À trois mois des législatives, le Parti congolais du travail est toujours traversé par une crise qui menace son éclatement. Mais au-delà de cet interminable feuilleton, la question qui hante cette formation « historique » est bien celle-ci : comment gouverner mieux et autrement dans un Congo qui a changé, à l'instar des autres pays du continent ?
Dans quel état et sur la base de quel projet le Parti congolais du travail (PCT, au pouvoir), se rendra-t-il aux élections législatives dont le premier tour est prévu au 24 juin prochain (*) ? Confronté, ces dernières années, à une véritable crise existentielle, la formation « historique » conduite jadis par le président Marien Ngouabi, peine, depuis des mois, à réaliser une nécessaire mue pour garantir sa survie et se projeter dans l'avenir. Deux camps s'affrontent. D'une part, les tenants de la « refondation », soutenus discrètement par le président Denis Sassou Nguesso, partisans d'une ouverture du PCT à d'autres courants, voire à d'autres partis politiques, afin de réaliser un grand parti « moderne, national et progressiste ». D'autre part, ceux que l'on désigne comme les « conservateurs », farouches défenseurs du statu quo, définitivement rétifs à toute modification de la structure actuelle de ce qui fut longtemps une formation « de masse » - naguère d'obédience marxiste -, à l'époque du parti unique. Les premiers reprochent aux seconds leur enfermement dans des schémas archaïques. Quant aux « conservateurs », ils estiment simplement que derrière le terme de « refondation » se dissimule le trivial projet du démantèlement d'un parti dont les « acquis historiques » ne sauraient être sacrifiés sur l'autel des calculs et opportunismes électoralistes.
En décembre dernier, le congrès extraordinaire du PCT, longtemps attendu et souvent reporté, aura tout juste permis de « calmer le jeu » et d'éviter l'éclatement. Sassou Nguesso, chef du parti, a pris ses distances et a promu la désignation de Ambroise édouard Noumazalay - président du Sénat - comme secrétaire général du PCT. Contrairement à ce qu'avaient souhaité certains « refondateurs », le parti conserve son nom historique. Enfin, pour endiguer la querelle, le mot « refondation » a été banni, à la demande des adversaires de ce concept. Même si le nouveau bureau du PCT est majoritairement investi par les « refondateurs », le congrès a donc permis d'apaiser l'expression des clivages, et d'éviter la scission tant redoutée par certains, et jugée, entre-temps, inévitable par d'autres. Est-ce à dire que, pour la première fois de son histoire, le parti majoritaire, en proie au doute, se prépare à affronter les urnes dans un état de grande fragilité ? Réponse d'un membre influent du parti : « Le doute était déjà présent en 2002 lors de la présidentielle et des législatives de cette année-là. Lors de sa campagne pour la présidentielle, le président Sassou avait d'ailleurs jugé plus opportun de ne pas se présenter devant les électeurs avec les couleurs du parti, mais avec son projet de la Nouvelle Espérance. Les législatives qui ont suivi ont donné lieu, au sein du parti, à beaucoup d'appréhension. Nous avons compris alors que le risque de perdre les élections n'était pas à écarter. La raison ? Un décalage entre les électeurs et une formation politique qui n'a pas su s'adapter à la nouvelle donne politique, celle du pluralisme et de la compétition démocratique... » Du coup, après ces législatives de 2002, il était devenu urgent de procéder au bilan et surtout à une redéfinition des orientations et de la structure du parti, afin de construire une nouvelle offre politique plus adaptée à une société congolaise en mutation, comme c'est le cas d'ailleurs dans plusieurs autres pays du continent, voire dans le monde. Autrement dit, il fallait « refonder » le Parti congolais du travail, tout en conservant son socle idéologique, celui d'une formation « de gauche », mais débarrassé de certaines tares originelles, tels que le réflexe clanique ou régionaliste, le repli ethnique, la cooptation catégorielle... C'est vrai que pendant longtemps, le PCT a été perçu comme « un parti des gens du nord » (région du chef de l'état). Avec les ravages produits dans le pays par les clivages régionalistes, il est devenu impératif pour une formation politique qui se veut « majoritaire », de se défaire de toute forme de marquage particulariste. à cet égard, la nouvelle loi régissant les partis politiques interdit désormais la création de toute formation fondée sur des critères « ethniques, régionalistes ou religieux ».
Par ailleurs, le PCT aura pris en compte les exigences nouvelles du processus de démocratisation et, son corollaire, la compétition électorale qui prescrit, pour tout parti politique, une ouverture vers toutes les couches de la société, sur les seuls fondements d'une citoyenneté partagée et de la « République une et indivisible ». Mais comment transformer en profondeur un parti dont plusieurs membres demeurent encore nostalgiques de son hégémonie d'antan ? Les « conservateurs », qui soupçonnaient simplement les « refondateurs » de vouloir créer un nouveau parti en rupture avec son histoire et ses traditions - y compris celles des avantages personnels acquis - s'étaient donc, un temps, retrouvés dans une « opposition » de fait avec le chef de l'état qui, pour sa part, considère toujours la création d'un « véritable parti de rassemblement » comme une « nécessité naturelle et logique face aux réalités des temps actuels ». De fait, le PCT devra opérer en son sein une véritable révolution culturelle. Cela signifie que ses membres, toutes tendances confondues, devront parvenir à un compromis entre une mémoire historique partagée du parti et la mise en œuvre d'un inévitable processus de transformation. Selon Charles Bawao, professeur de philosophie, secrétaire adjoint du gouvernement et apôtre de la refondation du PCT, « les arguments des opposants à cette transformation du parti relèvent de l'isolationnisme intellectuel et politique ». Et de fustiger « une minorité clanique qui s'enferme dans une obsession unitaire et sécuritaire pour justifier l'opinion suicidaire de l'immobilisme historique ». Celui qui, il y a quelques mois, qualifiait les « conservateurs » d'« intégristes impénitents attachés aux idéologies erronées et aux privilèges particuliers du passé » martèle, à la manière d'un avertissement : « Le président de la République, M. Denis Sassou Nguesso, ne soutiendra pas un retour forcené vers un passé sans avenir, lui qui a toujours rejeté le nivellement dans la médiocrité, lui qui a toujours su rassembler ce qui était épars... » Autre position exprimée il y a quelques mois par l'ancien ministre Justin Lekoundzou, figure de proue des partisans du statu quo et de l'orthodoxie historique : « Le PCT est notre histoire, et nous préférons rester un vieux parti. S'ils veulent créer un autre parti, eh bien qu'ils y aillent, ce sont eux les démissionnaires du PCT. Nous combattons ceux qui veulent tuer le Parti congolais du travail. Tous ceux qui se retrouvent parmi les tueurs sont nos ennemis ».
Où en est-on actuellement ? Depuis le congrès extraordinaire de décembre dernier, un calme précaire règne dans les instances du parti. Les deux camps affichent, l'un envers l'autre, une manière de vigilance courtoise. En tout cas, il est peu probable que le PCT avance dans la concorde et en rangs harmonieux vers l'échéance des élections législatives de juin 2007. Un scrutin qui constituera la première grande épreuve pour le pouvoir depuis la consécration par les urnes de sa légitimité en 2002. Si certains « conservateurs » affirment que cette nouvelle période électorale « sera l'heure de vérité pour tous », les « refondateurs » - si l'on peut encore les désigner ainsi - espèrent toujours œuvrer, avec une patience nouvelle, à l'édification d'une nouvelle « machine à gagner », y compris en associant, à cet effet, d'autres formations disponibles et compatibles. On pense notamment à quelques formations de la galaxie des Forces démocratiques unies (FDU) qui avaient soutenu Sassou Nguesso lors de son retour aux affaires...
Mais au-delà des solutions d'urgence dictées par l'enjeu des élections, le PCT ne saurait faire l'économie d'une véritable redéfinition de sa raison d'être. Le parti du président a rendez-vous avec lui-même. La transformation structurelle du PCT sera indissociable d'une vaste réflexion sur un nouveau projet politique, tenant compte de toutes les contradictions historiques qui le traversent aujourd'hui. Notamment, comment définir les voies permettant de concilier l'option « sociale- démocrate » affirmée par le PCT avec le choix sans retenue, tel qu'on l'observe aujourd'hui, d'une gestion dite libérale ? Pour l'heure, ce paradoxe - apparent - semble contrarier toute politique assurant l'égalité des chances au sein de la société, une redistribution raisonnable des ressources, et, plus généralement, la satisfaction d'une demande sociale plus forte que jamais. En fin de compte, la crise que connaît le PCT pose en creux la question d'une nouvelle conception du pouvoir. Refonder le pouvoir et les méthodes de gouvernement, et, par là même, susciter une véritable adhésion citoyenne. Tel est le véritable enjeu dont ce parti historique est dépositaire en ces temps de mutation sociale et politique. Une question cruciale, née des différentes épreuves auxquelles le pays a été confronté depuis la Conférence nationale de 1991, qui a mis fin à l'ère du monopartisme.
Francis Laloupo
Planète opposition
A trois mois des législatives, quid de l'opposition ? Principale actualité des formations de l'opposition, le mémorandum que nombre d'entre elles, réunies au sein du Front pour la Commission électorale indépendante (FCEI), ont adressé au gouvernement en janvier 2006. Un document qui comportait plusieurs revendications sur les conditions d'organisation des prochaines élections. Nombre de ces demandes sont aujourd'hui satisfaites, dont l'une des plus importantes est la mise en place d'une Commission électorale indépendante et « impartiale ». Une décision annoncée à l'issue d'un Conseil des ministres, le 13 février 2007. Par ailleurs, ainsi que l'a annoncé le ministère de l'Administration du territoire et de la Décentralisation en charge de l'organisation des scrutins, quelques modifi-cations ont été apportées à la loi électorale qui institue désormais le financement des partis politiques pour les périodes de campagne électorale, l'interdiction du « vagabondage politique » (autrement appelé « transhumance »), le transfert de certaines compétences du gouvernement en matière électorale vers la Commission électorale indépendante. Toutefois, c'est une opposition éclatée et singulièrement atone, sans moyens matériels et financiers conséquents, qui s'apprête à défendre ses couleurs sur le terrain des élections en juin prochain. Une opposition qui souffre aussi, par endroits, d'un sévère déficit d'estime de la part des citoyens. Symbole de ce discrédit, Bernard Kolelas (photo), l'homme qui n'avait pas hésité en décembre 1998 à revendiquer le déclenchement des hostilités armées contre l'actuel pouvoir. Depuis son retour au pays l'année dernière, il s'est singulièrement métamorphosé en obligé de ce même pouvoir, quand il n'en est pas l'un des thuriféraires. Son récent séjour dans son bastion traditionnel, dans le département du Pool, a été simplement considéré par ses anciens partisans comme une malencontreuse galéjade. Deux nouveautés dans la future campagne électorale. D'abord, la reconversion du Conseil national de résistance du Pasteur Ntumi - mouvement armé fermement logé dans le département du Pool - en un parti politique dénommé Conseil national des républicains (CNR). Si le dépôt des statuts de ce parti a été dûment enregistré et validé par le ministère compétent, il lui reste, pour obtenir un agrément définitif, à souscrire à une obligation légale et constitutionnelle, stipulant qu'aucune formation politique « n'a le droit de disposer d'armes et de milices ». Ce qui est encore le cas de ce mouvement dirigé par un pasteur d'un genre particulier à la fois guérillero, pilleur de fonds, militant politique et prédicateur mystique. Autre nouveauté, le Cercle des républicains pour un nouvel ordre national (CRNON) présidé par le Général Emmanuel Ngouelondele Mongo très remonté contre le pouvoir, et qui, en termes virulents, dénonce les conditions d'organisation des prochaines législatives dont il rejette par avance la validité.
F. L.
Continental n° 59 - Avril 2007
© Continental - Magazine Africain d'informations et d'actualités
Création et référencement du site www.continentalmag.com par EANET