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LIBERIA : Mais où est donc passée la fortune de Charles Taylor ?

Taylor a pillé les ressources du Liberia pendant 14 ansPendant plusieurs semaines, l'ex-président libérien, Charles Taylor, s'est obstinément refusé à comparaître
devant le Tribunal pénal international pour la Sierra Leone, à La Haye, aux Pays-Bas. Fallacieux prétexte: il n'avait
pas assez d'argent pour louer les services de plusieurs avocats, afin d'assurer correctement sa défense.
Enquête sur la situation financière du célèbre détenu.

Que l’ancien seigneur de guerre qui, des années durant, a mis en coupe réglée un pays, accumulant ainsi, aux quatre coins du monde, une fortune colossale, se déclare «indigent», a de quoi faire sourire les esprits les mieux disposés à son égard. Charles Taylor a forcé le trait jusqu’à réclamer, et obtenir des autorités de son pénitencier, un peu d’argent de poche! Celui qui, seize mois plus tôt, vivait comme un nabab dans son exil nigérian de l’île de Calabar, fait aujourd’hui lui-même sa popote, lave son linge et ses assiettes. Ce n’est un secret pour personne que pendant les quatorze années de guerre civile qu’il a imposée à son pays, l’ancien homme fort du Liberia, sous le coup de onze chefs d’inculpation, dont crimes contre l’humanité et crimes de guerre, a mis au point un véritable système de prédation des principales ressources du pays. Notamment le diamant et le bois, sans compter les importants revenus tirés des principales sociétés d’État, en particulier le port, la raffinerie et les télécommunications. Dans ces conditions, il est difficile d’admettre que l’immense fortune ainsi amassée par l’ogre des Tropiques se soit évanouie, comme par enchantement, juste après sa rocambolesque interpellation à la frontière entre le Nigeria et le Cameroun, au terme d’une brève et peu glorieuse tentative de fuite.

 

Les Nations unies n’ont pas attendu les complaintes du célèbre bagnard africain du pays des polders pour s’intéresser de très près à sa situation financière. Ainsi, par la résolution n° 1532 du 15 juin 2004 du Conseil de sécurité, l’ONU a décrété le gel de tous les biens du dictateur déchu, ainsi que ceux d’une liste de personnes, dont son épouse Jewel Howard Taylor, et de quelques sociétés impliquées dans toutes sortes de trafics avec Taylor et compagnie. La mesure a été communiquée à tous les pays membres des Nations unies en vue de sa pleine application. Elle a été renforcée par l’interdiction d’autoriser, sous quelque forme que ce soit, directement ou indirectement, la remise de leurs biens, en nature ou en espèces, à tous ceux dont les noms figurent sur la liste dressée par le Comité des sanctions. Pour mener à bien cette entreprise destinée à récupérer les fonds colossaux dont le Liberia a été spolié par Taylor et ses complices libériens et étrangers, l’ONU a constitué un panel d’experts chargé de débusquer, partout à travers le monde, les comptes des mis en cause dont évidemment Taylor lui-même.

Les autorités nigérianes sont restées muettes sur la destination
des millions de dollars trouvés en liquide sur Taylor

Les autorités nigérianes sont restées muettes sur la destination des millions de dollards trouvés en liquide sur TaylorSur la base des informations dont il disposait, le panel a immédiatement saisi un certain nombre de pays censés abriter ces fameux comptes. Il s’agit des États-Unis, de la Grande- Bretagne, de la France, de l’Irlande du Nord, du Nigeria, du Ghana, des Émirats arabes unis et de la Gambie. Tous les pays occidentaux ont répondu favorablement à la requête du panel. C’est le cas de la France, qui a bloqué les avoirs de plusieurs associés de Taylor, dont 3,3 millions de dollars US de l’homme d’affaires libérien d’origine libanaise A. Salamé, 16883 euros du Guinéen Moussa Cissé, l’ancien chef du protocole et homme à tout faire du dictateur déchu, et 141768 dollars de Edwin Snowe, ex-beau-fils de Taylor et ancien président du Parlement, qui est toujours membre du Sénat. Il en est de même du Royaume-Uni et des États- Unis où de nombreux comptes appartenant à diverses sociétés et hommes d’affaires étrangers et libériens ou membres de la famille de Taylor, comme sa soeur Agnes Reeves Taylor, et recelant plusieurs millions de dollars ont été gelés. Il est intéressant de noter que parmi les comptes bloqués aux USA figurent notamment ceux d’un certain Benoni Urey (695000 dollars), qui n’est autre qu’un des principaux conseillers financiers, sinon un des prête-noms de l’ex-président libérien.

Aux termes de ses investigations, le panel a découvert que jusqu’en 2006, Benoni Urey, associé à un autre conseiller financier de Taylor, Emmanuel Shaw, un sulfureux homme d’affaires libérien, également inscrit sur la liste du Comité des sanctions, ont perçu, à titre de dividendes, plusieurs millions de dollars de Lonestar Communications Corporation, la plus grosse société de téléphonie mobile du pays. Et ce, sans que le gouvernement de l’actuelle présidente du Liberia, Helen Johnson Sirleaf, n’intervienne le moins du monde. Lorsque l’affaire a été rendue publique, MM. Urey et Shaw se sont tout simplement fait remplacer, en tant que membres du Conseil d’administration de Lonestar, par deux individus, dont un citoyen ghanéen, Amos Affuol. Le hic, selon le panel, c’est que ce dernier ne savait toujours pas, après plusieurs mois de présence à son poste, qu’il avait droit à un salaire mensuel de… 6000 dollars, prouvant ainsi qu’il n’était qu’un vulgaire prête-nom!

Eu égard à ces divers éléments, l’attitude du nouveau gouvernement libérien ne cesse d’intriguer. Jusqu’au mois de mai dernier, Helen Johnson Sirleaf n’avait pas donné suite à un projet de loi déposé, depuis décembre 2006, par le ministère de la Justice, pour appliquer la recommandation de l’ONU et geler les biens des citoyens libériens concernés. Tous les pays africains contactés par le panel, à savoir le Nigeria, la Gambie et le Ghana, n’ont pas été plus coopératifs. C’est ainsi que le Nigeria, ancien pays d’exil de Taylor, n’a pas donné suite à une requête du panel pour mener une enquête sur les importants investissements que l’exchef de guerre aurait réalisés dans ce pays et qui, selon des sources onusiennes, avoisineraient un montant de 35 millions de dollars. Les autorités nigérianes sont également restées muettes sur la destination de la très forte somme d’argent –on parle de plusieurs millions de dollars en liquide!– trouvée sur Taylor au moment de son arrestation. Au total, ce ne sont que 6,138 millions de dollars, 835834 euros et 267385 livres britanniques qui ont été gelés dans les pays occidentaux et dans les Émirats arabes unis. Une misère au regard de l’immense fortune que Taylor, qui crie aujourd’hui famine, a pu se constituer en pillant sans vergogne un pays longtemps abandonné des dieux et des hommes.

Biram Gassama

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