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Burkina Faso : quelle place pour l'opposition ?

Le 6 mai, les Burkinabè éliront les 111 députés qui siègeront à l'Assemblée nationale pour cinq ans. Face à une opposition désunie et sans moyens, une victoire du Congrès pour la démocratie et le progrès, parti au pouvoir, se profile à l'horizon, renvoyant vers un horizon imprenable l'alternance démocratique.

Face à une opposition incapable de constituer un front uni, le président Blaise Comparoé a été réélu, en novembre 2005, au premier tour avec 85,35% des suffrages.Pour cette quatrième législature, la Commission électorale indépendante (Ceni) a validé 3 691 candidatures représentant 47 partis lancés à la conquête des 111 sièges à pourvoir. Neuvièmes consultations démocratiques depuis le retour du multipartisme avec l'adoption de la Constitution de 1991, ces législatives, qui interviennent après les municipales de 2006 et la présidentielle de 2005, confortent le choix définitif des Burkinabè du suffrage universel comme unique voie d'accès au pouvoir. Comme lors des précédents scrutins, on ne devrait pas assister à une remise en cause fondamentale de la domination du Congrès pour la démocratie et le progrès, (CDP, au pouvoir). En 1992, la formation du président Compaoré avait remporté 78 des 107 sièges à pourvoir, puis 101 sur 111 en 1997, avant de chuter à 57 sièges contre 54 à l'opposition en 2002. Face à cette courte victoire du CDP, certains avaient hâtivement évoqué l'hypothèse d'une possible alternance, faisant fi du contexte social et politique dans lequel ces élections s'étaient déroulées. Confronté à la plus grave crise politique que le pays ait jamais connue suite à l'assassinat, en 1998, du journaliste Norbert Zongo, le régime avait été contraint d'accepter certaines réformes pour apaiser la rue en colère. Notamment la création d'une Commission électorale nationale indépendante, l'adoption de la proportionnelle « au plus fort reste », le financement public des partis et l'instauration du bulletin unique. Cette dernière mesure a permis de limiter les fraudes en dépit des difficultés qu'elle a occasionné chez les électeurs analphabètes. Le CDP qui détenait 101 députés dans la précédente législature était tombé à 57, tandis que l'opposition en totalisait 54 contre 7 auparavant. Il s'agissait davantage d'une contre-performance du régime en place que d'une relative victoire de l'opposition. Ce qu'allaient confirmer la présidentielle de 2005, puis les municipales de 2006. Face à une opposition incapable de constituer un front uni, le candidat sortant Blaise Compaoré a été élu dès le premier tour avec 85,35 % des voix et son concurrent le plus proche, Bénéwindé Stanislas Sankara, leader de l'Union nationale pour la renaissance/ Mouvement sankariste (UNIR/MS) n'a recueilli que 4,88 %. Aux municipales, le CDP a aussi remporté une large victoire, totalisant 12 854 sièges sur les 17 786 à pourvoir. Plus que le bulletin unique, le choix du mode de scrutin a été déterminant dans le bon score de l'opposition en 2002, et le CDP n'avait pas manqué de rappeler qu'avec 52 % des suffrages, il se serait retrouvé avec près de 100 députés si le mode de scrutin de 1997, à savoir la proportionnelle à la plus forte moyenne, avait été retenu.

Cinq ans plus tard, le contexte a changé. Certes, l'assassinat de Norbert Zongo n'a toujours pas été élucidé, le juge d'instruction, Wesceslas Ilboudo, ayant conclu à un non-lieu en décembre 2006 au bénéfice du principal inculpé, Marcel Kafando. Cet ancien chef de la sécurité présidentielle est par ailleurs condamné à vingt ans de prison dans l'affaire David Ouédraogo, du nom du chauffeur de François Compaoré, frère cadet du chef de l'État, accusé de viol et torturé à mort en janvier 1997 par la garde présidentielle. La décision du juge est vivement critiquée par le Collectif, un rassemblement d'associations de défense des droits de l'homme et de partis politiques. Toutefois, la capacité de mobilisation et de pression de cette structure créée au lendemain de la mort de Zongo pour réclamer la justice et la fin de l'impunité semble aujourd'hui sérieusement émoussée. Estimant que « la crise est maintenant derrière nous », comme n'hésitent pas à le proclamer certains dirigeants du CDP, le pouvoir a unilatéralement réformé le code électoral qui avait été adopté en 2001 de façon consensuelle, en restaurant la proportionnelle à la plus forte moyenne et en procédant à un nouveau découpage des circonscriptions.

Avec ces réformes qui avantagent les grands partis, le CDP est assuré de gagner à nouveau ces élections, d'autant plus qu'il dispose de moyens financiers sans commune mesure avec ceux de l'opposition, un atout considérable dans un pays où l'électeur s'intéresse plus au portefeuille qu'au programme du candidat. Reste à savoir quelle sera l'ampleur de sa victoire, une inconnue qui pourrait être déterminante dans l'approfondissement de la démocratie burkinabè. Avec une victoire comme celles de 1992 et 1997, le parti au pouvoir retrouverait son hégémonie d'antan. En ayant les mains libres - ce qui n'est pas le cas actuellement où une réforme constitutionnelle requiert le vote de 2/3 des députés - il pourrait être tenté de revenir sur l'article 37 de la Constitution relatif au mandat présidentiel. Cette hypothèse est loin d'être farfelue. Sous prétexte d'éviter au Burkina Faso « une candidature nulle », c'est-à-dire de priver le pays de « l'intelligence et l'expérience du président Blaise Compaoré », au pouvoir depuis 1987, le CDP avait supprimé la limitation des mandats en 1997 avant qu'une nouvelle réforme ne la restaure en 2000. Et il n'est pas rare de rencontrer des dignitaires du pouvoir en place proclamer à qui veut les entendre : « Nous sommes là pour au moins quatre-vingts ans ! ». Depuis une quinzaine d'années, l'alternance démocratique est entrée dans les mœurs en Afrique de l'Ouest, notamment au Bénin, au Mali, au Sénégal et au Ghana, mais tarde encore à s'instaurer pleinement au « Pays des hommes intègres ».

Jean Traoré

 

Puzzle oppositionnel

Les partis de l'opposition abordent les législatives dans le seul espoir de limiter la victoire du CDP. Gilbert Ouédraogo, qui a pris la tête de l'Alliance pour la démocratie et la fédération/Rassemblement démocratique africain (ADF/RDA) suite à un putsch contre Hermann Yaméogo en 2003, parviendra-t-il à garder sa place de premier parti de l'opposition, lui qui avait renoncé à se présenter à la présiden- tielle de 2005 et à soutenir la candidature de Blaise Compaoré ? Pour l'Union nationale pour la démocratie et le développement (UNDD), ces élections ont valeur de test, car son leader, Hermann Yaméogo, avait boycotté la présidentielle de 2005. L'issue du scrutin déterminera la place sur l'échiquier politique national de celui qui a incarné pour nombre de Burkinabè, une alternative au pouvoir en place. Durant les deux premières législatures, le Parti pour la démocratie et le progrès/Parti socialiste (PDP/PS) était la première formation de l'opposition et, en 2002, il est passé de quatre à dix députés. Mais à la veille de ces élections, son avenir suscite des inquiétudes. Après avoir subi une scission avec le départ de nombreux cadres, le choix de son leader historique, feu Joseph Ki-Zerbo, de confier, en 2005 les rênes du parti à Ali Lankouandé, n'avait pas été apprécié par tous. Peu connu du grand public, il était arrivé en sixième position à la présidentielle de 2005, totalisant seulement 1,74 % des suffrages.

Sur 17 877 communes, le PDP/PS n'en a remporté que 312 à l'issue des municipales de 2006. Le spectre d'une disparition de l'hémicycle plane sur le PDP. Quant au Parti de la renaissance nationale (Paren) de Laurent Bado, il avait remporté quatre sièges en 2002, un score qui était dû à la personnalité de son leader, un professeur de droit très connu pour ses critiques au vitriol, qu'à une implantation sur l'ensemble du territoire. Son image s'est toutefois brouillée depuis que la presse a révélé, à quelques semaines de la présidentielle, qu'il a reçu 30 millions de francs CFA de Compaoré, soucieux, paraît-il, d'aider l'opposition à mieux s'opposer !

J. T.

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