L’Égypte appartient désormais au Comité d’investissement de l’OCDE, grâce aux nombreuses réformes économiques mises en place depuis 2004. Nouveaux objectifs du pays : se faire connaître auprès des investisseurs étrangers et diversifier ses secteurs attractifs.
Voilà un bon moyen d’en finir avec une stature internationale ternie. En juillet dernier, l’Égypte a signé la Déclaration sur l’investissement international et les entreprises multinationales de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE). Quarantième adhérent au comité d’investissement, mais premier parmi les États arabes et africains, le pays peut se féliciter de récolter les fruits d’un lourd travail de réformes.
En juillet 2004, l’arrivée du Premier ministre Ahmed Nazif marque le début des privatisations et de la simplification du système fiscal. L’impôt sur les sociétés est passé de 42 % à 20 % et les tarifs douaniers moyens de 15 % à 9 %. Le rapport de l’OCDE sur les politiques d’investissement de l’Égypte, publié en septembre dernier, confirme la multiplication par 15 du volume d’IDE (Investissements directs étrangers) entre 2000-2001 et 2006-2007. Alors que «historiquement, l’Égypte n’a jamais été une destination privilégiée» (1), un flux de 9 milliards de dollars a été recensé pour les trois premiers trimestres de l’exercice 2006- 2007 (contre 8 milliards entre 1995 et 2004!).
Les investissements hors hydrocarbures ont donc été encouragés ces dernières années, à commencer par le secteur manufacturier, les services financiers et les télécommunications. Dans les grandes villes, la présence économique étrangère se ressent à chaque coin de rue. Les magasins Carrefour sont totalement intégrés dans le paysage métropolitain, si bien que le groupe français a boycotté les produits danois durant la polémique internationale suscitée par les caricatures du prophète Mahomet parues dans la presse de ce pays. Par ailleurs, les filiales de la Société Générale, du Crédit Agricole et de BNP-Paribas se classent parmi les premiers établissements privés en Égypte avec des investissements majeurs réalisés en 2005 et 2006. Autre exemple: les transports. En juillet, la construction d’une nouvelle ligne de métro a démarré au Caire, à laquelle participent les entreprises Alstom, Alcatel, Vinci et Bouygues. Le lot «supervision des travaux» a été confié à Systra (détenue par la SNCF et la RATP) à hauteur de 7 millions d’euros. La filiale d’Aéroports de Paris, dédiée à la gestion d’aéroports, a participé à l’exploitation du nouveau terminal de Sharm el Sheikh. La liste de participations étrangères et de signatures de contrats par des groupes internationaux est très longue et ne fera que grossir ces prochaines années. Pour l’heure, les investissements sont américains pour moitié, européens (seconde position), mais la Chine s’intéresse de très près au potentiel égyptien(2).
L’Empire du Milieu s’apprête également à fournir aux sites égyptiens des touristes par milliers –100 millions de Chinois voyagent chaque année à travers le monde. Ce secteur connaît de beaux succès ces dernières années, avec un pic de 10 millions de visiteurs en 2006(3) –malgré un manque de personnel qualifié dans beaucoup d’infrastructures et les menaces terroristes. L’Égypte entend accueillir 14 millions de touristes par an d’ici à 2011 et porter sa capacité d’accueil de 175000 chambres à 240000. Selon l’Organisation mondiale du tourisme, les voyageurs indiens et chinois seront 150 millions en 2020. «Ils sont le gâteau et nous en aurons une part», a annoncé, début 2007, le ministre égyptien du Tourisme, Zaheir Garranah.
Mais malgré des réformes aux fruits juteux et aux perspectives encourageantes, l’économie égyptienne demeure fragile. Tout d’abord, l’Égypte devra poursuivre ses réformes –son adhésion au Comité d’investissement l’oblige à certains engagements. L’OCDE réclame notamment la levée de plusieurs restrictions dans des secteurs porteurs comme le tourisme, la production d’électricité, les transports et la construction. «Notre but est de faire connaître nos réformes et d’attirer des investisseurs en provenance des pays du Golfe, de l’Inde, la Chine et la Russie. L’idée est que nous arrivions à une diversification des IDE aussi large que ce qui est le cas sur le marché boursier du Caire», a indiqué Mahmoud Mohieldin, ministre égyptien de l’Investissement. Par ailleurs, n’oublions pas que ce bilan ne profite qu’à une petite partie de la population égyptienne. Dans le quotidien de la majorité des habitants, les réformes économiques se sont surtout traduites par la hausse des prix. Un lourd travail de redistribution des fruits de la croissance est donc à engager.
Cécilia Rio
(1)OECD Investment Policy Review: Egypt. Sept. 2007.
(2)À noter que l’Égypte est, elle-même, un investisseur à l’étranger en devenir. Les sorties de capitaux ont fortement augmenté (près de 3 milliards de dollars en 2005-2006).
(3)L’Égypte tire environ 20 % de ses recettes en devises de son industrie touristique.
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