Depuis le 24 avril dernier, c’est la Tunisienne Souhayr Belhassen, qui est à la tête de la Fédération internationale des droits de l’homme (FIDH). Femme et tunisienne: une première. La militante ne boude pas son plaisir, mais elle est déjà consciente des défis qu’elle devra relever.
« J’ai une double responsabilité:
je veux réussir autant qu’un
homme, sinon davantage, car
on en demande toujours plus à une
femme. Je sais d’ores et déjà que les
questions du genre et des migrations
internationales seront au coeur de mon
mandat». La couleur des «années Belhassen
» à la FIDH est ainsi annoncée.
L’élection de son prédécesseur, l’avocat
sénégalais Sidiki Kaba, était déjà un
tournant important dans l’existence de
la FIDH, car le flambeau passait au Sud
pour la première fois depuis sa création
en 1992. Dans cette continuité, le
plébiscite de Souhayr Belhassen est un
signal fort, non seulement envers la
promotion de l’égalité des genres mais
aussi en direction du monde arabe. La
Ligue tunisienne des droits de l’homme
(LTDH), la première en Afrique et dans
le monde arabe vient de célébrer ses
trente ans, en même temps que l’élection
de son membre Souhayr Belhassen.
La section tunisienne a joué un rôle
important dans le développement de la
FIDH en imposant la question de l’adhésion
de la Palestine à cette organisation,
mais l’élection d’une femme à
la tête d’une structure aussi importante
et hautement symbolique constitue un
fait rare dans le monde arabe. Il faut
sans doute mettre cette avancée sur le
compte du caractère et de la pugnacité
de Souhayr Belhassen.
Avec ses origines indonésiennes, elle était «métisse dans son pays». Cette différence et cette sensibilité issues du métissage seront des atouts et des armes dans sa vie de femme, et durant son parcours de militante et journaliste. Imprégnée des questions liées au genre et sensibilisée très tôt à la politique –elle a assisté à l’avènement de Bourguiba en 1955 sur les épaules de son père–, Souhayr Belhassen ne choisit pas ses études de journalisme par hasard. Confidences : «Cette tension a toujours existé en moi: aller vers les choses qui n’étaient pas évidemment faites, a priori, pour moi. L’information et la lecture m’attiraient beaucoup puisque je voulais pénétrer dans le monde des hommes. Ce qui m’intéressait avant tout, c’était d’accéder à des milieux, ces sphères où les hommes ne discutaient qu’entre eux ».
Son entrée en politique sera marquée par la guerre d’Algérie et son lot de réfugiés affluant vers Tunis. «Puisque j’étais journaliste, j’enquêtais, je témoignais et je dénonçais», ditelle à la manière d’une évidence. Elle est correspondante de Jeune Afrique et de Reuters à Tunis lorsque la Ligue tunisienne des droits de l’homme naît en 1977. À sa création, il était normal pour Souhayr Belhassen d’accompagner les militants, de s’engager afin que la structure confirme son existence, conquiert une légitimité. Ces premières années n’ont pas été de tout repos, étant donné les confrontations répétées entre les membres de la ligue et les autorités tunisiennes. Pourtant, n’est-ce pas la Tunisie qui a promulgué le Code du statut personnel, devenant ainsi pionnière dans ce domaine dans tout le Maghreb et l’Afrique subsaharienne? Ces paradoxes inscrits au coeur de la réalité historique et politique de la Tunisie renforcent les orientations de Souhayr Belhassen: être une femme au coeur de l’information et de la lutte pour le respect des droits de l’homme. «De cette période, j’ai gardé une sorte d’objectivité. Je ne me précipite pas pour agir, je vérifie toujours les informations. Cela nous donne de la crédibilité. C’est ce qui me différencie de quelqu’un qui est engagé dans un parti et qui est mû par la passion, agit selon la ligne dictée. Moi, ma ligne, c’est de défendre l’individu contre les injustices», résume-t-elle aujourd’hui avec calme et sérénité. Une longue expérience qui servira sa conduite durant sa mission et face aux tâches qui sont les siennes à présent dans un contexte international.
Nabo Sène
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