Très fréquentée par de nombreux commerçants africains en raison du coût très attractif des produits qu’ils vont y chercher, Dubaï est devenue une ville aux multiples atouts qui ne cesse de surprendre ses visiteurs. Profil d’une cité star du business.
Territoire comptant à lui seul près de 40 % de la population des Émirats arabes unis (EAU) et lui procurant 73 % de ses revenus nonpétroliers, Dubaï est d’abord le centre d’affaires des pays du Golfe persique. Ses gratte-ciels qui s’étendent à perte de vue en sont devenus la marque et l’emblème: 200 d’entre eux n’existaient pas il y a encore deux ans… Symboles de cet « hyperdynamisme» immobilier, le Burj Al Arab, le seul hôtel 7 étoiles au monde, et le Burj Dubai, –qui sera achevé en 2008 –, le plus haut gratte-ciel au monde, avec neuf hôtels de classe internationale, 30000 appartements et le plus grand centre commercial de la planète. Quinze mille personnes –femmes et hommes d’affaires du monde entier– se côtoient tous les jours à Dubaï, qui abrite le premier marché arabe de l’or, la première bourse du diamant, le siège social de nombreuses multinationales de la zone Afrique et Moyen-Orient, un des marchés les plus dynamiques de la finance islamique mondiale, des conférences internationales par dizaines (40 % du total de celles organisées au Moyen- Orient) et des milliers d’entrepreneurs du monde entier dans l’industrie et les services. Pour accueillir ses passagers, toujours plus nombreux, un second aéroport s’impose dans ce «New York du Moyen-Orient». Il sera, à l’horizon 2010, le plus grand aéroport au monde et accueillera 120 millions de passagers par an. Et pourtant, l’actuel en cours de saturation est déjà impressionnant –un avion y atterrit ou décolle toutes les trois minutes– par sa modernité et son taux d’activité. Autre illustration de la coulée de béton ininterrompue: le métro en cours de construction sera, dès 2008, l’un des plus modernes au monde: il sera complètement automatisé sur 70 kilomètres.
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Le Burj Dubai, qui sera achevé en 2008, est le plus haut gratte-ciel au monde. |
Comment cette ville, surgie du désert, est-elle parvenue à accomplir autant de performances ? Certainement pas seulement grâce à la manne pétrolière, qui ne représente guère que 5% des revenus de l’Émirat. Mais, probablement grâce à la vision et au sens des affaires de ses dirigeants successifs, issus de la famille Al-Maktoum. Dubai Holding est le véritable poumon de l’économie de l’Émirat. Cette firme tentaculaire dispose de participations dans une dizaine d’entreprises industrielles et gère vingt zones franches (exemption d’impôt sur les sociétés et les revenus), spécialisées dans divers secteurs d’activités (Internet, santé, etc.). Dubai Media City, par exemple, compte environ 140 chaînes de télé et 450 journaux, dispensés du paiement des impôts sur les sociétés et sur les revenus. Des sociétés de communication comme Reuters ou CNN y ont établi leur centre régional pour l’Afrique et le Moyen-Orient, et quinze universités internationales ont décidé de s’implanter au Dubai Knowledge Village.
À la tête de ce conglomérat, l’émir Sheikh Mohammed Bin Rashed Al- Maktoum, vice-président des EAU et dirigeant héréditaire de Dubaï. Toujours à l’affût de nouvelles idées et à la recherche des meilleures compétences, «Sheikh Mo», comme on l’appelle communément, a fait appel à des talents de toute la planète pour l’aider à concevoir et à mettre en oeuvre le plan de développement de Dubai Holding… et donc celui de l’Émirat : «Ce qui est bon pour Dubai Holding l’est pour l’Émirat et réciproquement », affirme-t-on. Lorsqu’ils ne sont pas intégrés à Dubai Holding, les fleurons de l’économie locale sont parfois dirigés par des proches ou des membres de la famille régnante. C’est ainsi que le groupe Emirates, entreprise publique qui possède, entre autres, la compagnie aérienne du même nom, est présidé par Sheikh Ahmed Bin Saeed Al-Maktoum, cousin de «Sheikh Mo».
Mais que l’on ne s’y trompe pas! Contrairement à de nombreux autres pays, à Dubaï, la confusion entre intérêts particuliers et intérêts publics ne conduit pas à la ruine de l’État, bien au contraire. Pour preuve, la compagnie aérienne Emirates est l’une des plus performantes au monde. Elle propose à ses clients près de 200 vols par jour et est très rentable. Elle a réalisé 700 millions de dollars de profits en 2006 et entend doubler sa flotte d’ici à 2012. Les services publics de Dubaï offrent aussi aux usagers une image de modernité: 90 % des services administratifs publics sont disponibles sur le Web. La ville a mis en place des passeports et des péages électroniques, des radars en grand nombre… Rançon du succès de la politique économique en vigueur, le produit intérieur brut de Dubaï croît à deux chiffres (+16 % en 2005), l’un des plus forts au monde. Autre atout, et non des moindres dans la région, Dubaï est réputée pour son hospitalité et sa grande tolérance à l’égard des étrangers. La ville compte environ une mosquée tous les 500 mètres, mais les 180 nationalités qui y travaillent et qui constituent les troisquarts de la population, disposent d’une entière liberté de culte. Les femmes sont également encouragées à s’émanciper. Sheikha Maitha Mohammed Rashed Al-Maktoum, une des filles de « Sheikh Mo », donne l’exemple. À 26 ans, elle est une championne de karaté reconnue à l’échelle internationale, et la ministre de l’Économie des EAU, Sheikha Lubna Al-Qasimi, informaticienne de formation, jouit d’une grande estime auprès de ses pairs. C’est elle qui a piloté la conception des systèmes d’information du port de Dubaï, neuvième port à conteneurs au monde.
Tous ces records du «Dragon» du Moyen-Orient ne doivent cependant pas éluder l’autre visage de la ville: des milliers d’ouvriers originaires du souscontinent indien qui y travaillent dans les Bâtiments et travaux publics (BTP) sont soumis à de criants abus. Leurs droits sociaux sont quasi inexistants et leurs conditions de travail des plus précaires. En raison de l’importation de cette abondante force de travail, la démographie locale présente un fort déséquilibre: 73 % de la population est masculine. Autre limite du «modèle» Dubaï: les soupçons pesants de blanchiment d’argent en provenance des pays de l’ex-Union soviétique, d’Inde et du Pakistan principalement. Le pays est également menacé par le trafic de drogue, du fait de sa proximité avec des pays producteurs comme l’Afghanistan, de sa position géographique privilégiée et de son image de ville de débauche pour la jeunesse dorée des pays de la région.
Le paradis n’existe donc pas. À Dubaï non plus. Mais la Cité-État apparaît comme une terre de miracles, comparée à d’autres «émirats pétroliers » africains, dont les dirigeants se sont montrés incapables d’accomplir la moindre performance comparable à celle de Dubaï. Peut-être que d’autres États non-pétroliers du continent africain, tels le Maroc, la Tunisie ou le Sénégal, qui entretiennent les meilleures relations avec Dubai Holding, sauront tirer profit des réussites de la famille Al-Maktoum et de leur pays.
Demba Diallo
envoyé spécial à Dubaï
Dubaï, ce sont aussi ces îles artificielles saisissantes par leur démesure. Disposant d’une courte façade maritime, l’Émirat a décidé de gagner du territoire sur la mer, en y construisant les Palm Islands et The World. Les premières ont l’allure de dattiers vus du ciel, tandis que les secondes comportent entre 250 et 300 petites îles artificielles agencées pour dessiner les continents et les principales îles de la planète. Les loisirs ne sont pas en reste dans cette reconceptualisation de l’espace. Avec Dubaïland, la ville disposera, dans les prochains mois, du plus grand parc d’attractions au monde. Toutes ces infrastructures sont au service du développement du business, priorité de Dubaï : 50 % des profits bancaires des Émirats arabes unis proviennent de l’immobilier. Ces investissements sont donc très rentables. Le taux d’occupation des hôtels, dont le nombre s’accroît sans cesse, oscille entre 85 et 98 %.
D. D.
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