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Euro/Franc CFA : L'euro fort, un frein au développement

En raison de la parité fixe entre l'euro et le franc CFA, la hausse de la monnaie européenne par rapport au dollar n'est pas sans conséquences sur les économies des pays d'Afrique de la zone franc.

L'appréciation de l'euro par rapport au dollar depuis trois ans est devenue un sujet de préoccupation tant pour les hommes politiques français que pour les entreprises. Le candidat de l'Union pour un mouvement populaire (UMP) à l'élection présidentielle en France, Nicolas Sarkozy, a ainsi dénoncé « l'absence d'un gouvernement économique qui fait de l'euro une monnaie sans boussole et sans objectifs partagés », et la candidate du Parti socialiste (PS), Ségolène Royal, s'en est pris à la Banque centrale européenne (BCE) coupable de « casser la croissance économique » française qui, en effet, a été nulle (0 %) au troisième trimestre 2006. Depuis 2004, la valeur de la monnaie européenne n'a cessé d'augmenter face au billet vert, passant de 0,83 à 1,31 dollar fin novembre dernier, soit une appréciation de 56 % dont 11 % sur l'année 2006. Tout en n'appréciant pas « l'excessive volatilité sur le marché des changes », les ministres des Finances de la zone euro ont toutefois estimé qu'il n'y avait pas de raisons de trop s'inquiéter, le seuil critique étant encore loin. Dans les pays d'Afrique de la zone franc (F CFA), la hausse de l'euro suscite également des interrogations parce qu'elle affecte directement leurs économies, l'Europe étant leur principal partenaire économique et commercial. La zone franc est composée de deux sous-ensembles sous-régionaux : l'Union économique et monétaire d'Afrique de l'Ouest (Uemoa) (1), dont l'institut d'émission est la Banque centrale des états d'Afrique de l'Ouest (Bceao), et la Communauté économique et monétaire d'Afrique centrale (Cémac) (2) avec pour institut d'émission la Banque des états d'Afrique centrale (Beac). à ces deux sous-ensembles s'ajoute l'Union des Comores dont l'institut d'émission est la Banque centrale des Comores (BCC). Arrimé à l'euro depuis le 1er janvier 1999 par une parité fixe (1 euro = 655,95 F CFA), la masse monétaire de la zone franc représente 3 % de la zone euro. L'économie des pays africains est essentiellement basée sur l'exportation des matières premières et la hausse de l'euro face au dollar n'est pas une bonne nouvelle car près de 60 % de leur Produit intérieur brut (PIB) dépendent des échanges avec l'extérieur. Sur le marché international, le cours des produits de base, tels le cacao, le coton, le café, étant libellé en dollar, les pays de la zone franc subissent une chute de leurs recettes alors que dans le même temps, leurs importations en provenance d'Europe sont réglées en euro. Selon le directeur général de la banque franco-anglaise HSBC, Jean-François Lambert, partenaire financier de sociétés cotonnières au Burkina Faso, « l'euro fort fragilise la filière coton des pays africains producteurs ». Avec une structure économique basée sur le commerce de matières premières, un faible niveau d'industrialisation et des échanges intra-africains peu développés, la forme olympique de l'euro n'est assurément pas une bonne nouvelle. Pour les états qui élaborent leurs budgets sur des prévisions de recettes, leur exécution devient un exercice périlleux face à la volatilité du cours de l'euro. Faut-il creuser les déficits publics et se faire réprimander par les bailleurs de fonds internationaux ou supprimer certaines dépenses avec le risque de provoquer une grogne sociale ?

Quant aux entreprises dont les équipements proviennent de l'Europe, la hausse de l'euro accentue un peu plus la concurrence avec les produits de la zone dollar. « Le niveau élevé de l'euro a élevé artificiellement le coût de la main-d'œuvre africaine en comparaison avec les pays asiatiques », explique Hervé Bourguignon, secrétaire général de Interafrican Forest Industries Association (IFIA). Au Burkina Faso, les entreprises cotonnières sont au bord de l'asphyxie, aucune n'étant capable de payer les paysans pour la campagne 2006. Une première dans ce pays qui est pourtant devenu en 2006 le premier producteur africain d'or blanc, avec une production de 700 000 tonnes de coton graines. D'après François Traoré, fin janvier 2007, ces sociétés qui avaient déjà subi des pertes d'environ 40 milliards de F CFA en 2005, étaient redevables de près de 130 milliards de F CFA (200 millions d'euros) aux paysans. Si ces pertes sont en grande partie dues aux subventions que les pays occidentaux accordent à leurs cotonculteurs, cassant ainsi le prix sur le marché international, l'appréciation de l'euro par rapport au dollar y est aussi pour quelque chose. En 2000, le cours du coton était à plus de 900 F CFA le kg et l'euro à 0,88 dollars. Six ans plus tard, le prix du coton dépasse à peine 600 F CFA le kg et dans le même temps l'euro s'échange à 1,30 dollars. « Au cours actuel du coton, il faudrait que l'euro soit à 1,10 dollar pour que nous retrouvions le sourire, mais je ne suis pas optimiste sur une remontée du dollar », déclare Didier Mercier, directeur général de la Compagnie cotonnière (Copaco), une filiale du groupe français Dagris. Même dans la zone euro où 60 % du commerce s'effectuent entre les pays membres, l'effondrement du dollar est durement ressenti par les entreprises. Le 15 janvier 2007, le groupe allemand de parapharmacie Beiersdorf (Nivea) a annoncé avoir enregistré un recul de 1,5 % de son chiffre d'affaires en 2003. En raison de la cherté de l'euro, le groupe aéronautique Airbus, qui fabrique en Europe et vend en dollar, aurait accusé une baisse de son résultat opérationnel de 670 millions d'euros en 2005. Toutefois, pour les pays producteurs de pétrole, comme le Congo, le Gabon et la Guinée équatoriale, l'appréciation de l'euro peut procurer des avantages d'autant que le cours de l'or noir a considérablement augmenté, atteignant 78 dollars le baril en juillet 2006. Le budget de la Guinée équatoriale, troisième pays producteur sur le continent, a augmenté de 131 % en 2007 par rapport à l'année précédente. Par ailleurs, les charges liées au remboursement de la dette ont aussi mécaniquement baissé, une maigre consolation qui ne saurait occulter les problèmes que soulève le lien entre le franc CFA et l'euro. L'arrimage à une monnaie forte favorise-t-il le développement ? En se référant à l'expérience du peso argentin, lié au dollar américain jusqu'à la fin des années 90, la réponse est négative. Malgré le fait que l'Argentine soit un pays industrialisé, sa monnaie était surévaluée, provoquant un ralentissement de l'économie, une massification du chômage avant de s'effondrer. Arrimé à l'euro, le franc CFA n'est-il pas automatiquement apprécié face au dollar, sans liens directs avec les réalités économiques ? Si l'euro devait durablement rester à son niveau actuel, peut-on éviter une seconde dévaluation du franc CFA après celle de janvier 1994 ? « Même si la parité entre le franc CFA et l'euro doit être maintenue, suggère un ancien ministre des Finances, on pourrait peut-être introduire quelques aménagements, en fixant un plancher et un plafond, ce qui permettrait de recourir à des ajustements de la valeur du franc CFA en cas de nécessité ».

Mais les gouvernements des pays de la zone franc auraient-ils cette volonté qu'ils n'auraient pas le pouvoir d'apporter ces aménagements. Le lien entre la monnaie européenne et le franc CFA ne leur permet pas d'influer sur le cours de leur monnaie en fonction des performances de leurs économies. Comme les Argentins naguère, ils subissent depuis plus de quatre décennies les aléas de la politique monétaire d'abord de la France, puis de l'Europe avec le passage à l'euro. Depuis la signature, en 1962, du fameux compte d'opération entre le ministère français des Finances et ceux des pays de la zone franc, les gouvernements africains ont juridiquement perdu le contrôle de leur monnaie. « Jusqu'en 1973, note l'Ivoirien Nicolas Agbohou, professeur d'économie (3), les banques centrales (Bceao, Beac, BBC) étaient tenues de verser sur ce compte la totalité des avoirs qu'elles détiennent » et 65 % à partir de 1973. « Autrement dit, ils stockent dans les caisses françaises les immenses capitaux indispensables à leur développement économique », s'étrangle NicolasAgbohou. Ce mécanisme est censé autoriser les banques centrales à faire des découverts auprès du Trésor français afin de faciliter les transactions commerciales internationales. Mais de fait, le compte n'a jamais été débiteur, même à la veille de la dévaluation du franc CFA en janvier 1994. Excepté les initiés, nul ne sait exactement ce que ce compte rapporte à la Banque de France. à quand la souveraineté monétaire des pays de la zone franc, après celle politique acquise depuis plus de quarante ans ?

Jean Traoré

Le Fonds monétaire africain sur les rails

Après plusieurs mois de négociations, c'est finalement la capitale camerounaise, Yaoundé, qui a été choisie par les ministres africains de l'Économie et des Finances pour abriter le siège du Fonds monétaire africain, répondant ainsi à une répartition harmonieuse des institutions de l'Union africaine sur l'ensemble du continent.

La bataille n'aura pas été facile pour que le Cameroun décroche la timbale parmi les nombreux candidats (Gabon, Guinée équatoriale, Tchad, Burundi, Centrafrique, Congo, RD Congo, Angola, Rwanda ou encore Sao Tomé et Principe) qui se bousculaient pour abriter le siège du futur Fonds monétaire africain (FMA). Après plusieurs mois de consultations bilatérales et multilatérales, le consensus s'est fait autour du Cameroun. « Un choix qui résulte certainement des performances économiques de ce pays, de la qualité de ses ressources humaines, de sa stabilité politique, de son tissu économique, du dynamisme de ses populations, etc., dans cette région de l'Afrique centrale », s'est réjoui le secrétaire général adjoint de la Communauté économique des États de l'Afrique centrale, le Camerounais Antoine Ntsimi. Le choix du siège de cette instance, en attendant sa création effective, d'ici à 2009, selon un conseiller de la Commission de l'Union africaine (UA), est la concrétisation d'un « rêve » qui remonte à la création de l'ex-Organisation de l'Unité africaine (OUA), qui prévoyait la mise sur pied de trois institutions financières : la Banque centrale africaine (BCA), la Banque africaine d'investissement (BAI) et le Fonds monétaire africain (FMA). La création de ces trois institutions a été rappelée par l'article 19 de l'acte constitutif de l'UA adopté en juillet 2000, ainsi que par le plan stratégique de l'UA en 2004. L'objectif est de parvenir, vers les années 2020, à une monnaie commune continentale. Le FMA est censé jouer le même rôle de sentinelle et de cadrage que le Fonds monétaire international (FMI), avec un regard plus réaliste des réalités africaines et des spécificités des cinq communautés économiques régionales qui existent sur le continent. Comme le FMI, le FMA fournira des crédits aux pays membres connaissant des déficits extérieurs et des difficultés financières, à des conditionnalités négociées, en contrepartie d'un engagement de redressement de la politique économique du pays emprunteur. Avec la désignation du Cameroun, qui doit mettre très rapidement à la disposition de la Commission de l'UA la logistique nécessaire pour le démarrage du siège, l'UA a pratiquement fini la répartition régionale de ses institutions financières en cours de création. La Banque centrale africaine sera établie au Nigeria et la Libye héritera de la Banque africaine d'investissement, selon des sources proches de la commission, et une feuille de route sur la création des instances a été définie. Mais quoi qu'il en soit, l'Union africaine s'affirme de plus en plus comme une institution déterminée à être à l'avenir autre chose qu'un... « machin ».

Jean-Claude Noubissié et Annick Lebrun

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