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Union africaine : cap sur les Etats-Unis d'Afrique

 

À la veille du 9e sommet de l’Union africaine, la création d’un gouvernement des États-Unis d’Afrique est devenue le sujet central de l’organisation panafricaine. Cinq ans après le lancement officiel de l’Union africaine à Durban en remplacement de l’Organisation de l’unité africaine, les conditions sont-elles désormais réunies pour la création des États-Unis d’Afrique ?

Le 8ème sommet de l'Union africaine, en janvier dernier à Addis-Abeda en Ethiopie.Les dirigeants africains ont rendez- vous avec l’Histoire les 1er et 2 juillet 2007 à Accra, capitale du Ghana, à l’occasion de la tenue du 9e sommet ordinaire de l’Union africaine (UA). À l’ordre du jour de ce conclave panafricain : le lancement d’un gouvernement des États-Unis d’Afrique, l’élection du président de la Commission de l’UA – Alpha Oumar Konaré ayant renoncé à solliciter un second mandat– la nomination des commissaires, l’intégration du Nouveau partenariat pour le développement de l’Afrique (Nepad) dans le giron de l’UA et la réforme des institutions. Lors du précédent sommet en janvier dernier à Addis-Abeba en Éthiopie, les débats sur la création des États-Unis d’Afrique avaient tourné court, les divergences étant apparues insurmontables entre les partisans de la mise en place imminente d’un exécutif continental pour donner une impulsion à l’intégration et ceux, moins volontaristes, plutôt pragmatiques, partisans d’une approche graduée par la consolidation des ensembles économiques régionaux. «Ce sommet doit permettre de progresser vers la concrétisation d’un gouvernement fédéral africain imaginé par Kwame Nkrumah», plaide le ministre sénégalais des Affaires étrangères, Cheikh Tidiane Gadio. Tout en comprenant le scepticisme que le projet suscite chez certains, il rappelle que «l’approche progressive adoptée depuis quatre décennies n’a pas marché, les Africains étant plus que jamais divisés et sans possibilité de réaliser leur développement». Dans le camp des volontaristes, il y a, entre autres, les présidents Abdoulaye Wade du Sénégal, Ben Ali de Tunisie, Alpha Oumar Konaré et Mouammar Kadhafi. Déçu de n’avoir pas réussi à réaliser l’Union du Maghreb arabe (UMA), le guide de la Jamahiriya libyenne est apparu ces dernières années comme l’avocat le plus médiatique de la cause africaine. « Je me suis couché avec 4 millions de Libyens et je me suis réveillé avec 700 millions d’Africains», confiait Kadhafi en septembre 1999, à l’occasion du sommet extraordinaire de l’Organisation de l’unité africaine (OUA) tenu à Syrte, à 500 km de Tripoli, au cours duquel le projet de création de l’Union africaine avait été annoncé. Après d’intenses tractations lors des sommets de Lomé, au Togo en 2000, et de Lusaka, en Zambie en 2001, l’UA est officiellement portée sur les fonts baptismaux, dans un contexte d’euphorie générale en juillet 2002 à Durban, en Afrique du Sud par les 53 chefs d’État et de gouvernement du continent.

LE RENDEZ-VOUS D'ACCRA, SUR LESTERRES DE KWAMENKRUMAH, UN DES PIONNIERS DU MOUVEMENT PANAFRICANISTE, SERA SANS DOUTE DÉTERMINANT POUR L'AVENIR DE L'UA.

Si dans le fond, tous les chefs d’État partagent la conviction que l’Union reste la seule alternative viable au développement économique du continent, le rythme de la marche vers cet objectif suggéré par le leader libyen et ses partisans est en revanche contesté par le président sud-africain Thabo Mbeki, tête de file du camp de ceux qui défendent une intégration graduelle. Le rendez-vous d’Accra, sur les terres de Kwame Nkrumah, un des pionniers du mouvement panafricaniste, sera sans doute déterminant pour l’avenir de l’organisation continentale. «C’est étrange, soupire Cheikh Tidiane Gadio, que certains ne comprennent pas qu’avec un gouvernement d’union, le Tchad et le Soudan ne connaîtraient pas de problèmes à leurs frontières et la crise aurait été traitée dans le cadre des frontières globales de l’Afrique ». L’abolition des frontières nationales garantirait-elle, comme par enchantement, la paix perpétuelle entre les peuples d’Afrique? Difficile d’y répondre, mais l’argument est loin de convaincre tous les chefs d’État, d’autant moins que lors de leur précédent sommet, ils avaient expressément recommandé que soient achevées d’ici à 2012 au plus tard «la délimitation et la démarcation des frontières africaines qui ne l’ont pas encore été […] permettant aux gouvernements africains d’y développer des coopérations transfrontalières».

Sur le continent, il existe pas moins de quatorze ensembles politico-économiques régionaux et sous-régionaux. Et en vue de promouvoir l’intégration du continent, tous garantissent la libre circulation des biens et des personnes. Selon la Communauté économique africaine (CEA), le bilan général de ces organisations reste mitigé, à cause principalement de «la réticence des pays à adhérer à des programmes d’intégration –comme la suppression des droits de douane– motivée par des préoccupations concernant le partage inéquitable des avantages et inconvénients de l’intégration et la persistance d’entraves à la libre circulation des biens, des services et des personnes à travers les frontières». Manifestement sensible aux arguments des «gradualistes », la CEA envisage la réalisation de l’intégration politique, économique, culturelle, et le fonctionnement complet des institutions de l’Union, notamment la Banque centrale africaine, l’Union économique et monétaire panafricaine, et l’élection des représentants du Parlement panafricain entre… 2023 et 2028 ! Les discussions s’annoncent donc serrées et, sans succomber à l’immobilisme, le futur successeur d’Alpha Oumar Konaré aura la délicate mission d’incarner ces deux visions de l’intégration. Reste à trouver cet oiseau rare, compétent, ayant une carrure internationale, ni servile ni autoritaire, et capable de rappeler fermement à l’ordre, sans pour autant apparaître comme un donneur de leçons, ceux qui prennent allègrement des libertés avec les règles édictées dans l’Acte constitutif de l’Union. Ce qui n’est pas une mince affaire. Chat échaudé craignant l’eau froide, il paraît peu probable qu’un ancien chef d’État soit à nouveau élu à la présidence de la Commission de l’Union africaine. En quatre ans, Alpha Oumar Konaré aura, malgré moult écueils, donné de l’Afrique une image moderne, représenté et plaidé avec talent la cause du continent dans les instances internationales. Certes, l’Afrique ne parvient toujours pas à prévenir et à régler les crises qui éclatent ici et là, notamment au Darfour, en Côte d’Ivoire, en Centrafrique, en Somalie et au Zimbabwe, mais cette impuissance relève beaucoup plus de l’incapacité «ontologique» de l’UA à trouver les solutions aux problèmes du continent qu’à l’impéritie du président de la Commission.

Qui succédera à Alpha Oumar Konaré, président de la Commission de l'Union africaine depuis 2003 ?L’UA a ainsi assisté, impuissante, à l’intervention des troupes éthiopiennes en Somalie avec le soutien des militaires américains, et en dépit de l’accord signé début février 2006 entre le Tchad et le Soudan interdisant «l’utilisation du territoire de l’un pour des activités hostiles contre l’autre», les milices Djandjawids n’ont cessé de commettre impunément des exactions contre les populations civiles réfugiées dans la partie tchadienne de la province du Darfour. Sous la pression internationale, principalement des États-Unis, le Soudan a finalement accepté, le 12 juin, le remplacement des troupes africaines mal équipées, par le déploiement, sous l’égide de l’Organisation des Nations unies (ONU), d’une force hybride de 20000 hommes… En Côte d’Ivoire, l’UA a échoué à réconcilier les protagonistes de la crise ivoirienne à cause des maladresses de son médiateur, Thabo Mbeki. Et s’il existe aujourd’hui de sérieux espoirs d’une sortie de crise suite à l’accord signé le 4 mars dernier à Ouagadougou, on le doit à la médiation de Blaise Compaoré et à la bonne volonté des belligérants ivoiriens. Et l’on retiendra, en fin de compte, que l’implication à divers niveaux du président burkinabè dans ce conflit faisait de lui le pompier tout indiqué pour éteindre l’incendie chez son voisin du sud.


Une présidence sur un toit brûlant

Élu en juillet 2003, l’ancien président malien, Alpha Oumar Konaré, nourrissait de grandes ambitions pour le continent, déterminé à le conduire dans la modernité démocratique. «L’Afrique est de retour» avait-il lancé, s’inscrivant résolument dans la philosophie de la renaissance africaine chère au président sudafricain Thabo Mbeki. Mais il a vite été gagné par le désenchantement. Avec un maigre budget –70 millions de dollars alors qu’il en réclamait 600–, entouré de commissaires qui lui sont imposés et entretenant des relations pour le moins difficiles avec de nombreux chefs d’État, il a finalement annoncé en juillet 2006 qu’il ne souhaitait pas être reconduit pour un second mandat. À ces difficultés, s’ajoute également le bicéphalisme qui existe à la tête de l’organisation entre le président de l’UA et le président de la Commission, nuisible à l’efficacité de l’action de l’exécutif. La gestion confuse de la succession de feu Gnassingbé Eyadéma en avril 2005 a révélé l’urgence d’opérer des réformes institutionnelles en délimitant clairement les domaines de compétences de ces deux fonctions.

J. V.

Alpha Oumar Konaré aura néanmoins incarné durant quatre ans l’image d’une l’Afrique moderne, soucieuse du respect strict des principes démocratiques –quitte à en agacer certains– et de la bonne gouvernance. À son actif, on retiendra l’adoption de la Charte africaine des droits de l’homme et de la démocratie, et la mise en place du Conseil de paix et de sécurité (CPS) dont l’avis inspire désormais les résolutions de l’ONU. Avant de céder son fauteuil, Alpha Oumar Konaré a annoncé vouloir réformer les institutions de l’Union africaine pour les rendre plus efficaces et moins bureaucratiques. Il souhaite que son successeur dispose d’un mandat unique de sept ans (contre quatre ans renouvelables actuellement), ce qui le mettra à l’abri des pressions des chefs d’État. Il souhaite aussi que les pouvoirs de ses successeurs soient renforcés et que les commissaires répondent devant lui et non des chefs d’État. Comme son homologue européen, le président de la Commission de l’UA devra pouvoir rappeler sévèrement à l’ordre sans être inquiété, les gouvernements qui ne respectent pas les valeurs qu’ils ont librement adoptées et qui sont contenues dans l’acte constitutif. En fait, les blocages et dysfonctionnements qui nuisent à l’efficacité de l’organisation panafricaine résultent du fait que le critère d’adhésion à l’UA repose sur un droit naturel et non sur un droit positif. Dès lors, à quoi se référer pour dénoncer, par exemple, le taux d’inflation du Zimbabwe qui a franchi en mars dernier la barre de 2000 % quand la moyenne continentale est de 12,7%? Et si le simple critère géographique n’était plus suffisant pour être membre de l’Union africaine ?

Joachim Vokouma


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