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Djibouti : émancipation diplomatique

Sans totalement tourner le dos à la France, l'ancienne puissance colonisatrice dont elle est restée longtemps la chasse gardée, l'ex-Côte française des Somalis, créée en 1896, s'affranchit peu à peu de cette relation exclusive et se tourne vers d'autres partenaires.

Ismaël Omar Guelleh, président djiboutienSouhait de ne plus mettre tous ses œufs dans le même panier ? Dégât collatéral de l'affaire Borrel (1) devenue une véritable épine diplomatique dans les relations entre la France et Djibouti ? Une affaire qui a amené la juge française Sophie Clément à lancer, en octobre 2006, des mandats d'arrêt contre deux hautes personnalités djiboutiennes dont le procureur de la République et convoquer en février dernier, à la veille du sommet France-Afrique de Cannes, le président djiboutien, Ismaël Omar Guelleh en personne (2). Toujours est-il que le temps où la France était le partenaire privilégié de l'ancien territoire français des Afars et des Issas, État du nord-est de l'Afrique situé sur l'océan Indien et indépendant depuis 1977, semble bel et bien révolu. Depuis les attentats du 11 septembre 2001 à New York et à Washington, et le lancement de la « guerre américaine contre le terrorisme », les États-Unis se sont rapprochés de Djibouti où ils ont ouvert une importante base militaire. Histoire « d'interrompre, et en dernière analyse, de défaire les groupes terroristes transnationaux qui opèrent dans la région, en empêchant des paradis sûrs, des soutiens extérieurs et une assistance matérielle pour des activités terroristes ».

Il faut dire que Djibouti jouit d'un atout majeur : il offre un intérêt stratégique presque sans égal, par sa situation à l'entrée de la mer Rouge. C'est en effet probablement le meilleur poste d'observation pour contrôler les déplacements de populations entre la péninsule arabique et l'est du continent africain, une zone très sensible en ce qui concerne le terrorisme. Du coup, Washington ne peut plus rien refuser à ce nouvel allié. Qui, pour autant ne se prive pas d'amplifier ses relations avec l'« ennemi intime » de la première grande puissance du monde, à savoir Cuba. Des relations étroitement nouées depuis trois ans. « C'est un modèle de coopération Sud-Sud. Elle a été voulue par le président de la République qui a donné un nouveau souffle à cette coopération notamment lors de sa visite à La Havane en septembre 2004 », s'est félicité Ayeid Mousseid Yahya, ambassadeur de Djibouti à Cuba, à l'issue des travaux de la quatrième commission mixte djibouto-cubaine qui se sont achevés en avril dernier à Djibouti. Des travaux qui se sont soldés par la signature de plusieurs accords entre les deux pays. Ainsi, la coopération médicale entre Djibouti et La Havane sera renforcée. Traduisez, Cuba enverra un peu plus de médecins à Djibouti. « Nous avons eu cinq, puis douze médecins cubains à Djibouti. Avec l'accord de Programme intégral de santé signé entre les deux pays le 9 avril dernier, nous en aurons trente avant la fin de l'année », se réjouit Ayeid Mousseid Yahya, qui ne tarit pas d'éloges sur la qualité de la médecine et des praticiens cubains. « Ce n'est un secret pour personne que dans le domaine de la santé, les Cubains sont les meilleurs... Il y a 30 000 médecins cubains au Venezuela. Des médecins formés pour travailler partout, quelles que soient les conditions ». Par ailleurs, et c'est le deuxième volet des accords, Cuba va apporter à Djibouti son expertise en matière d'élevage. Des vétérinaires cubains viendront former des Djiboutiens à l'apprentissage de ce métier. Djibouti a un grand besoin de médecins pour animaux pour œuvrer dans le centre de bétail de Damarjog.

Troisième et dernier volet des accords, le ministère djiboutien des Sports va coopérer avec l'Institut national des sports et de l'éducation physique de Cuba. La Havane dont les sportifs rivalisent sur le plan international avec les plus grandes nations sportives, telles que les États-Unis, la Russie et la Chine, et ce, presque dans toutes les disciplines, - Javier Sotomayor qui a pris sa retraite sportive, détient le record du monde du saut en hauteur ; les boxeurs amateurs cubains dominent outrageusement la discipline aux Jeux olympiques depuis des décennies - va aider Djibouti à construire des infrastructures sportives. Par ailleurs, cinq instructeurs cubains spécialisés dans l'athlétisme (sprint et demi-fond) seront mis à la disposition de Djibouti, tout comme un préparateur physique et un kinésithérapeute. Enfin, cinq étudiants djiboutiens iront poursuivre leurs études dans la prestigieuse École internationale d'éducation physique des sports et de la culture de Cuba.

Autre nouvelle préoccupante pour Paris : à l'image de nombreux pays africains, Djibouti lorgne de plus en plus vers la Chine. C'est en effet vers Pékin que le président Ismaël Omar Guelleh s'est tourné pour aider son pays à faire face à ses besoins en ressources énergétiques. Dans ce cadre, une forte délégation composée d'experts et d'ingénieurs originaires de l'empire du Milieu, conduite par le directeur général de la société Beijing Jingeng Energy Technology Investment Co, a effectué, fin mars dernier, une visite de travail de plusieurs jours à Djibouti. La mission chinoise, au cours de son séjour, s'est notamment rendue dans la région du Lac Assal pour prospecter les sites susceptibles éventuellement d'accueillir des éoliennes. Société d'État, Beijing Jingeng Energy Technology Investment Co est la plus grande des entreprises du genre en Chine en matière d'investissements dans le domaine énergétique.
Bernard Coovi

(1) Le juge Bernard Borrel est mort en 1995 à Djibouti dans des conditions jamais élucidées. Pour les autorités djiboutiennes, le magistrat français se serait suicidé. Une version fortement contestée par sa veuve, qui accuse le proche entourage du président Ismaël Omar Guelleh d'avoir assassiné son mari.

(2) Une convocation à caractère symbolique car en tant que chef d'État en exercice, Ismaël Omar Guelleh jouit d'une immunité, mais qui a mis le président djiboutien dans tous ses états.

Coopération renforcée entre Djibouti et Rabat

Dans le cadre du renforcement de leurs liens, le Maroc et Djibouti se sont mis d'accord en avril dernier sur l'établissement d'une stratégie visant à renforcer la coopération bilatérale dans les domaines de l'éducation, de l'enseignement et de la formation. Lors d'une réunion, qui s'est tenue à Rabat, le ministre marocain de l'Éducation nationale, Habib El Malki, et son homologue djiboutien Abdi Ibrahim Absieh, ont décidé de la création d'un comité qui sera chargé d'assurer le suivi des différents volets de leur coopération, - qui porte notamment sur l'enseignement supérieur, la formation professionnelle, le renforcement de l'enseignement de la langue arabe, etc. - et de proposer les outils à même de favoriser son évolution. Signe que les relations entre l'ancien Territoire des Afars et des Issas et le royaume chérifien sont au beau fixe - et dans la droite ligne de la politique d'ouverture entamée par Mohammed VI (photo) depuis 1999 -, les deux pays ont signé, en février dernier, un accord portant création d'une Commission mixte pour promouvoir et renforcer leur coopération dans différents domaines. Placée sous la présidence des ministres des Affaires étrangères marocain et djiboutien, elle se réunira alternativement dans les deux pays.

L. A.

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