Editorial : juin 2007
L’affaire Paul Wolfowitz aurait sans doute connu une ampleur plus considérable, si l’auteur était un ressortissant d’une contrée non occidentale et, plus encore, s’il était issu des tropiques. On aurait conclu, sans autre forme de procès, qu’il voulait gérer la Banque mondiale comme une République bananière. Tout comme, lorsque le Sénégalais Amadou Makhtar M’Bow, alors Directeur général de l’Unesco, avait créé le Programme international de développement de la communication (PIDC), les Américains avaient crié haro sur le baudet, au motif qu’il voulait diriger l’institution internationale comme le Zaïre du temps du maréchal Mobutu.
Mais le sort en a voulu autrement. D’abord, cette affaire de salaire hors normes accordé à une «compagne» et de recrutements complaisants éclate au coeur même d’une des institutions internationales qui se veut garante et promotrice de la bonne gouvernance et qui dispense, à longueur d’années et à volonté, des leçons de moralité publique aux pays en développement. Ensuite, cette affaire éclabousse l’un des symboles du néoconservatisme, ce courant de pensée apparu aux États-Unis d’Amérique au XXe siècle, et qui accuse notamment l’Organisation des Nations unies (ONU) «d’immoralité, d’incompétence, de gabegie et de corruption». Bas les masques. Les Dieux seraient-ils descendus parmi nous ? Paul Wolfowitz serait-il un extraterrestre, lui qui n’avait de cesse d’asséner que la corruption et la mauvaise gouvernance tuent l’Afrique ? N’est-il pas le produit d’un certain ordre mondial ? Dans ce cas, devrait-il seul subir l’anathème et la condamnation ?
Au moment où le Vénézuélien Hugo Chavez sonne la charge contre les institutions de Bretton Woods, l’affaire Wolfowitz vient donner du grain à moudre à leurs détracteurs et à tous les sceptiques, et mettre considérablement à mal leur crédibilité. Démontrant ainsi, à suffisance, que ces organisations qui se sont arrogé le monopole de la morale internationale, sont loin d’être un parangon de vertu.
Mais l’on peut craindre désormais la crise du capital-confiance dont les institutions de Bretton Woods étaient créditées, – et qui leur conférait de pouvoir prescrire des thérapies, en termes de bonne gouvernance et de modèle de développement–, serve de prétexte aux dérives et abus en tout genre pour des autocrates et autres prédateurs qui n’en demandaient pas mieux pour légitimer leurs forfaits.
La tourmente déclenchée au sein des institutions financières internationales –et dont l’affaire Wolfowitz devient l’emblème– devrait plutôt engager les pays africains, pris dans les mailles d’une mondialisation à sens unique, et qui se débattent dans les labyrinthes de la pauvreté, à plus de rigueur et au respect scrupuleux des principes et vertus pouvant les soustraire des schémas pré-établis et les amener à inventer leurs modèles de survie et d’existence. Car, les Africains devraient comprendre que, ainsi que l’a professé l’historien burkinabè Joseph Ki-Zerbo, «qui se couche sur la natte d’autrui, se couche par terre».
Arnauld Houndété
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