Champion du monde, champion d’Europe, recordman français des sélections (128), joueur qui a évolué dans les plus grands clubs d’Europe, Lilian Thuram est un sportif comblé. Mais il n’est pas homme à s’en contenter. Il se veut aussi citoyen du monde à plein temps. Portrait d’un champion engagé.
Dans un monde du sport où la plupart des athlètes de haut niveau font tout pour rester dans une bulle confortable et se contentent d’observer la société, celle des « vraies gens», d’un regard distrait, détaché, parfois effrayé, le footballeur Lilian Thuram, lui, est de tous les combats. L’engagement de l’international français n’est ni récent ni conjoncturel. Le grand public s’en est rendu compte pour la première fois en septembre 2001. C’était à l’occasion du match amical France/Algérie. Ce soir-là, la fête avait mal tourné. Cela avait commencé par une Marseillaise copieusement sifflée et s’était terminé par un envahissement du terrain par de « pseudos » supporters de l’équipe algérienne. Les caméras de TF1 avaient alors montré en direct le défenseur central de l’équipe de France sermonnant avec fermeté des adolescents peu conscients de la gravité de leur comportement. En colère, Lilian avait compris, assurément avant beaucoup d’autres, l’étendue des ravages qu’allaient causer ces incidents dans une société française tentée par la frilosité et le rejet des différences.
Depuis, le Guadeloupéen n’a cessé de monter au créneau. Il ne court pas forcément après les micros, mais lorsqu’on cherche à connaître son avis, il le donne. D’ailleurs, il considère qu’il est du devoir de tous les individus ayant une visibilité médiatique de s’exprimer et de délivrer des messages positifs afin de faire avancer le débat dans la bonne direction. L’enfant de la banlieue parisienne se présente comme un partisan d’une République à la fois juste et intransigeante quant au respect des grands idéaux qu’elle porte depuis plus de deux siècles. Sur ce thème, et sur bien d’autres, le footballeur n’a pas hésité à croiser le fer avec Nicolas Sarkozy, alors ministre de l’Intérieur. Récemment, Lilian Thuram a confié à la presse internationale un morceau de l’échange musclé qu’il avait eu avec le patron de l’Union pour un mouvement populaire (UMP), ce lors d’un rendez-vous sollicité par ce dernier durant la campagne présidentielle française. Le footballeur n’était pas loin d’accuser l’ex-ministre de racisme.
Ce qui est passionnant chez le champion du monde 98, c’est qu’il refuse le conformisme et le compagnonnage de confort. C’est ainsi qu’il rejette absolument l’idée de discrimination positive et de quota à la mode dans certains milieux français, comme il juge dangereux et inquiétant le communautarisme. Il préfère défendre avec ferveur l’égalité de droits et de devoirs. S’il s’indigne face aux propos tenus par le philosophe Alain Finkielkraut au sujet de cette équipe de France de football «black-black-black» qui «faisait ricaner toute l’Europe », il mouche, dans la foulée, la sortie de l’écrivain antillais Raphaël Confiant sur les juifs «innommables». À l’image de ce que réalise le footballeur sur un terrain, le citoyen assume avec courage ses responsabilités. Et cet engagement dépasse l’horizon français. L’homme évoque avec une sincérité touchante les drames qui déchirent le continent africain, la terre de ces ancêtres. Et il se montre toujours partant pour des missions humanitaires. Tant que son calendrier de joueur professionnel le lui permet. Passionné de lecture, partisan du dialogue, curieux de tout, le footballeur Thuram ne troquera sans doute pas les crampons pour des pantoufles lorsque sonnera l’heure de la retraite sportive. Une autre vie et d’autres combats l’attendent.
Fayçal Chehat
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