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 Zimbabwe : les alertes de l'Histoire

Le feu couve encore sous la cendre au Kenya qui avait basculé dans la violence parce qu’une partie de la population, estimant avoir été «flouée par ses dirigeants et ses institutions», a laissé libre cours à sa colère. À l’heure où nous mettons sous presse, un scénario quasiment identique se profile au Zimbabwe où les résultats d’un scrutin présidentiel se font péniblement attendre depuis de longues semaines.

Dans ces deux cas, il faut relever que les électeurs ont pleinement joué leur partition en se rendant aux urnes dans le calme, avec une discipline exemplaire. Cette tranquille détermination marque le désir partagé de transformer en réalité l’aspiration à la démocratie. Ceci est d’autant plus remarquable que les rendez-vous électoraux furent, par le passé, source d’angoisses, d’incertitudes, de turpitudes, de violences… Ce comportement de la population atteste de la remarquable avance des citoyens par rapport aux responsables politiques, en termes de maturité, de tolérance et de désir de consolidation de la démocratie.

S’il paraît incongru de condamner sans réserve la réforme agraire engagée par le président zimbabwéen Robert Mugabe, nul ne peut nier la réalité du désastre économique devenu la marque distinctive de ce pays. Sept Zimbabwéens sur dix vivent en deçà du seuil de pauvreté, un sur deux est au chômage dans un pays où le taux d’inflation à chiffres multiples confine au vertige.

Peut-on demander à un peuple confronté à toutes les misères qu’il se souvienne uniquement des « services rendus» jadis par le libérateur Robert Mugabe? Le combattant pour l’indépendance peut-il indéfiniment réclamer à son peuple de renoncer à ses attentes légitimes en figeant sa mémoire sur les luttes anciennes de libération ? D’autant que la majorité des Zimbabwéens en âge de voter n’a connu la guerre d’indépendance qu’à travers les livres d’histoire. De plus, parce que dans cet environnement de l’Afrique australe, les responsables actuels du Zimbabwe n’ont pas l’exclusivité de la lutte armée, les Zimbabwéens ont de bonnes raisons de signaler que leur pays est l’un des rares à se complaire dans l’archaïsme politique. Au Mozambique, en Zambie, en Namibie, les contemporains, « compagnons de lutte et frères d’armes» de Robert Mugabe, ont transmis le témoin, offrant toutes les chances à la démocratie. En Afrique du Sud, Nelson Mandela, illustre figure de la lutte contre l’apartheid, a juste passé le temps nécessaire au pouvoir pour montrer la voie, imprimer un rythme avant de se retirer. Plus loin en Tanzanie, Julius Nyéréré, confronté aux difficultés économiques et aux diktats du FMI, a su décoder les signes du temps et céder la place à des dirigeants plus aptes à relever les défis du moment. Il faut savoir quitter les choses avant qu’elles ne vous quittent, dit-on. Ne serait-ce que pour éviter de ne laisser dans les mémoires que le seul souvenir d’affameur jusqu’au-boutiste du peuple, en ruinant définitivement le statut de « libérateur».

Arnauld Houndété

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