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Djimon Hounsou, diamant noir

Difficile de parler de révélation pour Djimon Hounsou, qui a connu son premier grand rôle sous la direction de Steven Spielberg voilà dix ans dans Amistad, où il interprétait un esclave libéré de ses chaînes après une mutinerie sur un cargo de négriers. Blood Diamond marque donc la confirmation, peut-être récompensée par un Oscar, de cet immense acteur dont la carrure imposante l'a longtemps cantonné dans des rôles de gentils géants plus malins qu'il n'y paraît.

Djimon Hounsou, un diamant noirArrivé à Paris à l'âge de 13 ans, Djimon Hounsou, d'origine béninoise - il est né à Cotonou le 24 avril 1964 -, a fait ses débuts dans le milieu de la mode où il s'est introduit à 22 ans grâce à Thierry Mugler, qui en a fait un de ses modèles fétiches des années 80. On retrouve Djimon dans quelques clips (Express Yourself de Madonna, Straight Up de Paula Abdul) mais c'est en partant pour Los Angeles qu'il va accomplir sa destinée d'artiste. Il y débarque en 1990 et commence petit : portier dans le premier épisode de la série Beverly Hills. Djimon comprend alors que pour réussir à Hollywood en tant qu'étranger il lui faut s'intégrer dans le système.

Très vite il obtient quelques rôles mineurs dans des films comme Stargate et Obsession fatale et décroche son premier rôle majeur dans la saga sur l'esclavage, Amistad, qui le met sur orbite et lui permet de changer de catégorie. Son interprétation de Cinque, le chef des esclaves révoltés du navire Amistad, lui vaut une citation au Golden Globe et l'attention d'Hollywood. Désormais, place aux seconds rôles qui sont parfois plus importants que les premiers. On le voit ainsi dans Gladiator, Le Boulet mais aussi Lara Croft Tomb Raider. Il crève l'écran dans le film de l'Irlandais Jim Sheridan, In America, inspiré de la vraie vie du réalisateur qui a émigré en Amérique - il a récemment réalisé le film de 50 Cent Réussir ou mourir. Djimon y joue Mateo, un artiste peintre agonisant, avec une intensité qui lui vaut les honneurs de la critique. Pour épaissir son rôle, Djimon a fait connaître à Sheridan un livre africain, comme il le racontait à l'époque sur le site Blackfilm.com : « J'ai suggéré à Jim de lire un gros recueil en deux volumes sur les cérémonies africaines, qui était en phase avec mon personnage et était lié à une des thématiques du film, sur l'enfant à naître et sur la spiritualité de mon personnage. Il s'est servi de ce pan spirituel dans le livre pour épaissir mon personnage, et on a beaucoup palabré pour enrichir le personnage de Mateo ».

On voit Djimon dans la série Alias, il est l'inspecteur Youssouf dans Le Boulet en 2002 et Woodhead dans Blueberry en 2003. Après avoir joué en 2005 avec Keanu Reeves dans Constantine et Scarlett Johannson dans The Island, le Béninois entre définitivement dans la cour des grands avec Blood Diamond d'Edward Zwick, sorti quelques semaines après Eragon, film d'heroic fantasy pour enfants où il joue également un rôle majeur. « En lisant le script de Blood Diamond, se souvient Djimon, j'ai réalisé que le film n'abordait pas seulement le problème des diamants du sang, mais toute une série d'autres thématiques, comme celles des enfants-soldats, du déplacement de millions de personnes à travers le continent et des réfugiés. C'était une histoire extrêmement puissante pour moi. En tant qu'Africain ayant l'opportunité de tourner des films à Hollywood, c'est le genre d'histoires sur lesquelles j'aime travailler et voir qu'elles amènent plus d'attention sur certains problèmes. » Les premières réactions anxieuses des diamantaires a prouvé à Zwick et son équipe qu'ils avaient atteint leur objectif de sensibilisation. « J'ai la sensation que c'est important de jouer dans des films qui traitent de problématiques importantes pour l'Afrique aujourd'hui, poursuit Djimon, et ce film est fait pour attirer l'attention sur les problèmes des diamants du sang. Personnellement, j'aime les diamants, mais j'ai un problème avec la façon dont les entreprises occidentales vont en Afrique et mènent leurs affaires sans respecter l'environnement ni les populations, et sans rien leur rendre en retour ». S'exprimant sur son personnage, il précise : « [...] Rien n'est plus important aux yeux de Salomon que de sauver son fils ». Bouleversant dans le rôle de Salomon Vandy, Djimon Hounsou pourrait bien recueillir, grâce à Blood Diamond, l'Oscar du meilleur second rôle qui lui a échappé au profit de Tim Robbins lors de la cérémonie de 2003. En attendant le premier rôle qu'il mérite et qui devrait lui échoir très vite, tant sa performance épidermique a impressionné le public de ce grand spectacle mêlant action et réflexion, comme le grand cinéma hollywoodien a su le faire à travers les âges, de Naissance d'une nation à Babel en passant par ces « diamants du sang » qui racontent une histoire africaine où l'Occident a souvent le mauvais rôle. Pour Djimon Hounsou, la reconnaissance ne fait que commencer.

Olivier Cachin

Blood Diamond du rêve au cauchemar

Les bons sentiments ne font pas forcément de bons films. Une maxime pas toujours vérifiée, et en l'occurrence fausse pour ce Blood Diamond, à la fois totalement hollywoodien et pétri de bons sentiments, mais néanmoins fort réussi. L'histoire est très romanesque et met en scène un improbable trio : Leonardo DiCaprio, en mercenaire des diamants qui se découvre une conscience, Jennifer Connelly, en reporter de choc idéaliste, et Djimon Hounsou, en humble pêcheur père de famille que l'enlèvement de son fils par les milices armées va transformer en héros à l'improbable destin. L'action se passe en Sierra Leone sur fond de guerre civile créée par la contrebande des diamants, achetés à Anvers par des marchands pas très regardants sur leur origine, quand ils n'attisent pas directement les conflits ethniques dans le but de s'enrichir aux dépens des populations prises dans la tourmente. On pleure, on s'indigne, on tremble pour les personnages de ce film à gros budget qui veut aussi délivrer un message. Et le message est simple : il ne s'agit pas d'arrêter d'acheter des diamants comme on demanderait d'arrêter de porter des fourrures, mais de savoir de quoi sont capables les multinationales occidentales envers les pays africains qu'ils exploitent. À Anvers, le film n'a pas la cote. Au box-office, c'est une autre histoire. Blood Diamond, s'il convainc le grand public, peut aider Hollywood à sortir de la spirale mortifère des films calibrés pour ados décervelés et ramener un peu de fond aux blockbusters américains.

On peut rêver.

O. C.

Blood Diamond, d'Edward Zwick (USA, 2 h 22) avec Leonardo DiCaprio, Djimon Hounsou, Jennifer Connelly, Chris Astoyan, Stephen Collins, Ato Essandoh.

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