Abonnez-vous en ligne à Continental Mag - 12 mois - 25 euros

Editorial : Mai 2007

Se recentrer sur l'Afrique

Contrairement aux proclamations généreuses à l'occasion des sommets internationaux, l'aide publique au développement consentie par les vingt-deux pays de l'Organisation de coopération et de développement économique (OCDE) a diminué de plus de 5 % en 2006. L'annonce a été faite début avril 2007 par le Comité d'aide au développement (CAD) de l'OCDE. L'aide totale est en effet passée de 106,8 milliards de dollars, en 2005, à 103,9 milliards de dollars en 2006.

Quelques voix, notamment celles des ONG, se sont élevées pour fus- tiger la « trahison », par les pays riches, de leurs propres promesses, ou « l'échec du financement du développement ». Paradoxalement, en Afrique subsaharienne, l'une des régions du monde les plus nécessiteuses, l'annonce de cette réduction, loin de soulever un tollé, est passée presque inaperçue. Pourtant, l'aide a un impact réel sur les conditions de vie dans les pays pauvres, à travers les secteurs de l'éducation, de la santé, de l'eau et de l'assainissement.

Cette indifférence exprime-t-elle une certaine résignation ou une prise de conscience que l'Afrique porte en elle-même la solution à ses propres problèmes, et qu'il ne sert à rien de croire aux promesses mirobolantes - qui n'engagent que ceux qui y accordent foi - des partenaires occidentaux ?

En effet, ces cinq dernières années, plusieurs conclaves ont été consacrés à la question de l'aide publique au développement, allant tous dans le sens de son augmentation. À la conférence de Monterrey en 2002, les membres du CAD ont promis l'accroissement de leur aide pour 2006. Certains pays membres de l'Union européenne se sont même fixé des objectifs plus ambitieux. En 2005, les pays du G8, ont promis une augmentation annuelle de l'aide de 50 milliards de dollars d'ici à 2010, pour ne pas compromettre la réalisation des Objectifs du millénaire pour le développement. Douze mois plus tard, c'est la reculade. Les perspectives ne sont pas plus heureuses : la tendance baissière se poursuit en 2007, selon les prévisions annoncées.

Décroissance inexorable de l'aide au développement, subventions aux agriculteurs du Nord au détriment de ceux du Sud, politiques restrictives en matière d'immigration dans un monde dit globalisant, etc. Vu d'Afrique, tout cela incite à sortir des anciens schèmes reposant essentiellement sur la solidarité internationale en matière économique pour se recentrer sur les potentialités et la solidarité continentales. La systématisation et la généralisation de la dynamique de coprospérité et de coopération Sud-Sud déjà enclenchées par certains États africains, pour ne plus dépendre du seul bon vouloir des « partenaires au développement », constituent des indicateurs précieux des nouvelles orientations qui s'opèrent à l'intérieur du continent. Reste à vérifier leur valeur pérenne.

Arnauld Houndété

© Continental - Magazine Africain d'informations et d'actualités
Création et référencement du site www.continentalmag.com par EANET