Editorial : Juillet/Août 2007
Comme si l’important était de promettre, dans la station balnéaire allemande de Heiligendamm, le Groupe des huit pays les plus industrialisés du monde (G8), s’est engagé en juin dernier, pour la énième fois, à accorder au moins 60 milliards de dollars à l’Afrique, afin de lutter contre les maladies infectieuses (sida, malaria, tuberculose), et de renforcer les systèmes de santé. Il y a deux ans, à Gleneagles en Grande- Bretagne, le même Groupe avait promis d’augmenter son aide de 50 milliards de dollars, dont 25 milliards iraient aux pays africains, à l’horizon 2010. À deux ans de l’échéance, nous sommes bien loin du compte et, à ce rythme, les promesses «ne seront tout simplement pas tenues», comme le relèvent, démonstration à l’appui, diverses ONG internationales.
Par ailleurs, le bilan à mi-chemin des Objectifs du millénaire pour le développement (2000-2015) n’est pas, loin s’en faut, plus reluisant, en dépit des avancées dans quelques rares domaines. On semble se hâter lentement en ce qui concerne les programmes prévus pour réduire de moitié la faim à travers le monde, et sur le continent africain en particulier. Même constat pour l’aide à l’enfance défavorisée. En témoigne le nombre alarmant d’enfants non scolarisés.
Autre source de préoccupation: alors que les femmes se rendent de plus en plus visibles sur la scène politique de leurs pays, la santé maternelle est présentée dans un rapport de l’Onu comme «un scandale régional et mondial». À l’heure actuelle, les risques de décès pour les femmes suite à des complications liées à la grossesse sont de 1 pour 16 en Afrique subsaharienne, contre 1 pour 3800 dans les pays industrialisés…
Et si la communauté des pays riches s’attachait à honorer ses promesses en attente, au lieu d’énoncer à chacun de ses sommets de nouvelles promesses, transformant, ce faisant, les bonnes intentions en projections définitivement virtuelles ? À moins de considérer que le seul «intérêt» manifesté et proclamé à l’égard de l’Afrique demeure en soi suffisant. En tout cas, quelles que soient la nature des promesses et les intentions qui les sous-tendent, il est aujourd’hui évident que l’aide consentie par les pays riches n’est plus une réponse adaptée à la situation du continent africain confronté à la pauvreté et la marginalisation économique. Les solutions sont à rechercher dans la mise en place et l’observance de règles équitables dans le commerce mondial, à commencer par la résolution de la récurrente question de la suppression des subventions aux agriculteurs des pays développés.
Aux Africains eux-mêmes d’admettre que tous les projets de développement se réduisent à une chimère tant qu’ils restent confinés dans les étroits couloirs des frontières héritées de la colonisation, en prolongeant les tergiversations qui contrarient les avancées vers une pleine intégration politique et économique. Réponse historique à cet impératif d’intégration globale : la mise en place du gouvernement de l’Union africaine, point focal du sommet des chefs d’État de l’organisation continentale début juillet à Accra, au Ghana.
Arnauld Houndété
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