nier l’évidence d’une rébellion touareg, concédant toutefois l’existence d’une insécurité attribuée à des «bandits et trafiquants de drogue».

D’un côté, l’offre permanente de dialogue et la main tendue semblent émousser les velléités des activistes et accroissent par ricochet le risque de leur isolement, tandis que de l’autre, la dénégation et le raidissement de la position officielle éloignent toute possibilité de négociation. Au risque de provoquer une propagation de l’insécurité aux pays limitrophes, avec des conséquences économiques et sociales inestimables pour la sous-région. La crise des années 90 avait occasionné des pertes sèches pour l’économie nigérienne, tributaire du tourisme et de l’uranium. Selon le dernier rapport de l’ONG internationale Oxfam intitulé « Les Milliards manquants de l’Afrique », toute rébellion entraîne, en moyenne, une chute de 15 % de l’activité économique. Et si l’on s’en remettait aux valeurs africaines de sagesse, de dialogue, de tolérance et de solidarité, en invitant chacun des protagonistes à privilégier la sauvegarde de la paix et de l’unité nationale ?

Bien entendu, la force et la permanence sacrée de ces valeurs commandent aux autorités officielles de respecter les engagements contractés lors des différents accords de paix, sans jamais fermer les portes du dialogue – la palabre, fille de la sagesse africaine –, véritable soupape de sécurité dans ce genre de situation. De leur côté, les Touaregs devraient, exclusivement, recourir aux instruments et dispositifs juridiques prévus par les accords plutôt qu’aux armes.

Les plus grandes guerres s’achevant toujours autour d’une table de négociation, on ne soulignera jamais assez l’incongruité des conflits fratricides, ayant pour principales conséquences la ruine d’un pays, de son tissu économique, la souffrance et la désolation imposées à ses propres concitoyens. Choisir cette voie signifie aussi que l’on tourne le dos aux valeurs que les Africains ont en héritage et en partage.

Arnauld Houndété

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