La FAO prévient : l’implacable bouleversement climatique en cours nuira vraisemblablement à la production vivrière à travers le monde. Un communiqué, publié en août dernier, de l’Organisation onusienne, en charge des questions agricoles et alimentaires, est sans équivoque : « Aux plus faibles latitudes, en particulier dans les régions tropicales aux sécheresses saisonnières, le rendement agricole reculera probablement, y compris en présence de légères augmentations de température, ce qui accentuerait le risque de famine…» Il faut souligner que l’agriculture pluviale dans les zones marginales des régions semi-arides et subhumides est la plus exposée à ce risque… Sans aucun doute, l’Afrique se situe dans la « zone de turbulence », alors même que déjà, certaines populations du continent souffrent des affres de la famine pendant que d’autres sont menacées de malnutrition.
Au Mozambique, par exemple, 600 000 personnes seront en proie à la famine d’ici avril 2008, selon l’Institut national de gestion des catastrophes naturelles à Maputo, qui a sonné le tocsin. La Somalie, le Zimbabwe… ne sont pas à l’abri, sans compter les crises nutritionnelles cycliques dans le Sahel.
On se rappelle encore le malentendu lexical entre le pouvoir et les organisations humanitaires au Niger autour des concepts «famine» et «crise nutritionnelle». Au-delà de la polémique sémantique, la seule question qui vaille reste celle-ci : que faire pour éviter l’apocalypse ? Dans le rôle qui est le leur, les experts tablent sur la science et la technologie comme fer de lance de la production agricole au cours des trente prochaines années; notamment sur l’exploitation des nouvelles biotechnologies, en particulier la culture in vitro, le transfert d’embryons et l’utilisation de marqueurs ADN.
Au plan politique, il serait également urgent d’anticiper, d’élaborer des stratégies en vue d’organiser des systèmes de parade communs ou concertés. Lesquelles stratégies passent nécessairement par la maîtrise de l’eau. Car, comme l’a toujours soutenu le directeur général de la FAO, Jacques Diouf, pour se mettre à l’abri des crises nutritionnelles, les Africains doivent maîtriser l’eau, comme tous les autres peuples de la «machine ronde».
Dans ce cadre, la valorisation des 100 000 hectares de terres mises à la disposition de la Communauté des États sahélo-sahariens (Censad) par le Mali dans la zone administrée par l’Office du Niger, pourrait constituer un acte déterminant dans la mise en commun des moyens, marquant ainsi le début d’une prise de conscience collective du péril annoncé.
Quoi qu’il en soit, les experts de la FAO ont joué leur partition en donnant l’alerte. Aux gouvernants africains de faire preuve de volontarisme politique et d’anticipation, en posant des actes concrets pour prémunir les populations qu’ils gouvernent des drames futurs. Gouverner, n’est-ce pas prévoir ?
Arnauld Houndété
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