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Mauritanie : Bonne gouvernance bancaire

Conséquence d’une politique générale de libéralisation de l’économie, le secteur bancaire mauritanien a connu une profonde mutation, en réalité engagée dès la fin des années 90, mais qui commence seulement aujourd’hui à prendre toute son ampleur.

Le siège de la Banque internationale d'investissement (BII), première banque étrangère en Mauritanie, devenue Société Générale depuis janvier 2007.

Autorisation accordée à la BNP Paribas Mauritanie (agrément du 10 septembre 2006), inauguration de la Société Générale Mauritanie le 16 janvier dernier, adoption d’une nouvelle loi bancaire le 13 mars, faisant suite à une nouvelle ordonnance sur la microfinance en janvier 2007… Et l’inventaire ne s’arrête pas là, puisqu’il faudrait encore rappeler l’adoption de nouveaux statuts pour la Banque centrale de Mauritanie (BCM) en janvier 2007 et, beaucoup plus symbolique, le lancement, un mois plus tard, de la première carte bleue nationale, estampillée Visa. Le secteur bancaire mauritanien est en pleine mutation. La croissance (13,4 % en 2006) tirée par la mise en production du premier champ pétrolifère et l’avènement d’élections libres donnent un franc relief à cette évolution, pourtant initiée depuis une quinzaine d’années.

Au début des années 80, le système bancaire mauritanien public est dans un état critique qui incite l’État à engager, dès 1985, sa restructuration. Il s’agit alors prioritairement d’assainir la situation financière des banques, surtout mises à mal par les arriérés de paiement des entreprises publiques. Deux ans plus tard, en 1987, s’opère la première privatisation: elle concerne la Banque arabe de Mauritanie, devenue Banque mauritanienne pour le commerce international (BMCI). En 1993, l’État se désengage quasi totalement du secteur, ne conservant sa participation que dans la seule Chinguitty Bank, au côté d’intérêts libyens. Cette restructuration du secteur est accompagnée par une libéralisation progressive de l’activité bancaire et un assouplissement de la politique de change. Parallèlement se développent, aux niveaux local et provincial, des caisses mutualistes ou coopératives spécialisées dans le microcrédit et la petite épargne.

Cependant, si au cours de la décennie 90, la base du système financier mauritanien s’est sensiblement consolidée et diversifiée, le champ d’intervention du secteur, tant en matière d’offre de produits et de services que de gestion de moyens de paiement, est resté très embryonnaire, laissant de fait le champ libre au secteur informel. C’est donc un complet changement de tableau qui s’est opéré ces derniers mois, favorisé par un taux de croissance privilégié – même si, courant 2006, il était passablement surestimé – et l’enclenchement du nouveau processus démocratique. Ainsi, la Mauritanie, forte de 3 millions d’habitants, est enfin devenue attractive pour des groupes étrangers. L’arrivée de banques tunisiennes, longtemps annoncée, a toutefois été «court-circuitée » par celle de deux opérateurs français de premier rang: BNP Paribas et Société Générale.

L’ouverture du premier champ pétrolifère (Chinguitty-B), la hausse de prix des minerais, dont le fer, la promesse de nouvelles ressources souterraines (cuivre, or et peut-être même diamant), la signature d’un très profitable accord de pêche avec l’Union européenne, etc. ne peuvent laisser indifférent. Au-delà, il faut considérer que la Mauritanie s’est doucement «désenclavée». L’achèvement de l’axe routier Nouadhibou-Nouakchott, en novembre 2005, permet aujourd’hui de dérouler le ruban d’asphalte depuis Dakar jusqu’à… Marseille, sans compter sur l’extension Casablanca- Bamako. Ce qui, comme le fait remarquer Yves Delafon, administrateur délégué de la Banque pour le commerce et l’industrie (BCI) et président de la toute nouvelle BCI-Mali, «place aujourd’hui la Mauritanie au sein de plusieurs “hinterlands” régionaux : Mauritanie-Mali-Sénégal ou celui des “3M”, Maroc-Mali-Mauritanie et, audelà, à la jonction de deux zones monétaires: franc et euro».

Les établissements ont tous intégré les nouveaux outils de gestion et ont élargi leur palette de produits et services.

En 1987, première privatisation : la Banque arabe de Mauritanie devient la Banque mauritienne pour le commerce internationalL’économie locale est jusqu’à présent restée confrontée à un problème d’accès au financement. L’ouverture du secteur bancaire est dès lors évidemment bienvenue. « L’arrivée d’acteurs étrangers a d’ores et déjà entraîné une baisse des taux d’intérêt », note Yves Delafon, même si ceuxci restent élevés (plus ou moins 15 % sur trois mois). «Il n’est toujours pas possible non plus d’offrir de prêts à dix ans en monnaie locale, convient Bastien Ballouhey, administrateur de la Société Générale, mais les conditions sont progressivement en train de se mettre en place». La moitié des ouvertures de comptes opérées par la banque est aussi le fait de « primo accédants», des gens parmi lesquels beaucoup de petits commerçants et artisans, qui n’avaient jamais eu recours aux services d’une banque. De fait, en dépit de la restructuration déjà bien entamée du secteur et du développement du réseau –la BMCI, première banque nationale, compte vingttrois et bientôt vingt-cinq agences à travers le pays –, le taux de bancarisation est resté très bas. «Les chiffres de 2005 font état de 150000 comptes bancaires», confie Moulay Ould Abbas, président de la banque. Les efforts déployés à ce titre ont pourtant été importants: l’Association professionnelle des banques de Mauritanie a notamment financé une grande campagne d’affichage sur le thème de la sécurisation des fonds. Les établissements ont, de leur côté, tous intégré les nouveaux outils de gestion et ont aussi élargi leur palette de produits et services. Enfin, la nouvelle loi bancaire a complètement achevé de «normer » le secteur. L’important est maintenant que la banque centrale continue de soutenir activement le processus. La question est d’autant plus essentielle que la BCM n’a pas toujours été des mieux cotées auprès du FMI et des bailleurs internationaux. Mais là aussi il a été fait table rase. La restructuration, conduite par l’ancien gouverneur, Zeine Ould Zeidane, récemment nommé Premier ministre, a finalement conduit à la reconnaissance de l’institution, le FMI ayant finalement, après une longue période d’observation, accordé à la Mauritanie l’annulation de sa dette.

Tous les indicateurs sont donc au vert. «Cependant, le risque est grand que la manne pétrolière ne profite principalement qu’aux seules activités spéculatives », reconnaît Mohamed Salem Abdessalam, directeur du développement du secteur privé au ministère des Affaires économiques et du développement. Le responsable prend exemple de la spéculation foncière à Nouakchott. Si tel devait être le cas, la Mauritanie aura tout bonnement raté sa transition, le but final des processus à l’oeuvre étant évidemment une réelle répartition de la croissance. Celle-ci ne s’est pas faite en 2006. L’année en cours est donc décisive.

Martine Le Bec

 

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